Il n'y a pas que Bernard Arnault pour lorgner Bruxelles avec envie. Et rêver, depuis sa tour d'ivoire parisienne, d'y poser ses valises monogrammées. Se promener place Brugmann, en général, et en particulier franchir la porte du bar le Balmoral - dit le " Balmo " -, c'est le dépaysement assuré. Plus besoin d'emprunter le Thalys pour entendre l'accent parigot, pour le prix d'un ticket de tram et à condition de fermer les yeux, vous voilà dans la Ville lumière. C'est que la cossue commune d'Uccle recense pas moins de 8 000 Français - soit 10 % de la population...

Il n'y a pas que Bernard Arnault pour lorgner Bruxelles avec envie. Et rêver, depuis sa tour d'ivoire parisienne, d'y poser ses valises monogrammées. Se promener place Brugmann, en général, et en particulier franchir la porte du bar le Balmoral - dit le " Balmo " -, c'est le dépaysement assuré. Plus besoin d'emprunter le Thalys pour entendre l'accent parigot, pour le prix d'un ticket de tram et à condition de fermer les yeux, vous voilà dans la Ville lumière. C'est que la cossue commune d'Uccle recense pas moins de 8 000 Français - soit 10 % de la population locale -, sans doute attirés par le côté propre sur soi du fief d'Armand De Decker, celui-là même qui avait été parmi les premiers à connaître les intentions migratoires du grand patron de LVMH. Vous préférez le canal Saint-Martin à Neuilly-sur-Seine ? Les bobos aux grands bourgeois ? C'est du côté de la place Jourdan, à Etterbeek, et de préférence le dimanche matin, jour de marché, que vous vous rendrez. Dans la file cosmopolite qui s'allonge devant chez Antoine, panier bio au bras et porte-bébé sur le ventre, le phrasé pointu d'outre-Quiévrain domine. Même si la sauce au poivre maison et les frites vantées par le guide du Routard valent le détour, ce n'est pas uniquement pour elles qu'ils ont quitté la mère patrie. Gageons que ceux-là sont sans doute plutôt venus en Belgique pour y travailler dans la pub ou dans une assoc' satellite de la Commission européenne. Peut-être aussi, pour certains, parce qu'on peut y mourir dans la dignité, éventuellement après avoir fait des enfants sans que l'État vienne vérifier si le couple compte bien un XY et une XX. Autre option dominicale bleu-blanc-rouge, plus arty-branchée-décalée : la très modeuse rue Dansaert et ses " strotjes " adjacentes. Là, sur les terrasses de ce centre-ville où l'on cause encore flamand, les expats s'encanaillent autour d'un half en half ou d'une Mort subite. À deux pas, rue Léon Lepage, un Français, un de plus, petit-fils de Roger Vadim et Catherine Deneuve celui-là, met la dernière main à sa hip boutique, Divetain. Dans un tout autre genre et un tout autre quartier encore de cette Bruxelles décidément multi-facettes, c'est la salle de ventes Cornette de Saint Cyr qui y a récemment défait ses bagages. " Parce que le marché ici est très intéressant, en ce sens qu'il est très ouvert, large d'esprit et exigeant intellectuellement ", a confié Arnaud Cornette de Saint Cyr à Anne-Françoise Moyson. Pour cela et pour bien plus, nos voisins Français, sarkozystes ou hollandiens, gays ou hétéros, option loden vert ou veste Martin Margiela, reconnaissent un charme fou et une douceur de vivre inégalée à notre capitale à dimensions humaines. Émotion partagée. DELPHINE KINDERMANS RÉDACTRICE EN CHEFPOUR LE PRIX D'UN TICKET DE TRAM, VOUS VOILÀ DANS LA VILLE LUMIÈRE.