Tiens ! Que signifie ce grand X rose illuminé côté Seine sur toute la hauteur de la façade Est de la Bibliothèque François Mitterrand ? Une décoration de Noël oubliée en janvier ? Un geste pour lutter contre le sida ? Une action civique ? Une façon d'attirer le regard sur les livres alors qu'il est dit que plus personne ne lit ? Non, non, vous n'y êtes pas. Le X, c'est bien connu, marque l'interdiction. Interdit d'entrer, d'avancer, de regarder, de manger, de fumer. D'en profiter ?
...

Tiens ! Que signifie ce grand X rose illuminé côté Seine sur toute la hauteur de la façade Est de la Bibliothèque François Mitterrand ? Une décoration de Noël oubliée en janvier ? Un geste pour lutter contre le sida ? Une action civique ? Une façon d'attirer le regard sur les livres alors qu'il est dit que plus personne ne lit ? Non, non, vous n'y êtes pas. Le X, c'est bien connu, marque l'interdiction. Interdit d'entrer, d'avancer, de regarder, de manger, de fumer. D'en profiter ? Eh bien oui, nous y voilà. Le gigantesque X lumineux formé sur la tour Est renvoie à ce qui s'y cache : une exposition licencieuse formée par les ouvrages érotiques conservés par la vénérable maison. Des exemplaires presque toujours cachés ou circulant sous le manteau, comme il est d'usage pour ce type d'exemplaires. L'événement - interdit au moins de 16 ans - fait fureur. (L'Enfer de la Bibliothèque Eros au secret, jusqu'au 2 mars 2008). L'Enfer d'une bibliothèque privée ou publique est formé - rappelons-le - par les publications clandestines, trésors obscènes ou libertins qu'il ne fait pas bon voir tomber entre toutes les mains. Sulfureux, choquants, ces ouvrages sont rarement - voire jamais - communiqués. Exposés dans la pénombre, pour les protéger des regards indiscrets ou d'une lumière trop brutale, ces raretés datées du début du xviiie siècle jusqu'au milieu du xxe furent récoltées depuis le règne de Louis Philippe jusqu'à 1968 au gré des dons, legs ou censures. Elles s'offrent aujourd'hui sans tabous. L'autre dimanche, messieurs vénérables et épouses légitimes, femmes coquines, rares garçons et beaucoup de jeunes couples d'étudiants se rinçaient l'£il comme moi. Entre autres curiosités, quelques sublimes " albums d'obscénités japonaises " dont se réjouissait déjà Jules Goncourt dans son Journal en 1863 (passage censuré, d'ailleurs), une magistrale série de gravures formées de nymphes, de satyres et de dieux copulant joyeusement, les photos d'un amateur monomane du début du xxe, quelques pages manuscrites de Pierre Louÿs, un cliché porno de Man Ray, de nombreuses éditions originales, des curiosa. Je me suis vite lassée. Entre l'étalage du plaisir et le secret, j'ai, je l'avoue, depuis longtemps choisi mon camp. (*) Chaque semaine, la journaliste et écrivain Isabelle Spaak (Prix Rossel 2004 pour son roman d'inspiration autobiographique Ça ne se fait pas, Editions des Equateurs) nous gratifie de ses coups de c£ur et coups de griffe.