Thierry Brunfautà encore lui ! Après avoir créé l'identité visuelle de Bozar, du Théâtre national, de la Monnaie, du Botanique, lui et ses camarades du studio graphique Base - dont il est le cofondateur et le directeur créatif - se sont " offert " la nouvelle Cinémathèque royale de Belgique. Les neuf autres bureaux concurrents en lice n'ont pas fait le poids. Pour rompre avec le bilinguisme, ce " tue-l'amour " graphique, l'ex-Cinémathèque/Filmarchief s'appelle désormais Cinematek, avec un k. Un logo sans chichis, composé des lettres " bâtons " qui rappellent les néons des vieux cinémas de quartier, désormais décliné sur tous les supports (catalogues, affiches, site Internet...) de ce temple du 7e art.
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Thierry Brunfautà encore lui ! Après avoir créé l'identité visuelle de Bozar, du Théâtre national, de la Monnaie, du Botanique, lui et ses camarades du studio graphique Base - dont il est le cofondateur et le directeur créatif - se sont " offert " la nouvelle Cinémathèque royale de Belgique. Les neuf autres bureaux concurrents en lice n'ont pas fait le poids. Pour rompre avec le bilinguisme, ce " tue-l'amour " graphique, l'ex-Cinémathèque/Filmarchief s'appelle désormais Cinematek, avec un k. Un logo sans chichis, composé des lettres " bâtons " qui rappellent les néons des vieux cinémas de quartier, désormais décliné sur tous les supports (catalogues, affiches, site Internet...) de ce temple du 7e art. Admirateur du graphiste américain Saul Bass, qui signa les génériques tout en abscisses et en ordonnées des films d'Hitchcock, Thierry Brunfaut, 45 ans, est un adepte de la ligne structurée. " Mes parents sont tous les deux architectes, lâche-t-il. Il en reste sans doute quelque chose. " Quant à son grand-père, Maxime Brunfaut, il termina la gare Centrale de Bruxelles à la mort de Victor Horta. " J'ai fait un an d'études en archi. Quand je me suis rendu compte que je passais plus de temps à dessiner le "cartouche" que le plan, j'ai compris ma voie. "Fondé à la fin des années 1980 avec deux amis rencontrés à La Cambre, Dimitri Jeurissen et Juliette Cavenaile, Base connaîtra dix années de vaches maigres avant le coup d'éclat. Avec l'aide de leurs associés américain et espagnol, Geoff Cook et Marc Panero, les complices décrochent en 1997 la signalétique du MoMa lorsque le fameux musée new-yorkais déménagea temporairement pour raisons de travaux dans le Queens. A la simple typographie du MoMa d'origine, Base ajoute les lettres majuscules QNS, à la manière des abréviations utilisées par les compagnies aériennes. " On venait d'ouvrir notre antenne à New York, installée dans la chambre de Geoff. On a gagné face aux plus grandes agences de la côte et en misant sur une seule et unique proposition, au lieu de trois comme le veut la profession. " Depuis, le téléphone n'a pas arrêté de sonner. A l'autre bout du fil, des clients majuscules comme le San Francisco Art Institute, le futur Miami Art Museum, conçu par les architectes Herzog et deMeuron, Isabella Rossellini, qui leur a confié la mise en page d'un ouvrage arty, ou, dans un autre genre, l'opérateur Mobistar qui s'incarne désormais dans une superposition de carrés translucides et " qui permet de financer des projets plus confidentiels ". Le style Base, mixe d'épure classieuse et d'audace rock'and'roll, s'exporte bien. Le QG est à Bruxelles mais la société a des bureaux à Barcelone, New York, Madrid, Paris, et bientôt Santiago. Même si les " filiales ", regroupées au sein d'une holding, tiennent parfois dans un mouchoir de poche, Base est " all over the world "à Comme les grandes marques de luxe qui sont aussi ses clients (Chanel, Lancômeà). Au total, la maison compte 60 collaborateurs, dont un tiers ont moins de 25 ans. " C'est essentiel car Base est aussi à sa manière un bureau de tendances. Il faut être ouvert à tout ce qui se passe sans tomber dans les gimmicks de la mode ", souligne Thierry Brunfaut, enfant branché de la génération Tetris qui porte des vestons APC, la marque unisexe en vue. Un dandy qui se révèle également un fin limier en matière de managing. Au fil des pages, Base s'est mué en un studio de création touche-à-tout qui réalise des clips, édite ses propres livres en collaboration avec l'espagnol Actar, emballe des huiles d'olive (avec le designer Michael Young) et gère même une librairie, le Bozar shop à Bruxelles. " Thierry a une curiosité transversale, explique une amie, la comédienne Julie Gayet. Il s'intéresse à toutes les disciplines. C'est un vrai créateur qui rêve de réaliser des génériques de films et des affiches de cinéma. " " Et un jour, de mettre en page un quotidien ", conclut le principal intéressé. Antoine Moreno