Déployer ses talents dans des disciplines aussi différentes que le design, le cinéma ou la photographie est, à l'heure actuelle, quasi impensable. Mais lorsque le photographe franco-italien Willy Rizzo - né à Naples mais ayant grandi à Paris - s'est lancé juste après la guerre, la question ne se posait pas. Il avait à peine 16 ans lorsqu'il acheta un Rolleiflex au marché noir à Paris et cinq ans plus tard, il signa la toute première couverture en couleur de Paris-Match avec un cliché de Winston Ch...

Déployer ses talents dans des disciplines aussi différentes que le design, le cinéma ou la photographie est, à l'heure actuelle, quasi impensable. Mais lorsque le photographe franco-italien Willy Rizzo - né à Naples mais ayant grandi à Paris - s'est lancé juste après la guerre, la question ne se posait pas. Il avait à peine 16 ans lorsqu'il acheta un Rolleiflex au marché noir à Paris et cinq ans plus tard, il signa la toute première couverture en couleur de Paris-Match avec un cliché de Winston Churchill. L'homme voyagea dans le monde entier et réalisa de superbes portraits et reportages de mode pour France Dimanche et Vogue. Ses années 50 furent délicieuses : " Nous n'avions aucun souci, nous courions derrière les filles et roulions dans des voitures de sport ", raconte-t-il. Il a ainsi parcouru la Côte d'Azur avec Françoise Sagan à bord de sa Ferrari. Il trouvait Marilyn Monroe " évaporée, distraite, mélancolique, mais fabuleuse ". Rizzo devint le photographe des princesses, des starlettes et des play-boys. En 1968, il se maria avec l'actrice Elsa Martinelli qui jouait aux côtés de Kirk Douglas, Orson Welles et Marlon Brando. En raison de sa gueule de parrain et de son accent napolitain, Rizzo fut lui-même engagé dans le film de gangsters Hoffa, aux côtés de Jack Nicholson, en 1992. Mais comment devint-il, en outre, un designer renommé ? Fin des années 60, il habitait avec son épouse, à Rome, dans un petit appartement qu'il avait superbement aménagé, avec des parois dorées, une cuisine argentée et des plafonds noirs. Considéré comme le designer incarnant le mode de vie immortalisé dans La Dolce Vita, tout le monde adorait son style. Brigitte Bardot et Salvador Dalí se disputaient sa table de salon. Très rapidement, il développa sa propre ligne de meubles et monta sa société. Son équipe passa de 8 employés à 150. Il créa plus de trente meubles, uniquement du mobilier de salon, comme des bars, des tables basses et de salle à manger en laque, travertin, bronze ou acier chromé, autant de pièces qui sont de nouveau fort recherchées aujourd'hui et se vendent à prix d'or sur le marché vintage de New York à Tokyo. À l'occasion de deux expositions qui se tiennent à Paris - jusqu'au 3 novembre au Studio Willy Rizzo (12, rue Verneuil), et jusqu'au 22 novembre au Bon Marché (24, rue de Sèvres) -, un superbe livre est également consacré à cet homme aux multiples talents. Willy Rizzo, photographies et textes, par Dominique Rizzo, éditions Contrejour, 208 pages.PAR PIET SWIMBERGHE