Vu de la Viale Regina Elena, c'est un bâtiment anonyme, bâti non loin du centre de Reggio Emilia, petite ville italienne de province située entre Parme et Bologne. Une construction des années 30, qui a d'abord servi pour la fabrication de bas Nylon, avant que la famille Maramotti ne vienne y loger son usine MaxMara, durant un moment. L'espace, vidé de sa fonction première, n'a pas été abandonné pour autant. Depuis près de cinq ans, il accueille une multitude d'archives appartenant à la griffe italienne : " des croquis, des photographies, quarante ans de tissus, du matériel publicitaire, près de 300 titres de magazines de mode, des centaines de livres d'art, quelque 20 000 vêtements dessinés par la maison depuis les années 50, mais aussi plus de 4 000 pièces et looks vintage ", énumère Laura Lusuardi, à la tête de toutes les collections et marques du groupe MaxMara. Cette élégante sexagénaire est l'une des principales instigatrices de cette île aux trésors modeux : " Il était important de les réunir en un même et g...

Vu de la Viale Regina Elena, c'est un bâtiment anonyme, bâti non loin du centre de Reggio Emilia, petite ville italienne de province située entre Parme et Bologne. Une construction des années 30, qui a d'abord servi pour la fabrication de bas Nylon, avant que la famille Maramotti ne vienne y loger son usine MaxMara, durant un moment. L'espace, vidé de sa fonction première, n'a pas été abandonné pour autant. Depuis près de cinq ans, il accueille une multitude d'archives appartenant à la griffe italienne : " des croquis, des photographies, quarante ans de tissus, du matériel publicitaire, près de 300 titres de magazines de mode, des centaines de livres d'art, quelque 20 000 vêtements dessinés par la maison depuis les années 50, mais aussi plus de 4 000 pièces et looks vintage ", énumère Laura Lusuardi, à la tête de toutes les collections et marques du groupe MaxMara. Cette élégante sexagénaire est l'une des principales instigatrices de cette île aux trésors modeux : " Il était important de les réunir en un même et grand lieu. "Dans la Biblioteca e Archivio d'Impresa de MaxMara, tout a été minutieusement pensé. Les croquis, les photos et le matériel publicitaire sont enfermés dans une salle maintenue à température constante, pour empêcher que le temps n'y fasse son £uvre. Un peu plus loin, une charpente métallique délimite le classement des vêtements estampillés MaxMara, les tenues traditionnelles ou vintage, disposées par décennie ou thématique. Tout est caché sous d'épais draps noirs, à l'abri de la lumière. Les accessoires sont quant à eux entreposés dans des étagères vitrées. Des sandales Prada y côtoient ainsi des escarpins Yves Saint Laurent. Cela fait plus de quarante ans que Laura Lusuardi collectionne amoureusement de telles pièces achetées au gré de ses voyages. Les manteaux - fer de lance de la griffe - suscitent chez elle une attention toute particulière : " Dans une armoire bien gardée, nous avons des exemplaires des plus grands couturiers français, comme Chanel, Dior, Balenciaga, Patou, Cardin, Courrèges... " Mais pas question de perdre la tête pour autant. " À Londres, était vendue une veste Yves Saint Laurent de la collection haute couture Opéra-Ballet Russes, pour un montant correspondant à notre budget annuel pour ce genre d'achats. Nous avons au final choisi de nous orienter vers un autre look, moins cher, confie celle qui reconnaît qu'il devient difficile de trouver des archives intéressantes. Dans les ventes aux enchères, elles partent à un prix de plus en plus élevé. Je préfère fouiller dans les marchés et boutiques de seconde main. "En récoltant ainsi ce matériel inestimable, MaxMara se place une nouvelle fois à contre-courant des habitudes des griffes de luxe. Un communiqué de presse sort dès qu'une marque collabore avec un créateur connu ? Le groupe italien fait pour sa part le silence sur les noms, pourtant célèbres - Karl Lagerfeld, Jean-Charles de Castelbajac, Dolce & Gabbana, Narciso Rodriguez, entre autres -, venus travailler entre ses murs. De plus en plus nombreux sont les labels à jouer les mécènes ? Cela fait des lustres que la famille Maramotti soutient la création, au travers notamment de sa Collection pour l'art contemporain. Avec sa bibliothèque de vêtements, il n'en va pas autrement : " Certains designers de mode ont pour habitude de demander à des boutiques vintage de rassembler tout ce qu'elles trouvent sur un thème ou une période en particulier, pointe Laura Lusuardi. Tout est ensuite emprunté à prix d'or, le temps que dure le processus de création. Ici, la démarche se veut pérenne... "L'objectif premier de la créatrice ? " Les archives représentent un matériel vivant qu'il convient d'utiliser. Depuis deux ans, les équipes de style responsables de nos différentes lignes se retrouvent donc ici pendant plusieurs jours, lorsque vient le temps de penser à une nouvelle collection. " Pas de téléphone, l'endroit est tranquille. Concentration avant tout. " Les créations des grands couturiers ont ceci d'extraordinaire qu'elles ne se périment pas. Elles restent toujours contemporaines. Un peu comme un Picasso des manteaux. Mais attention, je dis bien à mes équipes de ne pas imiter, mais de reprendre un détail et de l'actualiser. Le matériel est le même, mais à chaque fois, le regard est attiré par quelque chose de différent. "Pour MaxMara et SportMax, deux des 21 lignes que possède la famille Maramotti, le procédé est évidemment tout autre. " Comme il s'agit de griffes qui défilent chaque saison à la Fashion Week de Milan, nous préférons réfléchir à la femme que nous avons envie de voir sur le podium, développe Laura Lusuardi. Actuellement, nous l'imaginons authentique et moderne, dans la lignée des actrices iconiques, comme Monica Vitti ou Romy Schneider. " En pleine réflexion sur son positionnement, la maison italienne tient désormais aussi à s'adresser à deux générations, la mère et la fille, sans perdre pour autant son identité et son style si caractéristiques. Histoire que ce qui a plu en 1951, lors de la création de la griffe, continue à faire son effet encore pendant de longues années... PAR CATHERINE PLEECK, À REGGIO EMILIA