HAIDER ACKERMANN

Elle s'avance lentement sur le Trio pour piano et cordes n°2, en mi bémol majeur, de Franz Schubert, et la confondante pureté de cette première silhouette coupe le souffle. D'un seul coup - de maître -, Haider Ackermann définit les règles de sa garde-robe monochrome en gris, taupe et brun. Plus que jamais, il joue avec les codes masculins pour ériger une femme hiératique mais contemporaine. Et réinvente un dandysme strict qui sait comment superposer les matières nobles. C'est beau quand un créateur donne sa pleine mesure.
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Elle s'avance lentement sur le Trio pour piano et cordes n°2, en mi bémol majeur, de Franz Schubert, et la confondante pureté de cette première silhouette coupe le souffle. D'un seul coup - de maître -, Haider Ackermann définit les règles de sa garde-robe monochrome en gris, taupe et brun. Plus que jamais, il joue avec les codes masculins pour ériger une femme hiératique mais contemporaine. Et réinvente un dandysme strict qui sait comment superposer les matières nobles. C'est beau quand un créateur donne sa pleine mesure. Dans le salon d'apparat de l'Hôtel de Ville de Paris, les femmes de Dries Van Noten font honneur aux volumes amples avec mélanges de matières, contrastes visuels, manteaux masculins, jupes mi-mollets, tissus mixés et broche collier fleur qui s'enroule autour du cou, orne la poitrine. C'est l'apothéose. Cette collection automne-hiver 14-15, le créateur l'a conçue en menant de front le montage de son exposition au musée des Arts Décoratifs, titrée Inspirations. De ce voyage intérieur sont nées des silhouettes vibrantes, quelle maîtrise.Définitivement passé maître dans l'art d'enrouler, dérouler, plier, déplier, replier, (s')exprimer. Naturellement couture, avec une nonchalance maîtrisée.En novembre dernier, dans une lettre intime, manuscrite, elle annonçait qu'elle arrêtait de travailler pour la maison qu'elle avait si bien fondée et qui va lui survivre. Une nouvelle ère s'ouvre donc, pour elle et sa griffe, qui porte son empreinte, magistralement. Avec des drapés à tomber, du noir et du blanc, un parti pris radical, des touches de doré sur des boots désirables. Pas de cuir, pas de fourrure, rien que des robes, manteaux, tuniques, pantalons et chemises qui redessinent un langage sans cesse réinventé sur les mêmes bases. Avec Ann Demeulemeester & Co, c'est sûr, il n'y a pas de no future. Un parti pris de matière ouatinée, contrastée de brillant et d'accessoires color-block. Un travail sur les obsessions - masculin/féminin - mature et désirable. Il n'a jamais caché que son esthétique prenait sa source dans les années 80. Qu'il ajuste à ses envies de silhouettes contemporaines. L'asymétrie et les volants rigides structurent les mini-mini-robes dont il a le secret et qu'il marie à des vestes et des manteaux à portée de toutes. Trois couleurs claquent, le noir, le blanc et le rouge, dans des cotons enduits, des feutres, des satins et des cuirs toujours. Et pour se réchauffer, ses filles conquérantes portent un petit col en maille, twist réussi. Un imprimé, oui, mais reptilien. Directement inspiré de vraies peaux, aux moirés insensés, aux dégradés chromatiques et aux reliefs accidentés. Cédric Charlier en use sans jamais en abuser. Sa cinquième saison donne rendez-vous à une certaine idée de confort et de nonchalance - avec volumes amples, c'est nouveau chez lui -, de couleurs presque caméléon et de matières ultrapensées, presque satinées parfois, avec paillettes ou découpes laser pour des effets d'écailles. Désormais, il écoute ses intuitions, comme il a raison. Hommage au tweed, au tartan, au tailoring et à ses premières amours. Concentré subtil de trompe-l'oeil, de dessous dessus, d'endroit-envers et de lingerie sous tweed Harris. Il ne faut pas seulement regarder ses silhouettes de face, mais aussi de profil et de dos, car la créatrice liégeoise montée à Paris il y a plus de vingt ans est la reine des volumes. De même, celle des matières qui n'ont pas de secret pour elle, Véronique Leroy se plaît à les laquer, broder, perforer, feutrer ou imprimer de léopard pour mieux les couper puis les coudre comme personne. Elle a été à bonne école, chez Azzedine Alaïa, et son univers si personnel en fait l'une des Belges les plus talentueuses de la Ville lumière. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON