S'il ne vous en fallait qu'un pour passer l'hiver, ce serait celui-là : le bomber, blouson d'origine militaire, élevé au rang d'icône de la pop et de la fashion culture. Son histoire est celle d'une transformation continue. A-2, B-15, MA-1 : les puristes attribuent un nom à chacune de ses déclinaisons. L'A-2, poches ventrales, épaulettes, taille et poignets élastiques, est l'original en cuir marron que les pilotes américains portaient à l'entre-deux-g...

S'il ne vous en fallait qu'un pour passer l'hiver, ce serait celui-là : le bomber, blouson d'origine militaire, élevé au rang d'icône de la pop et de la fashion culture. Son histoire est celle d'une transformation continue. A-2, B-15, MA-1 : les puristes attribuent un nom à chacune de ses déclinaisons. L'A-2, poches ventrales, épaulettes, taille et poignets élastiques, est l'original en cuir marron que les pilotes américains portaient à l'entre-deux-guerres. Dès 1945, le modèle B-15 fait à lui seul sa petite révolution, puisqu'il est le premier de la ligne à bouder le cuir pour le synthétique et à proposer aux pilotes de la US Air Force une alternative moins lourde, moins volumineuse et donc plus confortable. Les poches ventrales sont désormais cousues en diagonale et la fermeture Eclair s'expose comme détail central. Le col en mouton, dont le site de mode masculine Comme un camion raconte qu'il gênait les soldats dans leurs sauts en parachute, passe au tricot, puis à l'acrylique avec le fameux MA-1, troisième version du modèle, devenu iconique au point d'inspirer encore les stylistes actuels. A l'époque, sa doublure est orange pour que le soldat soit rapidement repéré en cas d'accident, et le Nylon lui assure son imperméabilité. Ce sont surtout les images de la guerre du Vietnam qui le rendent populaire aux Etats-Unis et en Europe où les armées, mais aussi le grand public, ont vite fait de l'adopter. Outre-Manche, le mouvement skinhead continue de célébrer ce vêtement comme pièce forte, la jeunesse le portant d'abord dans un engagement politique, puis dans une démarche essentiellement modeuse dès la fin des seventies. Dans les années 80 et 90, les stars du cinéma, dont Steve McQueen et Tom Cruise, puis la vague hip-hop, assoient définitivement la popularité de cet it que les enseignes streetwear déclinent à qui mieux-mieux. Côté catwalks, les créateurs le réhabilitent dès les années 2000, le Belge Raf Simons en tête avec son célèbre Pyramide Bomber en Nylon noir, fidèle au MA-1. Cette saison encore, ils sont des dizaines à le faire défiler - Dior, Burberry, Lacoste, Agnès b., Maison Margiela pour ne citer qu'eux - et à le revisiter dans une inspiration tantôt urbaine, posh ou army, comme un joli retour aux sources. PAR LAURANNE LAHAYE