Elle s'enthousiasme : " C'est possible autrement. " Disponible, en inlassable curieuse qui s'adresse à des esprits curieux, Matali Crasset compose pour tous et pour chacun. Une priorité dans l'approche de son métier. Pour matérialiser la création d'un nouvel hôtel HI aux confins du désert, elle franchit le pas de l'architecture, à la manière d'un workshop, avec des maîtres d'£uvre et artisans tunisiens. C'est là un pari audacieux qui tient compte des contraintes, mais aussi du potentiel inouï du très beau site naturel de la " corbeille " de Nefta. La priorité donnée à des rythmes différents, à un retour à l'essentiel le temps d'une retraite, induit une architecture intégrée. Au c£ur de la ville et en bascule sur la palmeraie, Matali imagine le tempo dedans-dehors d'un lieu protégé mais ouvert, pour s'abstraire, ralentir, vivre la couleur intérieure tout en partageant la respiration de l'oasis.
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Elle s'enthousiasme : " C'est possible autrement. " Disponible, en inlassable curieuse qui s'adresse à des esprits curieux, Matali Crasset compose pour tous et pour chacun. Une priorité dans l'approche de son métier. Pour matérialiser la création d'un nouvel hôtel HI aux confins du désert, elle franchit le pas de l'architecture, à la manière d'un workshop, avec des maîtres d'£uvre et artisans tunisiens. C'est là un pari audacieux qui tient compte des contraintes, mais aussi du potentiel inouï du très beau site naturel de la " corbeille " de Nefta. La priorité donnée à des rythmes différents, à un retour à l'essentiel le temps d'une retraite, induit une architecture intégrée. Au c£ur de la ville et en bascule sur la palmeraie, Matali imagine le tempo dedans-dehors d'un lieu protégé mais ouvert, pour s'abstraire, ralentir, vivre la couleur intérieure tout en partageant la respiration de l'oasis. Sous un ciel d'hiver bienveillant, l'expérience sensorielle commence par la longue ligne droite qui relie l'aéroport de Tozeur-Nefta à la palmeraie. Distance d'imprégnation : 23 kilomètres. Peu de chose et déjà tout un monde. Ancienne étape caravanière, Nefta s'étire sous le soleil. Entre les vastes étendues salées du Chott el-Jérid, miroitant tel un mirage, et d'immenses espaces désertiques, une oasis touffue de palmiers dattiers. C'est ici que Dar HI est né. Un projet ambitieux et modeste à la fois. Respectueux de l'environnement, " introverti de l'extérieur ", souligne Matali Crasset, il révèle en apparence peu de lui-même ; " extraverti de l'intérieur ", ses espaces ouverts, ses couleurs franches et sa vue plongeante sur la palmeraie sont à toute heure une offrande généreuse à l'attention des hôtes de passage. Pour cela, la designer et l'équipe du HI ont observé et analysé matériaux, modes de vie et traditions, puis dirigé et accompagné les entreprises tunisiennes partenaires. Un long travail d'écoute, dégagé de toute idée de télescopage. Pour bâtir Dar HI, Matali a tenu à travailler " au plus près de l'humain ". Elle a revisité les codes de l'accueil, de l'assise, du bain, du partage... tous ces rituels si chers à la légendaire hospitalité tunisienne et qui impliquent une notion de transmission. Passé le seuil de l'hôtel, symbolisé par un tapis séchant au vent, neuf unités d'habitations forment un village. Des îlots sur pilotis tournés vers le ciel, complétés par une grappe de chambres troglodytiques et de suites dunes. Inondés de couleur, ils forment la trame d'une architecture à vivre où une place privilégiée est dédiée au rythme personnel. Des jeux de niveaux, plates-formes, escaliers, suspensions, insufflent une énergie souriante et tonique, et prolongent le paysage constellé de minarets bordant les vieux quartiers. Pour harmoniser la vie intérieure, brise-soleil, ombres portées, codes couleur et niches de lecture ponctuent chaque chambre. Tandis que des espaces conviviaux consacrés à la vie collective se répondent ici et là : une piscine alimentée par des sources d'eau chaude se déversant en chemins d'eau courante, un auditorium rose et de grands lits extérieurs verts pour le repos, une table d'hôtes conviviale, une cuisine ouverte bio et bleue où mijote la tradition neftienne, un hammam cocon en béton brut et céramique de Nabeul... Ces espaces dessinent l'atmosphère stimulante et nonchalante, intime et déliée si particulière de la Hi-life telle que Philippe Chapelet et Patrick Elouarghi l'expérimentent déjà avec Matali Crasset à Nice. Car tout en n'étant ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, Dar HI prolonge à l'évidence l'immersion 100 % bio, 100 % design des HI hotel et HI beach azuréens. Au petit matin, dans un climat sec et chaud favorable à la culture du palmier dattier, la palmeraie s'éveille. La cueillette des dattes se fera au début de l'hiver et elles sécheront plusieurs semaines sur les toits des maisons alentour. Depuis les marchés de Nefta et de Tozeur, la délicieuse Deglet Nour, la reine des dattes gorgée de soleil, s'invitera dès le petit déjeuner. À Dar HI, le palmier est roi. De la table à l'architecture, il investit terrasses, portes, plafonds, luminaires et mobilier. Il demeurera longtemps l'invité d'honneur du design à Nefta, futur centre de ressource et de recherche sur le palmier, sous le nom de palm-lab. Au programme de cette rencontre inédite avec le Sud tunisien : une conscience écologique, le respect de méthodes ancestrales et une réflexion sur les rites et rituels à partir desquels Matali Crasset prend en compte la fragilité d'un monde. À Nefta, esthétique, nature et lumière ont rendez-vous avec le désert. C'est là toute la saveur d'un séjour qui tend vers la découverte. Inspirant les cinéastes, la spectaculaire " grande dune ", splendide au coucher du soleil, n'est qu'à douze kilomètres en direction de la frontière algérienne, mais c'est encore une autre histoire. Or, parler du désert, ne serait-ce pas, d'abord, se taire... disait Théodore Monod. www.dar-hi.net PAR CÉCILE VAIARELLI / PHOTOS : BERNARD TOUILLON