"C'est bon de retrouver Bruxelles, surtout après les attentats. Beaucoup de gens n'avaient plus envie de revenir dans le centre. Moi, je n'attendais que ça. " Attablé face à une bière au Cercle des Voyageurs, à quelques pas de Manneken-Pis, Frédéric Gooris profite de son retour au pays au moins autant que de notre légendaire savoir-faire houblonnier, et affiche un large sourire malgré la grisaille.
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"C'est bon de retrouver Bruxelles, surtout après les attentats. Beaucoup de gens n'avaient plus envie de revenir dans le centre. Moi, je n'attendais que ça. " Attablé face à une bière au Cercle des Voyageurs, à quelques pas de Manneken-Pis, Frédéric Gooris profite de son retour au pays au moins autant que de notre légendaire savoir-faire houblonnier, et affiche un large sourire malgré la grisaille. Ce n'est pas un hasard si la page d'accueil de son site Internet vous convie à un design journey - soit un " voyage " ou " périple ". Le Louvaniste a la bougeotte, et ça ne date pas d'hier. Déjà lors de ses études, il commence à se sentir à l'étroit dans notre petite Belgique, à l'issue d'un Erasmus en Angleterre. " En rentrant à la Hogeschool d'Anvers, j'avais compris. J'avais vécu une expérience énorme et j'avais envie de la partager, alors que ceux qui étaient restés racontaient simplement leur vie, l'un qui a un nouveau boulot, l'autre une voiture neuve... Ce monde m'est apparu étroit, j'ai vite su que mon futur était ailleurs. " Le jeune homme entame alors un master à la Domus Academy de Milan. A l'issue de celui-ci, il décroche un job chez Starck, à Paris - " une belle expérience, évidemment " -, avant de retourner en Lombardie, d'abord sous l'égide du maestro Stefano Giovannoni, puis à son compte en ouvrant un premier studio. C'est à un cours d'italien qu'il rencontre celle qui deviendra sa femme, une étudiante en mode venue de Hong Kong. Et, alors que sa carrière commence à décoller, après une douzaine d'années à Milan, s'ébauche en parallèle le projet de déménager vers la Perle de l'Orient. " En Italie, nous étions tous les deux des étrangers. A Hong Kong, elle retrouvait sa famille, son réseau, et c'était là que tout était en train de se passer. Ça restait un sacré saut dans l'inconnu, surtout que je venais à peine de débuter ma collaboration avec Alessi. Mais au lieu de perdre mes liens avec la marque, ça les a resserrés. La direction m'a dit : " Tu es sur place, on te fait confiance. " Et j'ai pu servir de relais. On fonctionne sur le mode de la triangulation plutôt que de perdre du temps en allers-retours. " Voyageur enthousiaste et amateur de grands espaces, Frédéric se montre d'abord circonspect face à la fourmilière hongkongaise, avant d'être emporté par sa frénésie. " Le rythme, l'énergie qu'il y a là-bas, c'est comme une drogue, déclare-t-il. Ils ont vraiment passé la sixième vitesse, alors qu'en Europe, c'est comme si l'on avançait avec le frein à main. " Grisé par l'effervescence ambiante, il multiplie les engagements et les typologies de produits, ustensiles de cuisine, lunettes, luminaires ou sex-toys, et collabore avec des labels aussi variés que Levi's et Seiko, en passant par Qantas Airlines et Lavazza. Jeune parent, il trouve encore le temps de lancer Bombol, dont le modèle-phare, le Bamboo, est un fauteuil relax qui accompagne les enfants de 0 à 5 ans. " Avec des boîtes italiennes, le développement d'un article prend au minimum deux à trois ans. Ici, c'est sur le marché en six ou neuf mois, avec le même degré de professionnalisme ", explique-t-il, comme pour justifier l'enchaînement et la variété de ses réalisations. " Ce qui me donne un vrai kick, c'est de dessiner des objets qui vont atteindre le plus grand nombre. J'ai justement un projet en cours, très complexe mais très intéressant, qui m'oblige à appliquer la logique des produits de boutique, comme ceux d'Alessi, à un produit de masse. Ça peut toucher des millions de personnes et faire une différence dans leur quotidien. J'en dirai plus très bientôt, promis. " Et comme avec lui tout va vite, on le croit. PAR MATHIEU NGUYEN" CE QUI ME DONNE UN VRAI KICK, C'EST DE DESSINER DES OBJETS QUI VONT ATTEINDRE LE PLUS GRAND NOMBRE. "