Carnet d'adresses en page 91.
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Carnet d'adresses en page 91.On a aimé ses parures spectaculaires, surdimensionnées et figuratives en bronze doré. On apprécie autant ses nouvelles collections : plus simples, plus épurées, mais toujours animées d'une personnalité percutante. Et on craque pour ses meubles et objets sculptures, nouvelle facette de sa créativité. Hervé van der Straeten a évolué. Il a quitté le quartier branché et chahuté de la Bastille, pour s'installer dans le Marais, plus paisible et très chic. Derrière une façade anonyme, une cour typiquement parisienne aboutit à sa nouvelle galerie. La lumière est blonde et très douce. De l'atelier, situé juste à côté, proviennent des coups de marteau réguliers qui rythment agréablement l'ambiance feutrée. Dans cet espace magnifique, la nouvelle collection de meubles et d'objets, tous uniques et griffés Hervé van der Straeten, a une présence extraordinaire. Les bois sont précieux, les métaux sont nobles. L'audace des formes s'inscrit naturellement dans l'intemporalité et l'universalité. Les détails et les finitions, irréprochables, renvoient au savoir-faire d'antan. Ici, on a l'impression de plonger dans le passé, dans cette époque superbe et lente où les grands créateurs, Jacques-Emile Ruhlmann ou Eileen Gray, par exemple, prenaient tout le temps et toute la liberté de créer, à condition que ce soit beau, étonnant et... cher. L'époque où la mode était au style et non à la tendance. " Voulez-vous commencer par les bijoux ?" demande, courtoisement, Hervé van der Straeten. Ils sont désormais moins volumineux et moins ostentatoires, ils ont acquis de la finesse et de la délicatesse. Les pièces sont plus plates, plus graphiques et plus géométriques. Le matériau, lui, n'a pas changé. Le laiton doré à l'or fin interprète à l'infini les formes éternelles : une feuille, un anneau, une pastille. Rien n'est figé : les boucles d'oreille, les bracelets et les colliers sont légers, aériens, en mouvement constant. " Les longs colliers peuvent être portés en ceinture, en rang long ou simple, précise Hervé van der Straeten. J'essaie de garder une certaine fraîcheur dans la conception, un côté très spontané. Je veille aussi à ce qu'il y ait toujours différentes lectures, tant dans mes bijoux que dans mes meubles et objets. On y retrouve des références dans le temps ou dans l'espace, des références tribales, par exemple. " Après le bijou, Hervé van der Straeten a abordé l'objet, puis le mobilier. Avec un rêve à la clé : regrouper le tout dans une galerie pour offrir une " lecture globale " de ses créations, pour les faire cohabiter de façon à ce qu'elles dialoguent et se complètent. Ce rêve s'est matérialisé il y a cinq ans. La galerie fonctionne comme une galerie d'art, ouverte au public tous les jours. Une fois par an, une exposition présente les nouvelles créations. " Je n'ai pas de stratégie, souligne Hervé van der Straeten. Tout découle de mes goûts personnels. J'aime " la belle ouvrage ". Mes bijoux sont, certes, de fantaisie, mais ils ont une qualité très soignée, ils sont tous faits à la main. Pour mes objets, c'est pareil. Le bronze est travaillé et martelé ici, dans l'atelier. L'ébénisterie et le laque sont réalisés à l'extérieur, par des artisans triés sur le volet. " Les tables, les consoles, les armoires mêlent des lignes originales et des matériaux superbes : du bois de poirier ou de l'ébène veiné de Bornéo. Des épines en bronze sont partout : sur le pied d'un lampadaire, en dessous d'un guéridon, sur les portes d'une armoire. " J'aime créer des illusions qui déroutent le regard et apportent un petit côté dramatique, sourit Hervé van der Straeten. J'aime aussi jouer avec l'équilibre. Le plateau de cette console est-il vraiment en équilibre, posé sur le volumineux anneau en bronze ? Des lampes, construites avec des cubes laqués, pas alignés, osent une géométrie décalée, fragile. " Il y a aussi des contrastes. Un contraste chaud-froid, par exemple, lorsque le bronze se mêle à du bois de palissandre ou du poulain. Certains objets évoquent la " période " précédente d'Hervé, baroque et exubérante. Voici donc les miroirs " sorcières " avec leur effet déformant et leurs branchages en bronze, emmêlés et sauvages ou encore ces vasques dorées, inspirées de la nature vivace, un brin agressive. De temps en temps, Hervé van der Straeten est sollicité par des maisons renommées. Pour Bernardaud, le spécialiste de l'art de la table, il a créé des vases peints à la main ainsi que " Frivole ", un service de table complet. Il a contribué, aussi, au succès de grands parfums. C'est à lui que l'on doit la belle amphore, étirée et très pure, ornée d'un collier des femmes girafes en Birmanie et qui sert d'écrin au parfum " J'Adore " de Christian Dior. Puis il a dessiné le flacon tout doux et tout rond, recouvert de feuilles dorées, qui abrite " L'Or " de Torrente. " J'aime bien dessiner des flacons de parfums, confie le créateur. C'est un univers précieux et féminin qui doit transmettre une émotion, proche de celle des bijoux. Cela dit, ces collaborations sont ponctuelles. Je suis très indépendant et j'aime me concentrer sur mes propres créations. " Ses sources créatrices ne sont pas près de se tarir. Hervé van der Straeten nous montre ses cahiers de dessins. Des parures féminines étonnantes, mais aussi des objets et des meubles, réalisés avec des matériaux oubliés ou jamais utilisés, des lignes surprenantes. " L'intérêt des collectionneurs et des amateurs pour des pièces uniques, de qualité, va croissant, conclut-il. Je travaille de plus en plus sur commande. Actuellement, je suis en train de concevoir l'aménagement complet d'une salle à manger. Cela ne m'intéresse pas de grandir et d'avoir une diffusion très large. Je veux continuer à faire ce qui me plaît : des pièces d'extrême qualité où il n'y a pas de limites. " Barbara Witkowska