Je ne peux pas vous rapporter ses paroles exactes parce qu'il a tout effacé. Mais comment cet ancien collègue, charmant et cultivé de surcroît, en est venu à être d'une grossièreté rare et d'une arrogance crasse avec une professeure d'université en linguistique. Le tout sur MON mur Facebook. Jamais, dans la vraie vie, celle qui est palpable et tangible, celle qui amène des individus à se regarder dans...

Je ne peux pas vous rapporter ses paroles exactes parce qu'il a tout effacé. Mais comment cet ancien collègue, charmant et cultivé de surcroît, en est venu à être d'une grossièreté rare et d'une arrogance crasse avec une professeure d'université en linguistique. Le tout sur MON mur Facebook. Jamais, dans la vraie vie, celle qui est palpable et tangible, celle qui amène des individus à se regarder dans les yeux, jamais il n'aurait fait ça. Ça lui aurait semblé totalement inconvenant. Je ne l'imagine pas aborder cette vénérable inconnue et lui dire que son analyse n'a pas de valeur parce que forcément biaisée par son féminisme. Ni lever les yeux au ciel en soupirant pour montrer qu'il est fatigué de discuter. Jamais. Alors pourquoi sur les réseaux sociaux, des gens tout à fait convenables deviennent soudainement de gros débiles discourtois ? Et je ne parle pas de l'armée de trolls qui, cachée derrière des faux profils, empeste la toile de ses rototos toxiques. Non, je parle des gens normaux, comme vous et moi (quoiqu'on se connaisse peu, mais enchantée). Et si je ne m'abuse, ça n'a pas toujours été comme ça. Vous vous souvenez quand on pouvait écrire " bonjour " sur Facebook sans que ça finisse en guerre civile ? Sans que le premier chien avec un chapeau ne vienne vous expliquer comment vivre votre vie ? Moi j'ai un vague souvenir de cette époque. Je me rappelle même de la première personne qui m'a contredite sur le réseau social. Je l'avais très mal pris. Je me suis dit qu'on se connaissait, qu'il aurait pu avoir la délicatesse de me répondre en vrai ou du moins en message privé. C'était il y a dix ans, il y a un siècle, il y a une éternité. Aujourd'hui, c'est la fête du tackle et de la petite humiliation à tous les étages. Bon, ça reste virtuel, n'est-ce pas ? Mais bien sûr. Alors si ça n'existe pas vraiment, pourquoi vous n'insultez ni votre belle-mère, ni votre patron ? Essayez pour voir, puis on reparle du fait que ce qu'on dit sur Facebook n'a aucune incidence dans la vraie vie, OK ?