Il veut devenir médecin. Il a déjà dévoré tous les livres constituant la très humble bibliothèque de sa non moins modeste école. Mais l'inextinguible soif de savoir et le rêve fou de Vin Sarith risquent de buter sur sa condition sociale : à 16 ans, il doit aider sa mère qui est veuve et s'occuper des cinq vaches qui assurent la subsistance de sa famille. Dans la campagne cambodgienne, cet ado au visage éveillé et aux yeux vifs peut pourtant être considéré comme un petit privilégié de sa génération. Car c'est une infime minorité qui parvient à dépasser l'école primaire. Pis : 30 % des enfants ne vont même pas à l'éco...

Il veut devenir médecin. Il a déjà dévoré tous les livres constituant la très humble bibliothèque de sa non moins modeste école. Mais l'inextinguible soif de savoir et le rêve fou de Vin Sarith risquent de buter sur sa condition sociale : à 16 ans, il doit aider sa mère qui est veuve et s'occuper des cinq vaches qui assurent la subsistance de sa famille. Dans la campagne cambodgienne, cet ado au visage éveillé et aux yeux vifs peut pourtant être considéré comme un petit privilégié de sa génération. Car c'est une infime minorité qui parvient à dépasser l'école primaire. Pis : 30 % des enfants ne vont même pas à l'école de base et un écolier sur deux ne réussit pas la première année primaire. Si l'économie cambodgienne bénéficie d'une croissance de l'ordre de 13 %, en 2005, la lutte pour la survie et la dignité équivaut à un combat perdu pour 140 enfants sur mille, un taux de mortalité infantile en hausse et trois fois plus élevé qu'au Vietnam voisin et aux Philippines, un taux catastrophique auquel le sida n'est sans doute pas étranger puisque le pays détient le triste record asiatique du nombre de malades et de porteurs du virus HIV. Dans les villages, les familles agricoles survivent avec un demi-dollar (0,40 euro) par jour. Sous-alimentation, corruption, prostitution - des familles " vendent " leur fille à des bordels - mais aussi violence conjugale extrême sous l'effet de la drogue et de l'alcool et d'une culture souvent avilissante pour les femmes : derrière son décollage touristique (on parle d'une croissance de l'ordre de 600 % dans ce secteur en cinq ans), le Cambodge est un paradis d'enfer. La scolarisation des enfants est, pour l'organisation non gouvernementale Plan Belgique, le levier principal du développement humain dans ce pays encore marqué par les tragédies du xxe siècle : les innombrables victimes des bombardements américains et des mines antipersonnel, puis le joug des Khmers rouges qui ont éliminé 750 000 habitants. Les écoles, il faut les construire, parfois déminer le terrain, les doter d'eau, de sanitaires et d'électricité. Et les pourvoir... en enseignants motivés. Plan Cambodge attribue des bourses aux familles d'élèves démunies ou offre des vélos à des enfants qui doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour rallier une école. Avec 10 euros, un enfant est assuré du minimum scolaire (vêtements, manuels, stylo) pour entrer à l'école primaire. Les fonds récoltés à l'occasion de la tombola organisée par Weekend Le Vif/L'Express et Weekend Knack lors de notre 3e Gala des Mille saveurs, avec le soutien de Jaguar, ce 9 octobre prochain, à l'Hilton Antwerp ( lire aussi pages 64 et 65), seront destinés aux projets scolaires pour les enfants pauvres de Siem Rep. " Un enfant reçoit une voix grâce à une meilleure formation, s'approprie des droits qui, surtout pour les filles, lui sont déniés, et qui l'entraîneront, adulte, à s'engager pour que la prochaine génération ne connaisse plus la maltraitance et les discriminations " : telle est la profession de foi de Plan Belgique qui compte 38 000 parrains, marraines et donateurs dans notre pays.