Weekend Le Vif/L'Express : La crise économique induit des mutations à la fois dans les comportements d'achat et dans les stratégies des maisons de luxe. Qu'en est-il d'Hermès ?

Pierre-Alexis Dumas : Hermès pratique le développement durable depuis son origine. Nos matières sont belles parce qu'elles vieillissent bien. Nos objets se patinent et s'embellissent avec le temps. Notre réponse à la crise actuelle, c'est une confiance dans nos métiers et une volonté constante d'innover, tout en restant fidèles à nous-...

Pierre-Alexis Dumas : Hermès pratique le développement durable depuis son origine. Nos matières sont belles parce qu'elles vieillissent bien. Nos objets se patinent et s'embellissent avec le temps. Notre réponse à la crise actuelle, c'est une confiance dans nos métiers et une volonté constante d'innover, tout en restant fidèles à nous-mêmes. Aujourd'hui, les gens ont besoin de sens, et l'héritage est un des éléments qui donnent du sens à une démarche de création. Ce qui me trouble, c'est qu'à notre époque, au royaume de l'image, l'héritage est presque devenu une recette. Chez Hermès, le fil de la transmission " maître-artisan " n'a jamais été rompu, et nous replongeons continuellement dans nos racines pour mieux dessiner notre avenir. Il n'y a pas de création amnésique. Ce qui est vrai pour d'autres maisons n'est pas forcément notre logique : nous ne fabriquons pas des modèles iconiques intentionnellement ! Nous faisons des objets qui reflètent notre époque, dans un style contemporain qui tend vers l'intemporalité. Notre ambition n'est pas d'être dans la mode mais de traverser les modes. C'est un vieux carré Hermès des années 1960 acheté aux puces qui a inspiré Bali Barret (NDLR : directrice artistique de la soie féminine chez Hermès) pour la recherche d'une main particulière, un touché patiné, velouté et fluide qu'elle a appliqué à un nouveau format, le carré 70 x 70, dans une soie que nous avons baptisé vintage. A part ça, Hermès est par essence une maison vintage !Un trench, des bottes, un carré, un Kelly et un nuage d'Eau des Merveilles. Pour moi, le " bon basique " est celui qui répond à l'équation " savoir-faire classique, proportions d'aujourd'hui ".