JEAN-PAUL LESPAGNARD, créateur belge de mode, dont l'exposition Reflection est à découvrir au Musée Mode & Dentelle, à Bruxelles, jusqu'au 15 avril prochain.

" C'était mon premier voyage loin et seul, il y a seize ans. Je n'avais jamais quitté l'Europe, j'avais 22 ans. Un copain m'avait annoncé qu'il partait en Inde et qu'il y avait encore des billets d'avion disponibles, je suis allé à l'agence de voyage et j'en ai pris un, pour Goa. Beaucoup de gens me disaient que ce n'était pas vraiment l'Inde, mais là-bas, j'ai loué un scooter et j'ai bougé dans toute la région - à quarante kilomètres de la ville,...

" C'était mon premier voyage loin et seul, il y a seize ans. Je n'avais jamais quitté l'Europe, j'avais 22 ans. Un copain m'avait annoncé qu'il partait en Inde et qu'il y avait encore des billets d'avion disponibles, je suis allé à l'agence de voyage et j'en ai pris un, pour Goa. Beaucoup de gens me disaient que ce n'était pas vraiment l'Inde, mais là-bas, j'ai loué un scooter et j'ai bougé dans toute la région - à quarante kilomètres de la ville, quand on s'enfonce dans les terres, c'est l'Inde, indubitablement. J'ai immédiatement été impressionné par le contact physique et visuel que l'on peut avoir avec les Indiens, ce n'est pas un pays où les gens sont réservés. Ils se touchent beaucoup et vous touchent aussi, mes tatouages surtout. Il y a du monde partout, qui se frôle, se bouscule, on n'est jamais seul. Même en plein milieu de la jungle, il y a toujours quelqu'un, c'est assez particulier. Mais surtout, c'était la première fois que je me confrontais à une culture complètement différente de la mienne - c'est cela que j'ai aimé, cette réalisation que ma petite vie dans ma petite Belgique, ce n'était pas le résumé du monde, qu'il était plus grand. Et cela m'a plu tout de suite de rencontrer des gens différents de moi, de parler avec eux de leur vie, de leur quotidien, de leur savoir-faire... Je me suis rendu compte qu'ils travaillaient d'une autre manière, qu'ils avaient des bases culturelles opposées aux miennes mais qu'il m'intéressait de connaître. C'est le point central de mon travail. Bien sûr, j'ai mes influences, mais elles ne sont pas hyperdéfinies, elles sont ouvertes. Du coup, j'arrive comme un bleu partout, de manière naïve. D'ailleurs, je ne me renseigne pas trop avant de voyager, parce que je n'ai pas envie de me mettre des barrières, je n'ai absolument aucun préjugé sur rien. Ce voyage a enclenché tous les autres, je suis retourné plusieurs fois en Inde bien sûr et j'ai été aux Etats-Unis, au Mexique, au Brésil, en République dominicaine, en Europe, en Chine, en Russie, en Indonésie, en Papouasie, en Israël, en Corée, au Japon... J'ai pris l'habitude d'être ici et là, de bouger, j'aime cette idée. Je n'ai jamais le sentiment qu'il faut que je rentre à la maison. En fait, je suis chez moi partout. "