J'ai rencontré hier un libraire qui ne lira pas le prochain livre de Modiano. L'écrivain est trop connu. Il n'a plus besoin d'être défendu par un boutiquier des belles lettres. Fidèle à ce principe, je ne parlerai ni de Dior, ni de Chanel dans cette chronique sur la mode. Pas plus de Givenchy ou de Jean Paul Gaultier, exclus d'office pour leur célébrité.
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J'ai rencontré hier un libraire qui ne lira pas le prochain livre de Modiano. L'écrivain est trop connu. Il n'a plus besoin d'être défendu par un boutiquier des belles lettres. Fidèle à ce principe, je ne parlerai ni de Dior, ni de Chanel dans cette chronique sur la mode. Pas plus de Givenchy ou de Jean Paul Gaultier, exclus d'office pour leur célébrité. En revanche, Touria, Nassina, Besra ou Marta n'ont aucun handicap de ce genre. Mères de famille en situation précaire, elles n'ont fait que participer à un atelier de réinsertion organisé par le musée du Petit Palais à Paris et la styliste comorienne Sakina M'sa. La créatrice n'avait donné qu'une consigne à ses élèves : désobéir. Qu'un seul matériau : de vieux vêtements offerts par l'association Emmaüs, équivalent français des Petits Riens. Le but de l'exercice ? Permettre à ces femmes d'apprendre un nouveau métier en reprenant confiance en elles. Ce fut " L'étoffe des héroïnes ", une rocambolesque collection de prêt-à-porter présentée au seuil de l'été au moment des plus beaux défilés. Armées de ciseaux, de fils, d'agrafes, d'élastiques, de boutons et autres accessoires de cousette, les couturières n'ont pas hésité. Elles ont récupéré nos laissés pour compte, détourné nos reliquats, coupé, déchiré, modifié, réhabilité. Sous leurs doigts, les jupes sont devenues des pantalons, les vestes d'hommes des corsages de femmes, les pyjamas des robes de soirées, les manches de chemises des décolletés. La soie a épousé le pied de poule, l'étole de fourrure s'est transformée en bretelle, le masculin est devenu féminin, le féminin l'inverse. Pleine d'énergie, elles ont bousculé les codes, piétiné les règles, détruit les convenances. Gamines espiègles, elles ont sauté à pieds joints dans ce monde enchanté où l'on rêve encore au prince charmant, aux jolies princesses, aux apparences. Je suis comme elles. J'aime la fantaisie, l'audace des filles, l'allure des garçons, l'insolence. En réinventant le style, elles se sont trouvées belles, ont trouvé leurs compagnons beaux. Leur travail accompli, les couturières ont repris goût à la vie. J'ai renoué avec mes vieux habits. (*) Chaque semaine, la journaliste et écrivain Isabelle Spaak (Prix Rossel 2004 pour son roman d'inspiration autobiographique Ça ne se fait pas, Pocket) nous gratifie de ses coups de c£ur et coups de griffe.