Chemise vichy rose, gilet bleu roi, barbe taillée comme une haie anglaise : Louis Benech est un esthète doublé d'un gentleman. Chaque semaine, il achète des fleurs au marché pour les employées de la maison atelier qu'il occupe à l'est de Paris. A 57 ans, il a conçu des jardins pour des célébrités (Mick Jagger, Bernard-Henri Lévy), des capitaines d'industrie (François Pinault, Claude Bébéar), des palaces (Le Royal Monceau, Le Crillon) et des marques de luxe (Hermès). On le réclame partout dans le monde, de la Nouvelle-Zélande aux Etats-Unis. Il n'aime pourtant pas être réduit à un cénacle mondain. Il travaille depuis deux ans sur un nouveau bosquet du Théâtre d'eau, dans le parc du château de Versailles. Ces salons de verdures, qui ont été créés p...

Chemise vichy rose, gilet bleu roi, barbe taillée comme une haie anglaise : Louis Benech est un esthète doublé d'un gentleman. Chaque semaine, il achète des fleurs au marché pour les employées de la maison atelier qu'il occupe à l'est de Paris. A 57 ans, il a conçu des jardins pour des célébrités (Mick Jagger, Bernard-Henri Lévy), des capitaines d'industrie (François Pinault, Claude Bébéar), des palaces (Le Royal Monceau, Le Crillon) et des marques de luxe (Hermès). On le réclame partout dans le monde, de la Nouvelle-Zélande aux Etats-Unis. Il n'aime pourtant pas être réduit à un cénacle mondain. Il travaille depuis deux ans sur un nouveau bosquet du Théâtre d'eau, dans le parc du château de Versailles. Ces salons de verdures, qui ont été créés par Le Nôtre au XVIIe siècle avant d'être délaissés, s'offriront au public au printemps 2015. Ici, tout un chacun pourra s'approprier la discrète beauté de son travail. Autodidacte, Louis Benech est arrivé dans le métier par un chemin escarpé. Après une maîtrise de droit, il devient ouvrier agricole pour la fameuse pépinière Hillier, en Grande-Bretagne. Simple soldat au service de la nature, les mains dans le terreau dix heures par jour. Il en a gardé le plaisir de désherber, qu'il qualifie de nirvana. C'est contre toute attente qu'en 1990, il gagne avec Pascal Cribier, paysagiste aussi atypique que lui, le prestigieux concours pour restaurer les jardins des Tuileries à Paris. Une date charnière qui va lui ouvrir toutes les portes. Longtemps, il n'en est pas revenu d'avoir été élu. Lui l'outsider que ses détracteurs surnomment avec dédain " le botaniste ". L'intéressé le prend comme un compliment. Aujourd'hui encore, il se sent plus jardinier qu'architecte paysagiste. " Un jardin, c'est un lieu de promenade, ce n'est pas une architecture. Il n'y a pas forcément de découpage de l'espace. " Et les jardins conceptuels qui sont très en vogue ? " C'est souvent tiré par les cheveux et d'un ennui total. J'aime me poser des questions, j'aime réfléchir mais je travaille d'abord visuellement. Et je gère des problèmes de drainage, d'arrosage. Cela s'arrête là. " Il a grandi entre terre et mer, à l'île de Ré où il n'y a pas d'arbres, " à part deux peupliers et trois chênes ". C'est suffisant pour ce garçon rêveur qui développe une passion pour " les minéraux, les oiseaux, et d'une manière générale le monde des vivants, avec une préférence pour l'écorce ". On lui demande souvent de définir son style. Il est incapable de répondre et se méfie de tout effet de signature. " Je veux de la simplicité. Je touche très peu à la page qui m'est donnée. Je n'aime pas ajouter de la terre, je n'aime pas bouleverser les sols, je préfère les améliorer, un peu comme un paysan mais avec d'autres moyens. J'adore faire avec. Je mets de l'ordre, je laisse de la liberté, il faut essayer de trouver un équilibre. " On dit que partout où il intervient, il fuit la prétention. Si l'on en juge l'humour avec lequel il s'est prêté à notre séance photo nécessitant de le recouvrir pendant trente-cinq minutes d'une pluie de pétales jusqu'à l'obtention du bon cliché, on se dit qu'il y a du vrai dans cette réputation de gentilhomme. Compagnon depuis dix-sept ans du chausseur Christian Louboutin, ce bavard qui aime le silence et la solitude cultive l'autodérision. Sans doute pour se garder des vanités humaines. Le monde végétal l'y aide. " Il faut trente années pour qu'un projet prenne forme ", répète-t-il. Le jardin rend humble, même si l'on fréquente le beau monde et les garden parties. " C'est aussi le seul art résistant car contrairement aux autres, il ne se vend pas, ne fait que coûter et reste étranger à toute forme de spéculation. " PAR ANTOINE MORENO" J'aime réfléchir, mais je travaille d'abord visuellement. "