C'est une jeune femme qui sait ce qu'elle veut, si bien qu'il lui arrive parfois de " commencer à l'envers ", très consciemment. C'est sa façon à elle de revenir aux sources. Ainsi, quand elle est nommée directrice artistique de Maison Michel, en 2015, elle décide de s'octroyer avant toute chose une immersion totale dans la boutique de la rue Cambon, navire amiral et boutique historique de Chanel. Elle ira explorer l'atelier plus tard, et les archives aussi, " là où l'on se promène comme dans un rêve éveillé ". En premier lieu donc, prendre la température, découvrir les chapeaux, les collections, les clients, les vendeuses, se pencher sur " le produit ". Et puis seulement, rencontrer l'équipe à Aubervilliers, les chapelières et les modistes, se laisser le temps de s'apprivoiser mutuellement, constater émerveillée que " c'est comme une famille " et aimer cette intimité-là qui veut qu'elles prennent soin d'elle : " El...

C'est une jeune femme qui sait ce qu'elle veut, si bien qu'il lui arrive parfois de " commencer à l'envers ", très consciemment. C'est sa façon à elle de revenir aux sources. Ainsi, quand elle est nommée directrice artistique de Maison Michel, en 2015, elle décide de s'octroyer avant toute chose une immersion totale dans la boutique de la rue Cambon, navire amiral et boutique historique de Chanel. Elle ira explorer l'atelier plus tard, et les archives aussi, " là où l'on se promène comme dans un rêve éveillé ". En premier lieu donc, prendre la température, découvrir les chapeaux, les collections, les clients, les vendeuses, se pencher sur " le produit ". Et puis seulement, rencontrer l'équipe à Aubervilliers, les chapelières et les modistes, se laisser le temps de s'apprivoiser mutuellement, constater émerveillée que " c'est comme une famille " et aimer cette intimité-là qui veut qu'elles prennent soin d'elle : " Elles sont comme des petites mamans pour moi, c'est super mignon. " Priscilla Royer n'a pourtant rien d'une menue chose fragile. Certes son air juvénile un peu gavroche ne trahit pas ses 33 ans mais elle porte, comme une aura, sa solide expérience éclectique et sa volonté en acier trempé. Enfant de la Marne, elle a eu la chance de grandir dans " une bulle " face aux grandes étendues champêtres. " Je suis arrivée en douceur dans le monde ", une manière comme une autre d'asseoir ses fondations. Très vite, elle " bidouille " son vestiaire, porte des melons avec ses robes de petite fille modèle : " Je trouvais que cela me donnait un truc en plus. " Elle s'essaie au crochet, au bracelet brésilien, à la tapisserie puis à la photographie avant que des envies de mode ne la rattrapent. Comme elle se sait " mauvaise dessinatrice ", elle file à Paris étudier " les rudiments ", deux années de cours préparatoires qui l'ossaturent. " C'est difficile pour moi de rentrer dans le rang, confesse-t-elle. Cela m'a donné une discipline. " Priscilla Royer s'inscrit alors au Studio Berçot, qui forme au stylisme, enchaîne les stages dans le même temps et dans le stress, elle se doit de répondre aux injonctions parentales - " Si tu veux faire de l'artistique, faut un boulot " - et aux siennes, qui placent l'excellence haut sur l'échelle des valeurs. Qu'elle s'exile ensuite à Londres, en 2006, pour compléter sa formation à Central Saint Martins, section " experimental fashion design ", est de l'ordre de sa logique. Et qu'elle pousse la porte de Vivienne Westwood aussi, débutant comme stagiaire, bluffée par son " ouverture d'esprit ", et terminant à la direction de la ligne Red Label, " le grand apprentissage ". En 2011, de retour à Paris, avec sa soeur Deborah, elle fonde Pièce d'Anarchive, un vestiaire comme une déclaration où elles revendiquent " le sens de l'édition et de l'épure ". Elles seront couronnées du Prix de l'Andam en 2012, tiendront bon durant cinq collections et clôtureront ce projet dans la dignité, célébrant la fin avec le concours de l'artiste Jean-Pierre Raynaud et quelques beaux restes de son oeuvre La maison. Priscilla ne regrette rien, " il ne faut pas ". Est-il nécessaire de souligner qu'elle " marche à la sensation " ? Elle précise : " Si je me sens bien au moment où je prends la décision, c'est que c'est la bonne. " La voici aujourd'hui aux commandes de Maison Michel, à tracer les contours d'un style dûment chapeauté. Elle y embrasse un héritage dont l'origine remonte à 1936, quand on ne sortait pas " en cheveux " dans la rue, comme cela lui plairait que ses contemporains fassent de même. Alors elle s'entête à désacraliser le chapeau, dessine des bobs, des casquettes inspirées du base-ball, des bonnets, des capelines, des Fedora qu'elle rend urbains, dans des draps de laine luxueux, de la paille tressée ou de la maille mousseuse aux palettes chromatiques uniques. Et comme la Maison a " plusieurs cordes à son arc ", qu'elle appartient aux Métiers d'Art de Chanel, Priscilla Royer répond également aux desiderata de monsieur Lagerfeld et de son studio quand il s'agit de penser à coiffer son armée de mannequins. Avec bonheur, elle détourne les grands archétypes du couvre-chef. Elle a trouvé matière à réflexion.