C ela fait vingt-quatre ans déjà qu'Andrée Putman habite dans le même appartement à Paris, sur la rive gauche. Il est niché dans un endroit curieux et intéressant : un vieux bâtiment d'imprimerie, situé dans le VIe arrondissement près de l'Ecole des Beaux-Arts. Sur les deux derniers niveaux de l'immeuble (acheté alors qu'il venait d'être abandonné par l'industrie), la créatrice s'est construit tout un univers à sa mesure. Elle a réussi à transformer un espace insolite en havre de tranquillité en plein c£ur de la trépidante Ville lumière.
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C ela fait vingt-quatre ans déjà qu'Andrée Putman habite dans le même appartement à Paris, sur la rive gauche. Il est niché dans un endroit curieux et intéressant : un vieux bâtiment d'imprimerie, situé dans le VIe arrondissement près de l'Ecole des Beaux-Arts. Sur les deux derniers niveaux de l'immeuble (acheté alors qu'il venait d'être abandonné par l'industrie), la créatrice s'est construit tout un univers à sa mesure. Elle a réussi à transformer un espace insolite en havre de tranquillité en plein c£ur de la trépidante Ville lumière. Auparavant, Andrée Putman occupait un appartement situé de l'autre côté de la rue : elle connaissait donc son nouveau lieu de vie et quand vint l'heure de la transformation, elle avait déjà une idée claire de ce qu'elle entendait réaliser. " J'ai décidé de laisser les volumes vides et de les ponctuer d'îlots composés d'objets et d'£uvres d'art, pour créer un espace qui me rendrait heureuse et me ferait sentir libre, explique-t-elle. Je n'ai jamais aimé les pièces et les portes fermées, j'apprécie la flexibilité. " Andrée Putman divise l'étage principal en différentes sections. En entrant dans le hall, on passe devant un vestiaire avant de pénétrer dans la pièce principale par d'élégantes doubles portes vitrées. Sur la gauche s'étend une pièce vitrée faite de structures métalliques reproduisant les fenêtres originales des années 1930. C'est une salle de bains couverte d'un carrelage blanc et décorée d'un double miroir d'Eileen Gray. L'intimité est préservée par des rideaux de vieux lin brodé. De la salle de bains, on passe par un petit bureau où se trouvent deux chaises, créées à l'origine pour l'actrice Sarah Bernhardt. Ce petit espace forme un lieu de rencontre à l'ambiance feutrée. Sous les fenêtres, de grandes étagères intégrées longent le mur. Elles sont recouvertes de simples carreaux blancs sur lesquels la créatrice a disposé des groupes d'objets qui lui sont chers tels que des vases en céramique japonais, une sculpture égyptienne ancienne finement ciselée représentant un animal et un mouchoir peint et offert par l'artiste Louise Bourgeois. Juste à côté, la chambre à coucher est conçue comme une boîte. Elle est ceinte de panneaux de voile coulissants de couleur gris métallique brodé de motifs de papillons en tissus et perles. Un endroit qui respire la sérénité. Un peu plus loin, on aperçoit le dressing composé d'un portant couvert de vêtements griffés et de rayonnages de livres, disposés sous la lumière du jour provenant de l'une des deux lucarnes percées dans le plafond. L'espace de travail, lui, est dominé par un impressionnant bureau noir en ébène incrusté d'ivoire. A l'origine, il a été acheté pour un client ; mais Andrée Putman a décidé de le garder pour elle. Il fut dessiné pour Monsieur Drian, un membre important de la maison de couture Lanvin, et ses initiales sont gravées en relief d'ivoire sur le panneau frontal. Dix années après que ce bureau soit installé dans l'appartement, une amie de la créatrice l'appela pour lui signaler qu'elle avait repéré une petite table assortie sur un marché. Andrée Putman n'hésita pas un seul instant et l'acheta. Et, quatre ans plus tard, elle réussit à dénicher une table de bébé, pour compléter l'ensemble... Le salon accueille un vaste divan en forme de L, recouvert par des couvertures de lin blanc. Dans un petit coffret de verre, une création personnelle, la créatrice a rangé quelques babioles originales : une toute petite chaise faite à partir d'une canette de Coca-Cola, des boîtes en paille confectionnées par des prisonniers de guerre et quelques photographies de famille. L'appartement n'a pas de style particulier. Il échappe à toute classification. Sa conception très particulière avec ses baies vitrées encadrées de structures de métal date de l'époque industrielle et la décoration mélange les styles les plus divers avec panache. " J'ai recueilli des meubles qui ont été abandonnés dans la rue, de même que des antiquités et des pièces contemporaines, confie Andrée Putman. J'adore l'éclectisme et les gens qui apprécient mon style minimal ont été choqués quand ils ont vu ma maison. " Mais pour la décoratrice, le temps d'accumuler meubles et les objets est révolu. " Je n'ai rien acheté depuis vingt ans mais j'ai des amis qui me disent qu'ils aimeraient hériter de moi quand je partirai ", s'amuse-t-elle. Vinny Lee