C'est Alexander " Lee " McQueen qui a mis le feu aux poudres. Avant le regretté créateur, la mode et le marketing n'avaient pas pris la mesure de l'incroyable potentiel de communication de l'hologramme. Le Britannique a fait l'imparable démonstration que le procédé holographique valait bien plus que l'étiquette " ringard " qu'on lui accolait jusque-là. Pour le comprendre, il faut appuyer sur la touche " rewind ", direction 2006. Quatre ans avant de se donner la mort, l'" Enfant terrible ", comme on le surnommait, signe le 3 mars un défilé inoubliable au Palais Omnisports de Paris-Bercy : Widows of Culloden. Dans l'esprit de nombreux journalistes qui y ont assisté, ce show reste l'un des plus beaux jamais vus. Le styliste passionné de technologie y renouait avec sa veine la plus théâtrale mais, cette fois, sans se couper de l'émotion. Kate, une rédactrice irlandaise, se souvient parfaitement du final empreint de mélancolie : " Après un extrait sonore puisé dans la bande-son de La leçon de piano de Michael Nyman, les lumières se sont éteintes. Au centre du catwalk, qui était carré, se trouvait une pyramide surmontée d'une étrange structure en bois en forme de croix. Le violon d'Itzhak Perlman, emprunté à La liste de Schindler du compositeur John Williams, s'est fait entendre, c'était à fendre le coeur. Au milieu de la pyramide, des pans de lumière indistincts se sont mis à apparaître. Petit à petit, l'hologramme bleuté de Kate Moss s'est formé. Son image éthérée dansait là, fragile, comme pour l'éternité, comme si son corps et son âme n'étaient plus qu'une même chose. Une hallucination venue en droite ligne d'une autre planète... Les flashs des photographes rendaient cette apparition encore plus magique. Je me suis mise à pleurer tout le temps qu'a duré ce moment, de gros sanglots incompressibles coulaient sur mes joues. Quand j'y repense, je ne peux m'empêcher de considérer ce moment comme une sorte de testament que Lee nous adressait ava...

C'est Alexander " Lee " McQueen qui a mis le feu aux poudres. Avant le regretté créateur, la mode et le marketing n'avaient pas pris la mesure de l'incroyable potentiel de communication de l'hologramme. Le Britannique a fait l'imparable démonstration que le procédé holographique valait bien plus que l'étiquette " ringard " qu'on lui accolait jusque-là. Pour le comprendre, il faut appuyer sur la touche " rewind ", direction 2006. Quatre ans avant de se donner la mort, l'" Enfant terrible ", comme on le surnommait, signe le 3 mars un défilé inoubliable au Palais Omnisports de Paris-Bercy : Widows of Culloden. Dans l'esprit de nombreux journalistes qui y ont assisté, ce show reste l'un des plus beaux jamais vus. Le styliste passionné de technologie y renouait avec sa veine la plus théâtrale mais, cette fois, sans se couper de l'émotion. Kate, une rédactrice irlandaise, se souvient parfaitement du final empreint de mélancolie : " Après un extrait sonore puisé dans la bande-son de La leçon de piano de Michael Nyman, les lumières se sont éteintes. Au centre du catwalk, qui était carré, se trouvait une pyramide surmontée d'une étrange structure en bois en forme de croix. Le violon d'Itzhak Perlman, emprunté à La liste de Schindler du compositeur John Williams, s'est fait entendre, c'était à fendre le coeur. Au milieu de la pyramide, des pans de lumière indistincts se sont mis à apparaître. Petit à petit, l'hologramme bleuté de Kate Moss s'est formé. Son image éthérée dansait là, fragile, comme pour l'éternité, comme si son corps et son âme n'étaient plus qu'une même chose. Une hallucination venue en droite ligne d'une autre planète... Les flashs des photographes rendaient cette apparition encore plus magique. Je me suis mise à pleurer tout le temps qu'a duré ce moment, de gros sanglots incompressibles coulaient sur mes joues. Quand j'y repense, je ne peux m'empêcher de considérer ce moment comme une sorte de testament que Lee nous adressait avant la lettre. " Pas de doute, le dispositif imaginé pour Widows of Culloden était particulièrement ingénieux même si, stricto sensu, il ne s'agissait pas véritablement d'un hologramme. Conçu par la société de post-production londonienne Glassworks en collaboration avec le réalisateur Baillie Walsh et le designer Joseph Bennett, il reposait sur un procédé d'illusion d'optique remontant au théâtre victorien, " Pepper's ghost " - en français, " Fantôme de Pepper " -, qui permet de faire croire que des objets apparaissent, entièrement ou en partie, et disparaissent en utilisant une fine plaque de verre et des techniques particulières d'éclairage. Denis, un consultant belge réputé dans le milieu de la communication, considère qu'Alexander McQueen " a eu un coup de génie visionnaire ". Il analyse : " L'idée de la dématérialisation de la réalité obsède la société depuis l'avènement du numérique. C'est pour cette raison que les hologrammes magnétisent littéralement le public. Mais cela va également au-delà de cette dimension. L'holographie renoue avec des mythes fondateurs de notre inconscient, celui du spectre, du corps sans épaisseur. Il est donc normal qu'à la vue de telles représentations nous redevenions comme des enfants. Comment ne pas s'extasier devant une image immatérielle mais précise que l'on peut observer selon des angles variés ? " Il faut rappeler que la découverte résulte d'une longue histoire ayant eu pour moteur et finalité la " représentation intégrale de l'impression visuelle ". En effet, contrairement à la photographie traditionnelle qui ne contient qu'une information bidimensionnelle, un hologramme en contient une tridimensionnelle, une sorte de " volume de lumière ". Ce beau programme en forme de " nouvelle fenêtre ouverte sur la réalité " a débuté dès la fin du XIXe siècle avec le travail de Gabriel Lippmann, que l'on peut voir aujourd'hui encore au Musée de l'Elysée à Lausanne. Ses fameuses " vues " restituaient les couleurs spectrales de même nature que celles observées sur des bulles de savon. Malheureusement, la découverte fit long feu pour plusieurs raisons : temps de pose excessif, mise en oeuvre délicate, conditions d'observation contraignantes et impossibilité de produire des tirages sur papier. Reste que la technique dite de " photographie interférentielle " brevetée par Lippmann est un premier pas significatif vers l'avènement de l'hologramme, qui franchit une nouvelle étape en 1947 grâce à Dennis Gabor. Le Hongrois va alors mettre au jour un procédé de " reconstruction par front d'ondes ", soit une holographie dite " électronique ". Mais ce sont les années 60 et l'invention du laser qui permettront une restitution plus globale, l'holographie " en lumière visible ". Le principe ? Lorsque nous regardons un objet, nous voyons en fait l'ensemble des rayons diffusés par chaque point de cet objet. En l'absence de ce dernier, l'hologramme donne à voir la totalité de ces rayons, comme si ledit objet était sous nos yeux. Il est facile de comprendre une partie du procédé en regardant les vidéos sur Internet qui invitent à créer un hologramme à partir de son smartphone. Longtemps restées une curiosité de laboratoire, ce sont les arts plastiques qui les premiers ont perçu les ressources de ces images en 3D. D'emblée, on pense à Salvador Dalí, fortement impressionné par la technique. Dès 1973, il signa First Cylindric Chromo-Hologram Portrait of Alice Cooper's Brain. Ce chrono-hologramme donnait à voir le rocker assis en tailleur, portant à sa bouche une statuette de la Vénus de Milo et coiffé d'une sorte de diadème auquel était accolé... son propre cerveau. Du grand Dalí. Mais le maître de Figueras est loin d'être le seul à avoir exploré ce champ. En 2012, le New Museum of Art de New York retraçait les contours de la fascination des artistes pour l'holographie avec Pictures from the Moon : Artists' Holograms 1969-2008. Le résultat, surprenant, permettait de voir qu'une série de créateurs de premier plan avaient succombé au charme vaporeux de ces images en relief, de Louise Bourgeois à Bruce Nauman, en passant par Ed Ruscha, James Turrell ou Eric Orr. Il reste qu'après la brèche ouverte par Alexander McQueen, nombreuses ont été les initiatives visant à exploiter l'univers visuel de l'hologramme. Parmi celles-ci, pointons-en quelques-unes au sein de l'industrie musicale (lire aussi par ailleurs). En 2006, peu de temps après le défilé de McQueen, la très fashionista Madonna donnait un concert en compagnie des membres virtuels du groupe Gorillaz. Un an plus tard, nouveau coup de théâtre avec l'apparition de Tupac Shakur, débarqué du " gangsta paradise ", aux côtés de Snoop Dogg et Dr. Dre lors du festival californien Coachella. Plus récemment, en 2014, les larmes ont coulé lors de la cérémonie des Billboard Music Awards. Revenu d'entre les morts, l'ectoplasme de Michael Jackson moonwalkait en effet entouré de cinq musiciens et de plusieurs danseurs. On notera cependant qu'à l'instar du défilé Widows of Culloden, aucune des trois performances ne pouvait se revendiquer hologramme à proprement parler. Là aussi, il s'agissait d'un jeu de projections qui utilisait l'esthétique holographique. La mode a également su saisir la balle au bond. En 2008, Diesel faisait défiler des mannequins-hologrammes sur le catwalk, tandis que, quatre ans plus tard, Burberry utilisait cette technologie pour l'ouverture d'une boutique à Pékin. En 2014, c'est Polo Ralph Lauren qui proposait, dans Central Park, un show en 4D, avec projection sur des écrans d'eau de tops géants. On ne sera pas étonné d'apprendre qu'une foule de sociétés sont attentives aux possibilités qu'offre ce type de réalité virtuelle. En 2011, après Manchester et Londres-Luton, les aéroports de Paris invitaient les voyageurs à monter dans l'avion par le biais de trois agents virtuels placés à l'entrée de la salle d'embarquement. Là aussi, il s'agissait de projection mais l'effet n'en était pas moins impressionnant. " Les voyageurs sont fascinés et s'arrêtent le temps que l'hologramme finisse de parler ", racontait Claire Gozlan, responsable presse de Paris-Orly, dans les colonnes du Figaro. Il n'en fallait pas plus pour qu'une entreprise se spécialise dans le créneau. Basée à Fort Lauderdale aux Etats-Unis, Mood Media se présente comme " pionnier de la projection holographique ". Elle compte parmi ses clients des poids lourds tels que SABMiller, Air Canada, Pfizer ou Toyota. Son ambition ? Remplacer progressivement l'affichage traditionnel par des supports holographiques qualifiés de " captivants ". Si l'on en croit Brian David Johnson de Corporation Intel, l'avenir de Mood Media s'annonce radieux car " l'innovation technique et la baisse des coûts feront des hologrammes un outil de prédilection utilisé par les détaillants, au cours de la prochaine décennie, pour personnaliser l'expérience d'achat et créer un environnement virtuel. " A Anvers, l'agence de com' Oona planche sur un concept holographique pour un client mais le projet est gardé secret pour le moment. Plus explicite, en mars dernier, le constructeur anglais Bentley livrait sa vision de la voiture de luxe de demain. Une réflexion axée sur le fait que " le mode de vie va changer de manière spectaculaire au cours des vingt prochaines années " et que " les trois quarts de la population mondiale vivront dans des mégalopoles ", selon Stefan Sielaff, designer en chef de la marque. Le résultat ? La EXP10 Speed 6, un prototype qui n'existe encore que sur ordinateur et qui signe la disparition du chauffeur au profit d'un hologramme au service des passagers. Disposé au milieu de deux banquettes en vis-à-vis, le majordome holographique imaginé par la firme de Crewe anticipera le moindre désir des occupants de l'habitacle... à moindres frais. De là à penser que la prochaine révolution sociale se fera contre les hologrammes... PAR MICHEL VERLINDEN