Veronique Branquinho, directrice artistique de Delvaux

Comme une vraie institution belge, qui rimait avec qualité et artisanat. Très vite, je me suis rendu compte que nous avons des valeurs communes. Je me retrouve totalement dans le respect du métier cher à Delvaux, dans son amour des matières, son élégance des lignes, son savoir-faire, son intemporalitéà toutes choses auxquelles j'aspire. Ces valeurs, je veux les magnifier et y apporter outre ma signature, une certaine modernité.
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Comme une vraie institution belge, qui rimait avec qualité et artisanat. Très vite, je me suis rendu compte que nous avons des valeurs communes. Je me retrouve totalement dans le respect du métier cher à Delvaux, dans son amour des matières, son élégance des lignes, son savoir-faire, son intemporalitéà toutes choses auxquelles j'aspire. Ces valeurs, je veux les magnifier et y apporter outre ma signature, une certaine modernité. Avec les sacs et les chaussures, on jouit d'une vision plus spatiale. On peut réellement les regarder comme des objets à part entière et les travailler plus sculpturalement. Pour le vêtement, là on a besoin du mouvement afin de voir comment il fonctionne. Mais pour le reste, la création est à peu près identique : il faut choisir une atmosphère, des couleurs, des matières. J'en avais un, un vrai vintage, j'ai découvert en feuilletant le Livre d'or qu'il datait des années 70. Ce livre, magnifique, avec reliure en cuir sera exposé au MoMu, on y trouve tous les dessins de tous les sacs jamais réalisés. Ce que j'aime avec les sacs Delvaux, c'est que chaque femme chérit le sien, pour des raisons différentes, particulières et je trouve cela beau. Et puis, ils vont à toutes, peu importe les générations, ils sont intemporels, universels. J'aime les détails qui ne sont pas perceptibles au premier regard - il est essentiel qu'une part de mystère soit préservée. " J'ai commencé mes recherches pour Delvaux au départ d'une page blanche - pas de préjugés, pas de bagage culturel, pas d'idées reçues. Je ne suis pas belge, cela m'a permis d'avoir un point de vue privilégié, de me balader sans carte à travers les archives de la société. Et de construire ma propre histoire de Delvaux en partant de rien. J'ai découvert des vieilles boîtes pleines de photographies, celle d'une équipe de basket Delvaux en 1951 ou d'un mini-van Volkswagen peint aux couleurs de la maison. J'ai aussi trouvé des lettres de clients contestant leurs notes, des certificats de naissance et de décès de générations de selliers, d'ébénistes qui travaillaient pour Charles Delvaux. J'ai aussi déniché des photos oubliées d'une visite de la reine Paola au début des années 80 - je les ai apportées à l'atelier, le c£ur de l'Arsenal à Bruxelles. La plupart des ouvriers qu'on voit sur ces clichés y travaillent encore. L'histoire, l'artisanat, la famille, le designà il y avait tant de choses à étudier pour préparer cette expo. Mais ce qui m'a le plus exaltée, c'est le punch symbolique des produits Delvaux. Car l'existence de la maison couvre une période de changements extraordinaires. En 180 ans, l'Europe est devenue une société hypermobile. Et Delvaux a fourni des articles qui permettent de voyager : des malles, des valises, des boîtes à chapeaux, des fourre-tout. Désormais, ils font partie intégrante de l'histoire contemporaine. Un soir, je quittais l'Arsenal, j'étais dans un tram avec une employée du département technique. Elle m'a demandé poliment ce que je pensais de Delvaux.C'était la fin d'une longue journée, j'avais chaud, j'étais couverte de poussière à force de fouiller dans les archives. Et j'ai répondu moins diplomatiquement que je ne l'aurais fait habituellement : " Je pense que vous ne réalisez pas ce que vous avez ". Delvaux, 180 ans de luxe belge MoMu, ModeMuseum Provincie Antwerpen, 28, Nationalestraat, à 2000 Anvers. Tél. : 03 470 27 70, info@momu.be. Du 17 septembre au 21 février 2010. Du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures.Trui Moerkerke / Hettie Judah