La popularité de la portion balnéaire Estoril-Cascais-Sintra remonte à l'époque où la médecine a commencé à vanter les vertus thérapeutiques des bains de mer, vers la fin du XVIIIe siècle. De fil en aiguille, la riviera portugaise - également surnommée " Lisbonne-plage " en raison de sa proximité avec la capitale - a fini par devenir un véritable must pour la haute société. La neutralité du pays durant la Seconde Guerre mondiale y a ensuite attiré nombre de membres de la noblesse européenne et de têtes couronnées en exil, venus de France, d'Italie, de Yougoslavie, d'Albanie, de Hongrie ou de Roumanie. La voisine espagnole y a évidemment laissé son empreinte : c'est ici qu'a grandi le roi Juan Carlos, qui y possède toujours une somptueuse villa.
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La popularité de la portion balnéaire Estoril-Cascais-Sintra remonte à l'époque où la médecine a commencé à vanter les vertus thérapeutiques des bains de mer, vers la fin du XVIIIe siècle. De fil en aiguille, la riviera portugaise - également surnommée " Lisbonne-plage " en raison de sa proximité avec la capitale - a fini par devenir un véritable must pour la haute société. La neutralité du pays durant la Seconde Guerre mondiale y a ensuite attiré nombre de membres de la noblesse européenne et de têtes couronnées en exil, venus de France, d'Italie, de Yougoslavie, d'Albanie, de Hongrie ou de Roumanie. La voisine espagnole y a évidemment laissé son empreinte : c'est ici qu'a grandi le roi Juan Carlos, qui y possède toujours une somptueuse villa. Durant la guerre, la Costa dos Reis (" Côte des Rois ") a également vu débarquer une population plus inattendue : les espions. Ceux des pays de l'Axe logeaient à l'hôtel Atlantico, tandis que ceux des Alliés dormaient au magnifique Palácio d'Estoril. C'est dans ce dernier qu'un certain Ian Fleming a posé les pieds en 1941. Agent de renseignements de la marine britannique, il adorait s'asseoir à l'actuel Spies Bar pour y déguster des martinis bien corsés et préparés " au shaker, pas à la cuillère ", cocktail qui deviendra la boisson fétiche de son mythique héros nommé James Bond. Une anecdote qui en appelle une autre : Fleming était au Portugal pour y surveiller notamment le colonel yougoslave Dusko Popov, grand buveur de vodka qui avait reçu le surnom de Tricycle en raison de son statut d'agent triple et du fait qu'il s'entourait en permanence de trois demoiselles éblouissantes. Et si le père spirituel de 007 avait eu là devant les yeux celles qui allaient lui inspirer ses Bond girls ? Inévitablement, le très beau casino d'Estoril, entouré de vastes jardins, est devenu le décor du premier roman d'espionnage signé par Fleming : Casino Royale, paru en 1953. Et ce n'est probablement pas un hasard si les scènes de roulette du film Au service secret de Sa Majesté, dix ans plus tard, ont été réalisées sur place. Depuis, le lieu a été rénové. Le colosse en verre accueille toujours les joueurs de baccara, de black jack ou de poker, même s'il a perdu un peu de son glamour depuis qu'on y a ajouté d'interminables rangées de machines à sous, et que les tenues de soirée n'y sont plus forcément exigées... Malgré cela, l'ombre de James Bond n'est jamais bien loin : l'office du tourisme organise un rallye-promenade sur le thème de 007, tandis que le dry martini reste l'une des boissons les plus consommées de la station balnéaire, surtout par ceux qui pensent qu'on ne vit que deux fois... Que reste-t-il, aujourd'hui, du charme aristocratique de cette région côtière ? La baie, sans aucun doute, qui est l'une des plus séduisantes d'Europe, avec le port de plaisance et le fort de Cascais à une extrémité, et la Praia da Azarujinha à l'autre bout. Côté plage, au premier regard, on se dit que de nouveaux transats et un coup de peinture sur les cabines ne seraient pas un luxe. Mais finalement, cette impression de splendeur surannée se marie assez bien avec les villas et les palais du début de XXe siècle qui bordent la digue. Le centre de Cascais n'est qu'à quelques enjambées de la mer. Il apparaît comme un labyrinthe de ruelles piétonnières pavées, bordées de maisons blanches qui abritent commerces, bars et restaurants spécialisés en produits de la mer. Bonheur non négligeable : les grands immeubles sont quasi inexistants, rendant la promenade des plus agréables. C'est aussi à Cascais que se dresse la Grande Real Villa Itália, cousin tout aussi luxueux du Palácio Hotel, et qui doit son nom à son illustre habitant Umberto II, dernier roi d'Italie et époux de notre princesse Marie-José, fille d'Albert Ier. Encore un exilé qui avait la belle vie... Tout comme le couple qui, à quelques centaines de mètres de là, près du phare bleu et blanc qui fait aujourd'hui partie du Farol Museu de Santa Marta, a trouvé refuge en 1940 à la Casa de Santa Maria : le duc de Windsor et son épouse Wallis Simpson. À un jet de pierre, on aperçoit les terrains de golf de Quinta da Marinha et Oitavos s'étirant dans un charmant décor de dunes et de pins parasols. Le chemin pour s'y rendre passe devant la Boca do Inferno, un complexe de grottes naturelles fouettées par les flots mugissants de l'Atlantique. Quelques kilomètres plus loin, les restaurants perchés sur les rochers à Quinta de São José da Guia offrent une vue exceptionnelle sur la côte. L'endroit idéal pour s'émerveiller du coucher de soleil, avant de regarder s'allumer une à une les lumières des bateaux des pêcheurs de crevettes et d'oursins... Toujours le long de la côte, la longue plage venteuse de Guincho Beach est aujourd'hui un lieu très couru des amateurs de planche à voile et de kite surfing. Elle n'a rien perdu de sa beauté sauvage depuis que James Bond y a sauvé la comtesse Tracy de la noyade et mis plusieurs malfrats hors d'état de nuire dans la séquence d'ouverture d'Au service secret de Sa Majesté. Au-delà de cette jolie plage, on arrive à ce qui fut jadis littéralement la fin du monde connu : Cabo da Roca, un cap de 140 mètres, point le plus occidental du continent européen et donc de toute l'Eurasie ! Ce lieu mythique, baptisé Promontorium Magnum par les Romains, a alimenté bien des légendes de dieux armés de tridents et de sirènes aux voix suaves. Aujourd'hui, les plus courageux grimperont jusqu'à son phare, vieux de deux siècles, pour y admirer un splendide horizon. Le décor de l'arrière-pays n'est pas moins épatant. Le vent de l'Atlantique, le soleil et le sol sablonneux ont doté la région d'un microclimat propice aux chênes-lièges et aux eucalyptus, mais aussi à la culture du raisin, offrant des jolies couleurs aux reliefs. Une excursion s'impose vers Sintra, petite ville classée au patrimoine de l'Unesco et qui est certainement l'une des sept merveilles du Portugal. On y prend le soleil en s'y promenant, d'abord. Puis on part découvrir les créations architecturales de quelques rois fantasques qui furent de passage dans la région. Si le choix est vaste, impossible de manquer le palais de Pena et son parc, imaginés par Fernando II, neveu du roi des Belges Léopold Ier de Saxe-Cobourg... et roi consort du Portugal grâce à son mariage avec Dona Maria II. Homme cultivé et aux idées larges, celui que l'on surnommait le Roi Artiste tomba un jour sous le charme d'un cloître en ruine niché au sommet d'une colline de la Serra de Sintra. Presque entièrement détruit par le tremblement de terre de 1755, le site n'avait conservé que sa chapelle, autour de laquelle le monarque fit construire un spectaculaire château. Sa source d'inspiration ? Mystère, même s'il faut admettre que la bâtisse présente de nettes similitudes avec le Neuschwanstein de son contemporain Louis II de Bavière... Avec son mélange de styles et ses touches " fantastiques " (Fernando II avait un faible pour la culture indienne), Pena est un somptueux souvenir d'architecture romantique du XIXe siècle. On en ressort avec une envie de sieste à l'ombre d'un olivier. Ou d'un petit moment de détente dans l'un des nombreux salons de thé de Sintra, en dégustant les fameux " travesseiros ", petits coussins légers à base d'oeufs, de sucre et d'amandes. Après, rien n'empêche de regagner les plages, voire d'aller s'extasier sur les mille beautés de Lisbonne, qui ne se trouve qu'à une demi-heure en voiture... et on ne parle pas forcément d'une Aston Martin. PAR LINDA ASSELBERGS