La crainte de louper ce qui se passe ailleurs n'est plus seulement le lot de cette génération Y hyperconnectée et accro aux réseaux sociaux. Elle, on la savait déjà plus préoccupée d'actualiser ses statuts en direct du dernier resto branché que de s'y régaler, plus investie lorsqu'il s'agit de poster ses photos de la fête où il est recommandé de se montrer que d'y faire de vraies rencontres. Mais voilà que le mal gagne aussi les plus petits, encore en âge d'user leurs slims sur les bancs de l'école primaire et " trop dég' " - enten...

La crainte de louper ce qui se passe ailleurs n'est plus seulement le lot de cette génération Y hyperconnectée et accro aux réseaux sociaux. Elle, on la savait déjà plus préoccupée d'actualiser ses statuts en direct du dernier resto branché que de s'y régaler, plus investie lorsqu'il s'agit de poster ses photos de la fête où il est recommandé de se montrer que d'y faire de vraies rencontres. Mais voilà que le mal gagne aussi les plus petits, encore en âge d'user leurs slims sur les bancs de l'école primaire et " trop dég' " - entendez " très déçus " - quand ils doivent renoncer à l'anniversaire d'Arthur pour aller à la pyjama party d'Iona. A tel point qu'ils se verraient bien, comme leurs aînés, accepter un surbooking qui leur permettrait d'enchaîner les deux, quitte à partir avant le gâteau du premier pour rejoindre les copines au moment où elles lancent le deuxième DVD de la soirée. Et cette peur de passer à côté de ce que l'on imagine indispensable joue également à plein sur l'autre versant de la pyramide des âges : on connaît tous des retraités qui jonglent avec les tableaux Excel pour arriver à gérer tout ce à quoi ils occupent leur mal nommé temps libre. Quant à ceux qui se situent entre ces deux extrêmes, coincés entre obligations professionnelles et envies personnelles, dîners entre amis et réunions de parents, ils paieraient cher pour avoir le don d'ubiquité. Voire pour être clonés, et envoyer leurs avatars remplir leurs missions soi-disant incontournables et pourtant concomitantes. Mais comme rien de tout cela n'est (encore ?) possible, bonjour l'angoisse... Et si l'été était l'occasion rêvée pour se désintoxiquer de cette frénésie anxiogène ? Pour redécouvrir le farniente, cette philosophie toute méditerranéenne qui érige au rang d'art le bonheur simple de se laisser vivre ? Ou au moins de profiter de l'instant présent sans se ronger les sangs parce qu'on s'auto-persuade qu'on serait mieux ailleurs ou qu'on rate quelque chose de nettement plus smart ? Ce numéro Black du Vif Weekend vous invite à renouer avec les plaisirs du soleil sans courir comme un dératé derrière un ultrabronzage dont le seul but serait de prouver que oui, vous avez " vraiment passé un ma-gni-fique séjour à Cuba ". A ne pas vous fixer d'objectifs irréalistes pour les vacances en famille, sous prétexte qu'" on est à la mer, il faut en profiter ". Ou encore à opter pour des hôtels avec supplément d'âme, où il fait bon flâner le matin parce que le buffet petit déj' ne ferme pas à 9 h 30. Mais vous pouvez aussi choisir de ne rien faire du tout... Delphine Kindermans, rédactrice en chefL'été, l'occasion rêvée pour se désintoxiquer de cette frénésie anxiogène.