Votre cuisinière sans peur et sans reproche a depuis toujours été indignée de la dérision verbale dont fait l'objet la tarte à la crème, qui n'a pourtant rien fait de mal. Il me semble que cela fait des âges immémoriaux, ou à tout le moins depuis que ces trublions de frères Marx ou autres Laurel et Hardy ont sévi, que cette délicate et aimable pâtisserie est considérée comme stupide, banale et, pire encore, un efficace projectile de balistique qui, bien entendu, atteint ses cibles côté cr...

Votre cuisinière sans peur et sans reproche a depuis toujours été indignée de la dérision verbale dont fait l'objet la tarte à la crème, qui n'a pourtant rien fait de mal. Il me semble que cela fait des âges immémoriaux, ou à tout le moins depuis que ces trublions de frères Marx ou autres Laurel et Hardy ont sévi, que cette délicate et aimable pâtisserie est considérée comme stupide, banale et, pire encore, un efficace projectile de balistique qui, bien entendu, atteint ses cibles côté crème, causant en cela un scandaleux gaspillage. Enfin, suprême humiliation, cet innocent dessert s'est vu affubler d'une honteuse gémellité lexicale avec la locution " lieu commun ". Pour commencer, faisons une nouvelle fois montre de cette extrême habileté à laquelle le lecteur - du moins nous l'espérons - est à présent accoutumé : au lieu de défendre la tarte à la crème en tant que telle, volons plutôt dans un premier temps au secours du lieu commun. Pourquoi en effet stigmatiser celui-ci qui n'est somme toute... qu'une évidence ! Or, une évidence, ce n'est ni une ânerie, ni une banalité, c'est juste... une évidence. " Après la pluie, le beau temps " n'est rien d'autre qu'évident, point final. Poursuivons notre diatribe avec logique et tournons-nous à présent face à la tarte à la crème elle-même (hé hé, quelle rime riche ! Normal quand on parle de crème, me direz-vous). Que ce soit notre délicieuse et si belge tarte " brésilienne " (crème pâtissière, crème chantilly et nougatine concassée), ou la délicieuse tarte à la vanille de Gaume ; le flan parisien ou la galette bressane ; la tarte aux pommes à la normande ; ou, versions salées, la flammeküche alsacienne ou l'indétrônable quiche lorraine : toutes ces tartes sont de tels délices que, bien sûr, leur excellence nous apparaît comme... une évidence. Alors je vous le demande une dernière fois : respect pour la tarte à la crème ! D'ailleurs, même notre copain l'entarteur a bien compris qu'on ne badine pas avec cette délicieuse douceur-là. Ne va-t-il pas se fournir chez le tout bon faiseur de Bruxelles (j'ai pas le droit de faire de pub, mais enfin ça commence par W et ça finit par R...) pour gratifier ses victimes d'une tarte à la crème à la hauteur de toutes espérances gustatives ? Pas tarte, le mec ! Ah zut alors, cela me fait penser qu'il faudra que je m'attaque, un de ces quatre matins, à la réhabilitation de la tarte tout court ; et ce ne sera pas du gâteau, je vous prie de le croire.