Il est tel qu'imaginé : courtois et vouvoyant, louvoyant et articulé. Le cheveu scientifiquement défait, le sourire éclairant une belle gueule à mélancolie variable. Monsieur Baer, 44 ans, est un bonbon poivré qui détonne agréablement dans la confiserie volontiers diabétique de la comédie française. Le soir de notre rencontre, il joue Miam Miam à Wolubilis, pièce de boulevard détournée en jaillissements saugrenus comme cette délirante tirade sur l'immigration qui ferait peu rire Nicolas Sarkozy. " Oui, bien sûr, il y a de l'impro. La partie boulevard est une sorte de faux Guitry, un prétexte à faire des variations un peu provoc, un peu monty-pythoniennes ".
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Il est tel qu'imaginé : courtois et vouvoyant, louvoyant et articulé. Le cheveu scientifiquement défait, le sourire éclairant une belle gueule à mélancolie variable. Monsieur Baer, 44 ans, est un bonbon poivré qui détonne agréablement dans la confiserie volontiers diabétique de la comédie française. Le soir de notre rencontre, il joue Miam Miam à Wolubilis, pièce de boulevard détournée en jaillissements saugrenus comme cette délirante tirade sur l'immigration qui ferait peu rire Nicolas Sarkozy. " Oui, bien sûr, il y a de l'impro. La partie boulevard est une sorte de faux Guitry, un prétexte à faire des variations un peu provoc, un peu monty-pythoniennes ". D'où ce sentiment baerien d'être plus proche de l'absurde britannique que de la gaudriole française. " Ce n'est pas l'humour qui est absurde, mais l'absence de logique et de morale de la vie ". Toujours ce fond de politesse non feinte, possiblement hérité d'une famille où le gaullisme naturel tutoie un strict mode de vie sous la tutelle d'un père énarque. " Je suis issu d'une famille portée sur l'effort : à partir du moment où on se levait avant 7 heures, tout était possible (sourire), on prenait des douches froides, le café debout au bar parce qu'il n'y avait pas de raison de le payer plus cher... En même temps mes parents étaient très drôles et poétiques, mais avec l'idée de se punir de certaines choses ". C'est le plus intime que Baer livrera, considérant son domaine privé comme tel. Formé au début des années 90 à l'école mondialiste de Radio Nova ( La Grosse Boule avec Ariel Wizman), l'atypique personnage gagne ses galons de notoriété dans le délire Canal +, notamment via l'excellentissime Centre de visionnage incorporé au Nulle part ailleurs grande époque (1997-1999). Depuis lors, Baer a gratifié une quarantaine de films de sa nonchalance à ressort, trahissant volontiers son profil tout couturé de dilettante, pour des rôles plus denses. Ses propres films comme réalisateur (trois à ce jour) n'ont pas été de grands succès commerciaux, mais " il ne fait pas de réunion de marketing de lui-même et préfère le direct au différé ". Fictions sans doute un peu trop foutraques/underground même si le point de mire est plutôt de faire un trajet à la Rochefort/Marielle/Noiret/Serrault (sic), " populaires mais sans trop de compromissions, de faux sourires, de participations à de mauvais films parce qu'on sait qu'ils vont marcher ". Cet hypocondriaque qui s'estime " alcoolique sans avoir le foie pour cela " possède un " corps génial qui envoie des signaux précis quand tout va trop bien " (rires). Il a pensé ouvrir un bar à bières (forcément) belges avec Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners, mais a plutôt investi dans un resto justement nommé, Les Parisiennes... Reste Patrick Modiano qu'Édouard achetait rituellement, à chaque sortie, avec son frère aîné, Julien. " C'est une drogue qui vous fait du mal et dont on ne peut pas se passer, une grille de lecture de la société qui est comme éthérée, vue à travers des voiles. Cela doit aider beaucoup les gens qui souffrent, en mettant une énorme distance avec la souffrance. Le risque, c'est que cela finisse par arriver sur les moments joyeux, qu'on ne les vive plus non plus. Ce n'est pas le cas d'Un pedigree, qui aborde des choses concrètes et que je viens dire au Théâtre 140 pour partager des émotions, une nécessité suffisante. J'y revis l'adolescence de Modiano, ce qui est le plaisir de l'acteur. Physiquement, après le spectacle, je me sens d'une légèreté extraordinaire, comme si je bouclais des douleurs de ma vie et de la sienne. J'aime l'idée qu'on ait assez d'armes pour ne pas devoir être frontal ". www.theatre140.bePHILIPPE CORNETCe n'est pas l'humour qui est absurde, mais l'absence de logique et de morale de la vie