Des sueurs froides dans le dos, la tête en ébullition, la langue qui tourne et retourne dans la bouche et une diffuse impression d'oppression... L'incapacité à trancher peut pourrir notre quotidien. " L'hésitation coûte en temps, en énergie, en sérénité, en pouvoir, en clarté, en santé, en efficacité, en confiance en soi, en expérience. Par ailleurs, elle s'auto-entretient car elle crée un stress qui accentue encore le doute ", énumère Patrice Ras, auteur de Savoir décider (Editions Jouvence). Sachant que la vie n'attend pas, il est donc nécessaire de quitter cette spirale d'indécision. Mode d'emploi succinct, histoire d'apprendre à statuer sans ciller... et devenir in fine un décideur hors pair.
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Des sueurs froides dans le dos, la tête en ébullition, la langue qui tourne et retourne dans la bouche et une diffuse impression d'oppression... L'incapacité à trancher peut pourrir notre quotidien. " L'hésitation coûte en temps, en énergie, en sérénité, en pouvoir, en clarté, en santé, en efficacité, en confiance en soi, en expérience. Par ailleurs, elle s'auto-entretient car elle crée un stress qui accentue encore le doute ", énumère Patrice Ras, auteur de Savoir décider (Editions Jouvence). Sachant que la vie n'attend pas, il est donc nécessaire de quitter cette spirale d'indécision. Mode d'emploi succinct, histoire d'apprendre à statuer sans ciller... et devenir in fine un décideur hors pair. " Le circuit émotionnel est plus rapide que le rationnel, affirme Patrice Ras. Un jour, lors d'une psychorandonnée dans le désert, une femme m'a fait part de ses hésitations à quitter son mari pour un autre homme. Je lui ai dit de réfléchir mais, en réalité, j'étais persuadé qu'elle avait déjà opté, en son for intérieur, pour la séparation. Une semaine plus tard, elle m'annonçait qu'elle partait avec son amant. Elle avait mis sept jours à rationaliser cette alternative mais je suis sûr qu'elle était déjà en elle ! " Et les scientifiques abondent dans le même sens... " Les recherches récentes menées en neurosciences nous révèlent que les décisions intuitives sont souvent les meilleures, en particulier lorsqu'elles concernent un domaine que nous connaissons bien ou une situation d'urgence ", affirme Isabelle Fontaine, auteure de Développer votre intuition pour prendre de meilleures décisions (Editions Quotidien Malin), dans un de ses articles, publié sur www.huffingtonpost.fr. Filip Vandendriessche, psychologue qui signe un modèle de management diffusé au sein de son académie (www.fvdacademy.com) et décrit dans le livre Diriger sans imposer (Editions Eyrolles), le soutient lui aussi : " Avec qui vais-je me marier ? Quel métier choisirai-je ? Combien aurai-je d'enfants ? Les choix les plus importants de notre existence sont par définition irrationnels. Il faut l'accepter une fois pour toute ! " Donner voix au chapitre à son intuition est donc le premier pas à franchir par l'apprenti-décideur. Pour laisser parler l'irrationnel, il est indispensable, de prime abord, de lâcher prise, afin de retrouver une forme d'insouciance juvénile, celle qui nous permettait d'avancer sur les chemins de l'enfance sans se torturer les méninges. Mais comment y parvenir ? " Prenez un instant pour vous centrer, par exemple en respirant profondément, conseille Isabelle Fontaine. Puis posez-vous cette simple question, à laquelle vous ne pouvez répondre que par oui ou non : "Est-ce que je le sens ou pas ?" Vous pouvez aussi capturer les messages émis en phase de réveil matinal. Pendant cette période particulière qui dure une dizaine de minutes, notre cerveau émet des ondes spécifiques des états de relaxation profonde et de méditation. Des informations clés émergent à ce moment-là. Pour les saisir, activez dans un coin de votre tête cette fonction tout en restant endormi. Si besoin, notez-les au saut du lit. " Le plus important, en matière de décisions, est de ne pas se tromper de cible et de ne pas se disperser en questionnements inutiles. " Ceux qui tergiversent transforment les "quoi ?" en "comment ?", ce qui devient une excuse pour ne pas se prononcer ", observe Filip Vandendriessche. Une explication un peu compliquée mais qui peut très facilement s'imager : au lieu de décréter que vous voulez déménager (pour vous rapprocher de votre travail, pour partir à la campagne, pour avoir une chambre de plus...), vous commencez par vous demander comment vous allez payer votre nouvelle habitation, comment vous allez l'annoncer à vos proches, comment vous vous rendrez au travail, etc. Six mois plus tard, submergé d'interrogations, vous en êtes au même point... Il faut dès lors garder en tête qu'opérer un choix est un acte de l'esprit qui détermine un objectif final à atteindre. Cette pensée va, ensuite, engendrer des actions, étalées dans le temps, menant au but ultime défini. Inutile de planifier toutes ces actions avant de trancher. Selon la théorie de management de Filip Vandendriessche, qui peut s'appliquer à tout un chacun dans le quotidien, il faut donc avant tout se fixer des critères (des " quoi ") et non trouver des solutions (des " comment "). " Si je dis à mon architecte : "Je veux mettre une verrière dans ma maison", je lui impose ma méthode, explique le psychologue. Si j'exprime mon envie de plus de lumière dans le séjour, je lui donne le critère, mais je lui laisse le mot de la fin, en tant qu'expert, quant à la résolution : une peinture blanche, une ouverture en toiture, une large baie vitrée, etc. Appliquée à la sphère du travail, cela signifie qu'un manager peut se permettre de ne pas avoir la solution. En revanche, il doit impérativement être capable de donner des critères qui permettront aux travailleurs ou experts à qui il a délégué la tâche d'aboutir. " Prendre conscience que décider, c'est d'abord établir une liste de critères peut faciliter la vie des indécis. Libre à eux, ensuite, de s'appuyer sur d'autres, et donc de déléguer l'action. " Sur les sept milliards d'humains vivants, il y en a forcément quelques-uns prêts à vous aider ", rassure Patrice Ras. " Beaucoup de personnes (occidentales) se posent cette question : qu'est-ce que je "dois" faire ? Comme s'il n'y avait qu'une seule bonne décision, qu'une solution unique qui ne nous appartenait pas et était écrite quelque part, en dehors de nous... ", constate Patrice Ras. L'alternative parfaite n'existant pas, il faudra accepter de commettre des erreurs et donc laisser son perfectionnisme excessif au placard, car ce défaut - qui, maîtrisé, est une qualité - est la principale cause d'hésitation ! Pour y arriver, le mieux est de relativiser le risque... " On se trompe toute notre vie. Finalement, les seuls choix irrévocables sont de donner naissance et de faire mourir. Pour le reste, il est toujours possible de réorienter la donne ", insiste Patrice Ras. " La recherche de la solution ou de l'exécution parfaite tue la créativité, ajoute Annick Devaux, membre de l'académie Filip Vandendriessche. Le perfectionnisme est un concept artificiel inventé par l'homme et sans rapport avec le vivant. Il est basé uniquement sur la comparaison externe. L'harmonie existe, pas la perfection. " Décomplexant. Plutôt que de voir la bouteille à moitié vide - et donc tous les éléments auxquels il faudra inévitablement renoncer en posant un choix -, Patrice Ras suggère de la considérer à moitié pleine, l'acte de trancher étant surtout une chance : " Décider, c'est créer de la vie, comme sur une toile ", image Patrice Ras. Dans cette optique pseudo-artistique, se positionner devient une opportunité, voire un plaisir. Reste à vaincre l'angoisse de la page blanche... " Faites comme Mozart, qui trouvait l'inspiration lors de promenades, et sortez prendre l'air, suggère Isabelle Fontaine. Outre l'effet stimulant sur notre cerveau, mieux irrigué et oxygéné, une petite marche décentre notre attention et nous libère du stress. Elle nous permet d'y voir clair. Pour qu'elle soit vraiment bénéfique, retirez les mains des poches. Flânez au hasard de vos envies, faites du lèche-vitrines sans rien acheter, asseyez-vous sur un banc, sifflotez... Cherchez à entendre, voir, sentir des sons, des détails, des odeurs que vous n'aviez encore jamais remarqués. Une idée pourrait bien surgir au détour d'une rue ! " La décision étant avant tout une oeuvre personnelle, elle implique de bien se connaître soi-même et de s'accepter. Ceux qui ont la fâcheuse habitude de tout le temps se tâter ont donc tout intérêt à, dans un premier temps, définir ce qu'ils attendent vraiment, leurs rêves, leurs désirs, avant de se préoccuper des autres. Finalement, décider, c'est aussi faire preuve d'un soupçon d'égoïsme. Une fois le cap franchi, plus question de revenir en arrière. Une technique imparable est, selon Patrice Ras, " de saturer son esprit par l'objectif final poursuivi ". Vous rêvez d'avoir plus de temps pour vous et optez pour un nouveau job. L'important n'est pas de se focaliser à essayer d'imaginer la période de transition mais de déjà entrevoir votre quotidien futur et tous les avantages qu'il présentera. Patrice Ras suggère par ailleurs de passer sans attendre à l'action - afin de mettre en pratique sa décision - pour que le contexte alors favorable ne change pas, pour que le stress ne s'installe pas non plus. Et, pour mettre toutes les chances de réussite de son côté, le thérapeute recommande d'être raisonnable et de ne statuer que sur un point à la fois, histoire de ne pas diluer son effort... C'est décidé, on arrête de douter ? Par Fanny Bouvry / Illustrations : Carole Wilmet