Si tout devait toujours rentrer dans des cases pour ne jamais en sortir, Francisco Rabaneda Cuervo, diplômé en architecture de l'Ecole nationale des beaux-arts, ne serait jamais devenu Paco Rabanne, couturier. Sans cette échappée belle dont furent complices sa mère, ex-première d'atelier chez Balenciaga, et sa soeur, formée auprès du parurier Roger Jean-Pierre, pas de vêtements en cotte de maille d'aluminium. Ni de robes jetables en papier, de dentelle de Calais plastifiée, de fourrure synthétique tricotée, entre autres innovations pas néc...

Si tout devait toujours rentrer dans des cases pour ne jamais en sortir, Francisco Rabaneda Cuervo, diplômé en architecture de l'Ecole nationale des beaux-arts, ne serait jamais devenu Paco Rabanne, couturier. Sans cette échappée belle dont furent complices sa mère, ex-première d'atelier chez Balenciaga, et sa soeur, formée auprès du parurier Roger Jean-Pierre, pas de vêtements en cotte de maille d'aluminium. Ni de robes jetables en papier, de dentelle de Calais plastifiée, de fourrure synthétique tricotée, entre autres innovations pas nécessairement portables mais ayant dépoussiéré la notion d'élégance. Et puis surtout, pas de Françoise Hardy vêtue d'un maillot de bain blanc en plaques de Rhodoïd sur la couverture d'Elle France en 1966, ni de Jane Fonda ultrasexy dans le Barbarella de Roger Vadim, deux ans après. Aux antipodes de cette exubérance expérimentale, du côté du minimalisme cher aux créateurs belges, Raf Simons ou Martin Margiela en tête, l'interaction avec d'autres disciplines est également essentielle. Ainsi du fameux " less is more " apparu sur la planète fashion au tournant des années 90 pour caractériser des collections dépouillées, présentées dans des décors qui le sont tout autant. Si l'aphorisme sied parfaitement à cette mode refusant l'ornemental et le superflu, c'est pourtant au célébrissime maître dans l'art de bâtir Mies van der Rohe qu'on le doit. Plus proches de nous, Fien Muller et Hannes Van Severen défendent aussi une perméabilité entre les multiples domaines où l'inventivité peut s'exercer, sans s'embarrasser de classifications inutiles. Evoquant leur travail, nos Designers de l'année 2015 préfèrent d'ailleurs parler de " projets mobiliers ", évitant par là d'y apposer une étiquette forcément réductrice. Au palmarès de ce jeune couple talentueux, dixième tenant du titre décerné par Le Vif Weekend, Knack Weekend et la Fondation Interieur, avec le soutien des principaux acteurs du secteur ? Une ligne de couverts ou des meubles pour le pavillon de Bahreïn à l'Expo universelle de Milan, des lampes ou l'aménagement intérieur du futur bâtiment de la VRT... " On ne perd pas trop de temps avec des modèles 3D ou des dessins compliqués, ont-ils confié à Mathieu Nguyen pendant l'interview publiée en ouverture des seize pages de rétrospective reprises dans ce numéro. On est dans notre studio, on bricole, on soude, on fabrique des sculptures. " Sur des terrains de jeux différents, Paco Rabanne, surnommé " le métallurgiste ", ou Mies van der Rohe, adepte des formes claires et de l'épure, auraient certainement apprécié leur démarche. En dehors de toute catégorisation.Delphine KindermansUne perméabilité entre les multiples domaines où l'inventivité peut s'exercer.