Pour trouver le parc de Hoegaarden, un point de repère : l'église Sint- Gorgonius qui lui est adjacente. Cet édifice religieux, dont la magnifique tour en pierre blanche de Gobertange domine de loin le panorama, a joué un rôle important dans l'histoire locale. Au XVIIIe siècle, la région est prospère. Et c'est avec le fruit des richesses de sa florissante industrie brassicole que Sint-Gorgonius est érigée à la place d'un bâtiment plus modeste, de style roman. Achevée en 1759, après cinq années de travaux, elle est une des rares églises rococo en Belgique.
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Pour trouver le parc de Hoegaarden, un point de repère : l'église Sint- Gorgonius qui lui est adjacente. Cet édifice religieux, dont la magnifique tour en pierre blanche de Gobertange domine de loin le panorama, a joué un rôle important dans l'histoire locale. Au XVIIIe siècle, la région est prospère. Et c'est avec le fruit des richesses de sa florissante industrie brassicole que Sint-Gorgonius est érigée à la place d'un bâtiment plus modeste, de style roman. Achevée en 1759, après cinq années de travaux, elle est une des rares églises rococo en Belgique. En 980, la comtesse Alpeide décide de fonder un doyenné et de lui offrir des terrains et des bâtiments. La maison du doyen, toujours existante, est construite à côté de son château et dotée d'un parc et d'un immense potager. À cette époque, Hoegaarden s'illustre par deux particularités géopolitiques importantes. Tout d'abord, le doyenné relève directement du chapitre de la cathédrale de Cologne. Longtemps, il sera d'ailleurs un lieu de villégiature et de repos réservé à des ecclésiastiques allemands. Dans la foulée, la comtesse Alpeide lègue son titre et ses possessions au Prince-Evêque de Liège. De ce fait, jusqu'à la Révolution française, Hoegaarden reste une enclave liégeoise en plein duché de Brabant. Moins d'un demi-siècle plus tard, sous le règne de Napoléon, les biens du clergé sont confisqués. Jusqu'en 1980, la maison du doyenné et son immense parc sont privatisés. Mille ans après le legs de la comtesse Alpeide, ils deviennent cependant un espace vert public, géré de manière associative. Geert Derom, chef jardinier de ce domaine depuis vingt ans, lui a donné la physionomie qu'on lui connaît aujourd'hui. Un modèle du genre car il cumule plusieurs grands courants qui animent les jardins contemporains. En guidant le visiteur, Geert est fier de pointer les vastes surfaces enherbées qui s'étirent sous la cime de certains arbres historiques, comme les trois imposants châtaigniers qui rivalisent d'allure avec le clocher de l'église. " Un de mes amis, gestionnaire de parc lui aussi, m'a conseillé d'arrêter de faucher sous eux, pour éviter de tasser le terrain. J'ai d'abord été la risée de tous les défenseurs du jardin "propre". Au début, il est vrai que les chardons et orties dominaient. Mais au fil des ans, ils ont quasi totalement disparu, sans traitements, parce que nous sommes en jardinage écologique à plus de 98 %. " La flore s'est diversifiée, dans les endroits humides, des orchidées indigènes sont spontanément revenues et se multiplient en mai-juin. Geert a aussi aidé la nature en plantant d'autres types d'orchidées ou des Camassia d'un superbe bleu roi. Le parc de Hoegaarden compte plus de six hectares, mais sa visite n'est jamais ennuyeuse car il recèle de nombreuses ambiances : on passe ainsi de chambre close en parterre fleuri, de coin d'ombre en espace baigné de lumière. Geert a en effet eu l'intelligence de s'entourer de spécialistes, leur demandant de dessiner qui un border, qui un jardin thématique. Parmi tous ces professionnels, on recense plusieurs grands pépiniéristes, dont Jan Spruyt, qui a réalisé un jardin de vivaces dit de prairie, et Guy Vervoort, grand amateur de pivoines et d'alliums. " Nous avons planté des centaines de milliers de bulbes, qu'ils soient sauvages ou cultivés. Ils s'épanouissent essentiellement de début avril à la mi-mai. On les trouve dans les parterres mais aussi dans les pelouses prairies. Nous sommes d'ailleurs une référence en la matière. " Cette floraison spectaculaire du printemps est suivie par une période faste pour les borders, surtout ceux situés à l'ombre, avec, entre autres, les géraniums vivaces. Dans les hautes herbes éclosent les orchidées de type indigène. Le fauchage n'interviendra que lorsque celles-ci auront accompli leur cycle végétatif, garantissant leur survie et leur multiplication. En plein soleil, les bulbes de la famille des alliums sont impressionnants. L'été et l'automne voient la prédominance des vivaces à fleurs et des hautes graminées, notamment dans le jardin de prairie. À bien des égards, les jardins de Hoegaarden ont déjà inspiré d'autres parcs publics, notamment pour le mode de gestion écologique et pour la manière de limiter les entretiens. Geert compris, trois personnes seulement travaillent à préserver et embellir ce vaste domaine... Les jardins de Hoegaarden sont ouverts au public toute l'année. Pour plus d'informations : www.detuinenvanhoegaarden.be (site en néerlandais).PAR JEAN-PIERRE GABRIEL