L'ARTISTE

Jean-Luc Mylayne est né à Marquise (Nord-Pas-de-Calais) en 1946. Ce plasticien nomade, qui ne possède rien d'autre que son art, vit et travaille " dans le monde ", comme le mentionne avec un certain charme sa biographie. Dans le monde et un peu hors du temps, pourrait-on ajouter, tant ce photographe français diplômé de philosophie contredit les diktats de la trotteuse folle sur laquelle nous sommes nombreux à courir à perdre haleine. N'essayez pas de le joindre, il ne possède pas de téléphone portable. Rien d'étonnant, dans son travail, rien n'est précipité, urgent, improvisé, tout est posé, carré,...

Jean-Luc Mylayne est né à Marquise (Nord-Pas-de-Calais) en 1946. Ce plasticien nomade, qui ne possède rien d'autre que son art, vit et travaille " dans le monde ", comme le mentionne avec un certain charme sa biographie. Dans le monde et un peu hors du temps, pourrait-on ajouter, tant ce photographe français diplômé de philosophie contredit les diktats de la trotteuse folle sur laquelle nous sommes nombreux à courir à perdre haleine. N'essayez pas de le joindre, il ne possède pas de téléphone portable. Rien d'étonnant, dans son travail, rien n'est précipité, urgent, improvisé, tout est posé, carré, intentionné. L'enjeu de sa démarche l'impose : depuis trente ans, avec l'aide de son épouse et proche collaboratrice Mylène, il s'applique avec une patience et une rigueur carrément monacales (certains projets peuvent lui prendre plusieurs mois) à composer des tableaux où tout a le goût et la couleur de la fugacité mais est en réalité le résultat d'une préparation au cordeau, calculée au millimètre. Pour incarner la volatilité des instants qu'il s'échine à souligner, ce passionné d'ornithologie utilise l'oiseau comme premier protagoniste de ses mises en scène. Sans téléobjectif, il attend que ses petits collaborateurs aviaires s'habituent à sa présence, l'oublient et se posent là précisément où son sens particulièrement subtil de la composition l'exige. Avant d'appuyer une seule et fatidique fois sur le déclencheur. Au final, en anticipant de la sorte, il tutoie l'imprévisibilité, l'apprivoise, en fait sa compagne de travail. Chacun de ses tirages est unique comme le moment qu'il représente. Une esthétique radicale et finalement très séduisante de la rareté. Le prix du sur-mesure. C'est la première exposition de Jean-Luc Mylayne aux cimaises de la galerie bruxelloise de Barbara Gladstone, bien que cette dernière expose l'artiste français à New York depuis la fin des années 90. Elle se divise en deux moments forts. Au rez-de-chaussée, on trouve deux très grands formats datant de 2006-2007 et dominés par le bleu éclatant et implacable du ciel texan sur lequel se détache dans un beau contraste de couleur et de proportion un minuscule locataire à plumes argentées. Une invitation à la fois apaisante et pressante à faire silence. À l'étage, une dizaine de photos datées entre 2001 et 2007 accusent une saveur beaucoup plus hexagonale et constituent une espèce de condensé du travail du plasticien. Elles nous racontent, à la faveur de jeux décalés de mise au point et de touches de flou, d'autres vies d'oiseaux dans un décor d'herbes folles, de troncs d'arbres et de fruits plus ou moins blets. Jean-Luc Mylayne, à la galerie Gladstone, 12, rue du Grand Cerf, à 1000 Bruxelles. Jusqu'au 5 novembre prochain. Tél. : 02 513 35 31. www.gladstonegallery.com Chaque mois, Le Vif Weekend vous propose le décryptage d'une exposition. Parce que l'art contemporain est souvent taxé d'hermétisme, nous vous donnons les clés de lecture pour passer les portes des galeries et apprécier le meilleur de l'art vivant. BAUDOUIN GALLER