Il suffit d'un défilé qui vous estomaque pour que naisse l'idée d'une exposition à prendre en pleine poire, c£ur, tripes, sans bande-son intempestive, sans gradins, sans front row, sans catwalk, sans vidéo, mais avec le luxe du temps qui s'étire, s'étale, s'offre pour tourner autour de ce que l'on a l'habitude de voir défiler de profil en quinze malheureuses minutes cadencées. Il faut dire qu'avec Rei Kawakubo (Tokyo, 1942), rien n'est jamais cadenassé. Ni avec Olivier Saillard, d'ailleurs : en octobre 2011, le directeur du Mus...

Il suffit d'un défilé qui vous estomaque pour que naisse l'idée d'une exposition à prendre en pleine poire, c£ur, tripes, sans bande-son intempestive, sans gradins, sans front row, sans catwalk, sans vidéo, mais avec le luxe du temps qui s'étire, s'étale, s'offre pour tourner autour de ce que l'on a l'habitude de voir défiler de profil en quinze malheureuses minutes cadencées. Il faut dire qu'avec Rei Kawakubo (Tokyo, 1942), rien n'est jamais cadenassé. Ni avec Olivier Saillard, d'ailleurs : en octobre 2011, le directeur du Musée Galliera, à Paris, assiste à la présentation de White Drama, la collection printemps-été 2012 de la créatrice japonaise de Comme des Garçons, il en ressort K.O. " C'était tellement beau, tellement manifeste, tellement loin des conventions commerciales du moment... " Concomitamment, il pense tout haut que c'est drôlement dommage qu'aussi peu de personnes l'aient vu, ce défilé, qu'il finisse sa vie sur la toile, en résumé virtuel, sous le coup de quelques clics de souris. Et qu'il soit pour toujours perdu dans la masse - un questionnement sur l'effet de nombre qui le taraude plus que jamais, " il y a eu 365 défilés lors des dernières Fashion Weeks, cela fait 13 800 silhouettes... C'est inquiétant et ce n'est pas une anomalie propre à la mode, cette surproduction, ce règne de l'immédiateté et puis de l'obsolète ". Alors, emporté par son élan, il partage spontanément son enthousiasme et ses interrogations avec les proches de Rei Kawakubo, qui lui fait dire dans la foulée qu'elle est d'accord, que s'il veut mettre une expo sur pied, allons-y. Mais différemment. Elle a donc scénographié à sa façon son White Drama, en intégralité, ses 30 modèles blancs, dans toutes ses nuances, ses silhouettes avec volumes monochromes, qui " magnifient les étapes de la vie " - naissance, mariage, mort et transcendance, c'est la seule explication qu'elle donnera. Tout cela forcément, avec sa grammaire poétique, son imaginaire hors piste, sa virtuosité légendaire, ses vêtements révolutionnaires et portables, ce n'est pas un gros mot. C'est que Rei Kawakubo est une " auteur " au sens où " elle écrit quelque chose avec ses vêtements ", précise Olivier Saillard. Lequel peut se vanter d'être le premier à ouvrir son musée, même hors les murs, pour présenter une collection dans sa totalité, du vivant de sa créatrice - " le temps est venu de réintroduire une proximité refusée, on ne voit pas tout derrière un ordinateur ". COMME des GARÇONS White Drama, du 13 avril au 7 octobre prochain, par le Musée Galliera hors les murs, aux Docks - cité de la Mode et du Design, 34, quai d'Austerlitz, à 75013 Paris. ANNE-FRANÇOISE MOYSON