Il y a les disciples de Pierre Dukan, qui protéinisent et dissocient à tout va. Les partisans du régime dit " de l'homme des cavernes ", qui transposent le darwinisme à l'assiette en préconisant de se calquer sur les menus de nos ancêtres chasseurs- cueilleurs... et donc d'exclure à peu près tout ce qui a été imaginé en matière de goût depuis 40 000 ans. Et puis ceux, évolutionnistes eux aussi mais s'inscrivant dans un courant dissident, pour qui la diète idéale est fonction du...

Il y a les disciples de Pierre Dukan, qui protéinisent et dissocient à tout va. Les partisans du régime dit " de l'homme des cavernes ", qui transposent le darwinisme à l'assiette en préconisant de se calquer sur les menus de nos ancêtres chasseurs- cueilleurs... et donc d'exclure à peu près tout ce qui a été imaginé en matière de goût depuis 40 000 ans. Et puis ceux, évolutionnistes eux aussi mais s'inscrivant dans un courant dissident, pour qui la diète idéale est fonction du groupe sanguin - les O devraient ainsi être surtout carnivores tandis que les A, apparus au moment de la sédentarisation, seraient idéalement végétariens. Ils ont beau faire le buzz dans la sphère de la minceur, ces particularismes alimentaires aboutissent à un fameux casse-tête au moment de choisir un resto ou d'inviter des amis à dîner à la maison. Voire au dilemme kafkaïen si l'on y ajoute l'un ou l'autre interdit religieux et la multiplication des allergies et des intolérances, réelles... ou feintes - un chercheur nantais confiait en effet au Nouvel Observateur que, air du temps oblige, de nombreux mangeurs " s'inventent une intolérance à la seule fin de se singulariser, dans l'espoir de se rendre intéressants ou pour conforter, via leur alimentation, une idéologie ou une éthique personnelle ". Une question se pose dès lors : va-t-on pouvoir continuer à partager nos repas ? Alors que le lien social se délite, ou à tout le moins se virtualise, la bonne bouffe comme ingrédient du bien vivre ensemble est-elle en voie de disparition ? Une interrogation d'autant plus paradoxale que jamais la tambouille, et plus encore le faire soi-même, n'ont été autant valorisés, à la télé, au cinéma ou dans l'édition, où livres et magazines consacrés au sujet se multiplient comme des petits pains. Au final, la réponse tient peut-être en une recette toute simple, que rappelle sur son site (1) Nadia Sammut, fille de la chef étoilée Reine Sammut et initiatrice du mouvement pour une gastronomie sans allergènes : " une pincée de positif, quelques gouttes de passion culinaire, une communauté de personnes tolérantes et intolérantes, de bons produits et beaucoup d'amour ! " Ceux qui l'oublieraient risquent bien de s'en mordre les doigts un jour ou l'autre... (1) www.withlove-allergenfree.com DELPHINE KINDERMANS RÉDACTRICE EN CHEFLA BONNE BOUFFE COMME INGRÉDIENT DU BIEN VIVRE ENSEMBLE EST-ELLE EN VOIE DE DISPARITION ?