Née en 1953 dans l'État de New York, Eve Ensler entreprend des études littéraires, avant de devenir poète, comédienne, scénariste et militante féministe. Sa pièce Femmes cibles impose Meryl Streep et Anjelica Huston dans des représentations données au profit des réfugiées bosniaques. Avec Les Monologues du vagin, elle brise les tabous les plus refoulés et se hisse sur la scène internationale avec la complicité des stars (Jane Fonda, Glenn Close, Whoopy Goldberg ou Susan Sarandon) et d'anonymes. Cette pièce sous forme de condensé de confidences s'inspire de multiples rencontres autour du globe, et a fait le tour du monde. Eve Ensler ne se contente pas d'écouter les femmes ou de transfigurer leur parole, elle fonde le V-Day, qui lutte activement contre la violence à l'encontre du sexe dit faible. Alors que The Good Body dénonçait la tyrannie du corps parfait, Je suis une créature émotionnelle se penche sur les adolescentes, confrontées à toutes sortes de soucis et de questionnements à travers...

Née en 1953 dans l'État de New York, Eve Ensler entreprend des études littéraires, avant de devenir poète, comédienne, scénariste et militante féministe. Sa pièce Femmes cibles impose Meryl Streep et Anjelica Huston dans des représentations données au profit des réfugiées bosniaques. Avec Les Monologues du vagin, elle brise les tabous les plus refoulés et se hisse sur la scène internationale avec la complicité des stars (Jane Fonda, Glenn Close, Whoopy Goldberg ou Susan Sarandon) et d'anonymes. Cette pièce sous forme de condensé de confidences s'inspire de multiples rencontres autour du globe, et a fait le tour du monde. Eve Ensler ne se contente pas d'écouter les femmes ou de transfigurer leur parole, elle fonde le V-Day, qui lutte activement contre la violence à l'encontre du sexe dit faible. Alors que The Good Body dénonçait la tyrannie du corps parfait, Je suis une créature émotionnelle se penche sur les adolescentes, confrontées à toutes sortes de soucis et de questionnements à travers la planète. Ce texte aboutit à son tour à une pièce, dont la version française sera proposée en 2012. Eve Ensler nous reçoit au C13, un théâtre intimiste parisien où se joue le spectacle en anglais. Son regard pétillant, sa pêche contagieuse et son tempérament militant rendent la rencontre passionnante. Peu avant la levée du rideau, elle rejoint la troupe de jeunes comédiennes internationales, pour leur transmettre son enthousiasme. Il émane de ces filles talentueuses une énergie vitaminée. Un dynamisme qui brasse divers thèmes (l'amour, le culte de la minceur, le travail à la chaîne, l'esclavage sexuel ou les enfants soldats) et vérités. " Comment croire en la vie quand le monde se suicide ? " Pour Le Vif Weekend, Eve Ensler, elle, se dévoile en 5 mots. " J'aime être une femme, clame Eve Ensler. Cette part de moi est totalement éveillée dans mon corps et ma tête. " Son nouveau texte est né du constat que " les filles sont dévouées, compassionnelles, brillantes et énergisantes, or on les considère souvent comme les maillons faibles. Je les encourage à assumer cela pour changer le monde ". Cette utopie s'appuie sur une réalité universelle, " les filles font souvent passer les envies des autres avant les leurs ". Un sens du sacrifice que la dramaturge veut balayer au profit des verbes résister, protester, créer et inventer. " Il y a tant de femmes invisibles qui se sentent seules. J'espère qu'elles se reconnaîtront en celles que je décris. "Plus qu'une poupée, elle incarne les canons de la beauté contemporaine. Or saviez-vous qu'elle s'inspire d'un sex-toy pour hommes ? Ses proportions corporelles n'existent pas dans la réalité. " Ça n'empêche pas les femmes de se teindre en blond, de s'affamer, de se blanchir la peau ou de se faire mettre des implants mammaires pour lui ressembler. " Lors d'une émission télé, une majorité de filles ont affirmé préférer perdre un bras que grossir ! Eve s'indigne, " ce n'est pas tant l'apparence que le monde qui devrait être modifié ". L'auteure est frappée par une constante : les filles ne cessent de lutter tout au long de leur vie. Si leurs combats ne sont a priori pas comparables, il y a pourtant un point commun entre l'excision, le viol, le mariage forcé, l'anorexie et les abus de la chirurgie esthétique. " Elles se battent toutes contre la pression qui les empêche d'être qui elles sont. Qu'elles vendent leur corps ou qu'elles le déforment pour plaire, elles deviennent des objets au lieu d'être les sujets de leur propre vie. " Aussi Eve Ensler est-elle persuadée que les filles doivent façonner leur vie et non pas se contenter de survivre. " Comment les aider à croire en elles ? Ce n'est que si on libère le corps, l'esprit et l'imaginaire des filles, que l'humanité va subsister. "" L'art est nécessaire, mais il faut parfois transformer les émotions en action. " C'est pourquoi Eve Ensler a imaginé le mouvement V-Day, pour lutter contre la violence envers les femmes et les filles. " L'important étant d'impliquer des femmes des pays concernés. " L'ONG lève des fonds pour concrétiser des projets aux quatre coins du globe. Parmi les derniers-nés, City of Joy (La cité de la joie) vise à soutenir les victimes de viols en République démocratique du Congo. Son objectif ? Apaiser leurs plaies, leur permettre de s'épanouir et de se prendre en charge dans tous les domaines de leur vie. Lors de ses nombreux voyages, Eve Ensler a recensé les maux de ses pairs. " Comment transformer toute cette douleur en un pouvoir, susceptible de faire avancer le monde ? " L'auteure est émerveillée par la faculté des femmes à aller de l'avant, à prendre des directions inattendues et à faire preuve d'un esprit de révolte. " Attention, cela ne signifie pas que je suis contre les hommes, qui sont aussi des créatures émotionnelles, mais il s'agit de ne plus se laisser dominer. Il n'est pas facile d'être humain... " Raison de plus pour s'unir, afin de trouver des solutions contre la crise, la surpopulation ou le réchauffement climatique. La militante est persuadée que ce sont les filles qui insuffleront l'énergie au monde de demain. " Désormais, je me sens heureuse, libre et vivante. " D'autant qu'Eve Ensler a affronté un cancer, dont elle parlera dans un prochain texte. " Je ne m'excuse plus de vivre ! "Je suis une créature émotionnelle, par Eve Ensler, 10/18, 164 pages. www.vday.org PAR KERENN ELKAÏM