Epié, disséqué... jamais en paix. Faits et gestes scannés, pulsions et désirs traqués, impossible d'échapper à l'£il redoutable des marques et des distributeurs, exacerbé encore par les tendanceurs. Nous voilà saucissonnés, en strates : les tout jeunes, les ados, les pré-adultes, les kidultes, les quadras, les quinquas, les retraités, bref, autant de yoyos, momos, bobos, cocos qui s'ignorent peut-être, mais dont on sait désormais tout.
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Epié, disséqué... jamais en paix. Faits et gestes scannés, pulsions et désirs traqués, impossible d'échapper à l'£il redoutable des marques et des distributeurs, exacerbé encore par les tendanceurs. Nous voilà saucissonnés, en strates : les tout jeunes, les ados, les pré-adultes, les kidultes, les quadras, les quinquas, les retraités, bref, autant de yoyos, momos, bobos, cocos qui s'ignorent peut-être, mais dont on sait désormais tout. Normal. Pour nous faire consommer, il faut innover, créer de nouvelles habitudes. Mieux nous connaître pour canaliser plus subtilement nos comportements. Et " corser ", comme disent les spécialistes, les produits. Dans ce fleuve pas tranquille du tout, deux nouvelles tribus, certes opposées mais réunies dans un même souci de branchitude, dominent l'été (et peut-être l'hiver) 2004 : les glunge et les bran-chic-bon-genre. Explications. Quand il a épinglé pour la première fois le glunge (c'était en mars dernier), le magazine " Vogue " était tout en émoi : le mouvement est bien " une fusion fatale " entre le grunge et le glamour, a-t-il d'emblée diagnostiqué. Pour ceux qui auraient eu un moment d'égarement, rappelons que le premier est né dans les banlieues de Chicago à la fin des années 1980 et a été sacralisé par le groupe Nirvana et son leader Kurt Cobain. Tout fiers de tourner résolument le dos au second, sanctifié depuis des décennies par Hollywood. Les voilà tous deux réunis aujourd'hui par l'inspiration modeuse de quelques créateurs qui mêlent subtilement matières voluptueuses et accessoires trash. Comme Rick Owens, par exemple, le directeur artistique de Revillon. Interrogé par " Vogue ", ce styliste à la pensée pour le moins méandreuse a étalé ses goûts et ses dégoûts de tous les jours. Au rayon de ses préférences, on épinglera le métro parisien, ou plus précisément " sa fibre primitive, l'idée qu'on se déplace dans ces galeries souterraines et dans la crasse, comme des rats " (sic). La crasse, eux, ils en ont horreur. Bien propre sur soi, tel est, en effet, le must vestimentaire des bran-chic-bon-genre. A ne pas confondre avec ces " ringards " de BCBG, même s'ils partagent quelques racines communes. C'est que les bran-chic osent davantage. Ne se hasardent-ils pas à flirter avec le dandysme, histoire d'éclairer le conventionnel ? Désinvoltes, certes, mais sans vraie provoc. Leurs figures de proue ? Carla Bruni, Benjamin Biolley, Sofia Coppola... Sages en apparence, impeccables en toutes circonstances. Aux dernières nouvelles, ce serait bien eux, les supergagnants du top de l'été. Affaire à suivre... Christine Laurent