" On a pensé à tout : des bureaux, une salle de concert avec Pias, une extension de l'hôtel Meininger avec des espaces de conférences et même un énorme bike shop qui faisait sens avec ce chemin en bord de canal hyperfréquenté par des cyclistes. Et puis, on a raté l'option du Brussels Beer Project qui nous proposait d'installer ici une brasserie artisanale : on a un peu manqué de vision et ils se sont établis rue Dansaert. Il faut dire qu'amener les camions sur place posait de sacrés problèmes de logistique. " Le 15 mars dernier, le Bruxellois Jean-Paul Pütz, la cinquantaine, voix grave, grammaire et sourire décidés, est attablé dans le resto du MIMA (Millennium Iconoclast Museum of Art) qui s'ouvre dans neuf jours. Ce bébé de briques de 1 500 m2, l'homme le loue...

" On a pensé à tout : des bureaux, une salle de concert avec Pias, une extension de l'hôtel Meininger avec des espaces de conférences et même un énorme bike shop qui faisait sens avec ce chemin en bord de canal hyperfréquenté par des cyclistes. Et puis, on a raté l'option du Brussels Beer Project qui nous proposait d'installer ici une brasserie artisanale : on a un peu manqué de vision et ils se sont établis rue Dansaert. Il faut dire qu'amener les camions sur place posait de sacrés problèmes de logistique. " Le 15 mars dernier, le Bruxellois Jean-Paul Pütz, la cinquantaine, voix grave, grammaire et sourire décidés, est attablé dans le resto du MIMA (Millennium Iconoclast Museum of Art) qui s'ouvre dans neuf jours. Ce bébé de briques de 1 500 m2, l'homme le loue, pour un bail de neuf ans renouvelable, à Michel de Launoit et ses partenaires, gestionnaires d'un musée privé à vocation 2.0 : l'endroit exposera des visuels cherchant l'échappatoire créative aux traditionnelles galeries. Là, il reste juste un million de détails à régler dans ce qui fut le coeur opérationnel de la brasserie jusqu'en 2008, le reste du bâtiment étant déjà transformé en hôtel low cost depuis trois ans (le Meininger) et agrémenté d'un petit immeuble à basse énergie. Les anciennes salles de contrôle, des cuves et silos, squattées au cours du temps, ressemblaient encore il y a un an à une jungle urbaine. Aujourd'hui, le clash de couleurs murales tutoie un plancher clair : les oeuvres n'attendent que d'être accrochées. Nelson Canal SA est passé par là, société dont JJP est actionnaire avec ses associés, Nicolas de Bellefroid et Christophe d'Ansembourg. " A trois, on redonne vie aux espaces, avec une stratégie financière mais aussi la volonté de s'inscrire dans les zones de déshérence sociale. Dans un lieu ancien tel que ce morceau d'ex-brasserie, les imprévus s'additionnent, comme les châssis d'origine qui se mettent à lâcher dès les travaux commencés. On a investi un million d'euros, sur un coût total de dix-neuf, avec l'hôtel et la petite tour de logements construite en sus. " Mais il faut savoir que le terrain est de la compétence de la commune alors que c'est la Région qui s'occupe de la voirie. Comprenez : un bric-à-brac à la belge. Jean-Paul Pütz refuse l'amertume - pas son genre - mais reprendrait bien une tournée de tord-boyaux pour arroser ce Bruxelles où " la température de créativité semble avoir diminué depuis deux ou trois ans, dans un contexte de blague permanente avec ces tunnels qui s'effondrent et un cake institutionnel auquel personne ne comprend rien ". Jamais avare d'un petit dé de vinaigre - notamment vis-à-vis des velléités escargots de certaines administrations - il arrive à l'âge " des regrets et des espoirs où on commence à se réconcilier avec sa propre médiocrité ". Assez loin quand même de cette période de la fin des années 80 où, diplômé en droit, il travaille à Luxembourg, " employé de banque, je mourrais tous les jours : cela a duré trois ans ". Même si les visées demeurent locales - un prochain établissement familial à bas budget, derrière la Gare du Midi de Bruxelles - on sent bien que les veines pütziennes s'échauffent rien qu'à l'idée de bientôt entreprendre un autre projet hôtelier, mais sur les anciens docks de Lisbonne, face au Tage. On peut en conclure un désir de vent frais et chaud, une dose de boboïsme lorsqu'il parcourt la Californie avec quatre copains belges en Harley (...) et un zeste d'aventurisme lorsque le Nicaragua est bourlingué avec fille et sac à dos. " On a tous le coeur à gauche et le portefeuille à droite " déclare-t-il en allant régler la tournée de cafés. MIMA, 41, quai du Hainaut, à 1080 Bruxelles. www.mimamuseum.eu PAR PHILIPPE CORNET" UN CONTEXTE DE BLAGUE PERMANENTE AVEC CES TUNNELS QUI S'EFFONDRENT ET UN CAKE INSTITUTIONNEL AUQUEL PERSONNE NE COMPREND RIEN. "