Revoilà Jude Law. Dans " Par effraction ", son troisième film sous la direction de son compatriote Anthony Minghella, après " Le Talentueux M. Ripley " (1999) et " Retour à Cold Mountain " (2003). Cette fois, il interprète Will, un architecte paysagiste qui traverse une période difficile avec sa femme (jouée par Robin Wright Penn), décide d'installer son cabinet dans le quartier de King's Cross, à Londres, et voit ses locaux cambriolés à plusieurs reprises. En suivant le jeune voleur jusque chez lui, il fait la connaissance de la mère du garçon, une couturière bosniaque réfugiée (Juliette Binoche), qui va le déstabiliser et l'entraîner au plus profond de lui-même... Après avoir été la cible des journaux people du monde entier, avoir enchaîné plusieurs échecs au box-office et s'être coupé du monde, Jude Law aurait pu sombrer définitivement. Pourtant, il revient, plus charismatique et plus surprenant que jamais. D'où tient-il cette force ? C'est ce que nous avons tenté de cerner en cinq points.
...

Revoilà Jude Law. Dans " Par effraction ", son troisième film sous la direction de son compatriote Anthony Minghella, après " Le Talentueux M. Ripley " (1999) et " Retour à Cold Mountain " (2003). Cette fois, il interprète Will, un architecte paysagiste qui traverse une période difficile avec sa femme (jouée par Robin Wright Penn), décide d'installer son cabinet dans le quartier de King's Cross, à Londres, et voit ses locaux cambriolés à plusieurs reprises. En suivant le jeune voleur jusque chez lui, il fait la connaissance de la mère du garçon, une couturière bosniaque réfugiée (Juliette Binoche), qui va le déstabiliser et l'entraîner au plus profond de lui-même... Après avoir été la cible des journaux people du monde entier, avoir enchaîné plusieurs échecs au box-office et s'être coupé du monde, Jude Law aurait pu sombrer définitivement. Pourtant, il revient, plus charismatique et plus surprenant que jamais. D'où tient-il cette force ? C'est ce que nous avons tenté de cerner en cinq points. Sans remonter à Shakespeare, être acteur pour un Anglais est aussi évident que skier si l'on est autrichien ou chanter de l'opéra lorsqu'on est italien. " Par nature, confiait-il à la sortie d' " Irrésistible Alfie ", les Anglais tendent à être des hommes ordinaires. Il est dans nos gènes de ne pas tenter de sortir de notre condition. Moi, je suis acteur, c'est un métier génial, et ça me suffit. Loin de moi l'envie de devenir une star, un sex-symbol, un produit, une marque ou une icône. Ce que j'aime, avant tout, c'est jouer. " Une vocation qu'il dit remonter à ses 6 ans. A 12, il réussit à convaincre ses parents, enseignants, de l'inscrire au National Youth Music Theatre. A 17, il abandonne ses études et décroche son premier petit rôle dans la série télé " Families ". Il est lancé. Très vite, il fait ses armes sur les planches de théâtres anglais et partage un appartement avec un pote écossais - lui-même apprenti acteur -, Ewan McGregor. C'est à Broadway, face à Kathleen Turner, dans la reprise américaine des " Parents terribles ", de Jean Cocteau, où il joue le premier acte nu dans une baignoire, que Jude Law se fait vraiment remarquer. Par son talent. Et sa beauté. Diverses récompenses en Angleterre et une nomination aux Tony Awards aux Etats-Unis auraient pu le persuader de poursuivre une carrière théâtrale, mais le cinéma lui fait les yeux doux. Après avoir tourné en 1994 son premier film, " Shopping " (sur lequel il rencontre sa future femme, Sadie Frost), Jude Law fait preuve d'une grande diversité dans ses choix cinématographiques. Il passe des salons d' " Oscar Wilde " au fauteuil roulant de " Bienvenue à Gattaca ", du rôle de petite frappe homosexuelle dans " Minuit dans le jardin du bien et du mal " à celui d'un stagiaire en marketing dans " Existenz ", du sniper de " Stalingrad " au robot gigolo de " A.I. ", du tueur photographe des " Sentiers de la perdition " au cyber-héros de " Capitaine Sky et le monde de demain ", de l'Errol Flynn de " Aviator " au dragueur macho d' " Irrésistible Alfie ", de l'échangiste d' " Entre adultes consentants " au veuf de " The Holiday "... Il alterne comédie, drame, polar, film de science-fiction, historique, adaptation de pièce, grands et petits rôles, accent anglais ou américain, look prolo ou aristo. A chaque fois, il sait s'intégrer aux imaginaires les plus singuliers, investir les aventures les plus extravagantes. A 34 ans, il a près de 30 films à son actif, sous la direction des plus grands - Eastwood, Cronenberg, Annaud, Spielberg, Nichols, Mendès et, bien sûr, Minghella, qui a d'ailleurs vu le salaire de son acteur fétiche grimper de 750 000 à 10 millions de dollars... (de 571 000 à 7,6 millions d'euros...) Pourquoi des metteurs en scène si différents ont-ils envie de le diriger ? Tim Bricknell, coproducteur de " Par effraction ", avance une réponse : " Cela tient à sa remarquable complexité. Jude a une vulnérabilité que peu d'acteurs masculins possèdent - ou qu'ils ne veulent pas montrer. C'est sa force et son originalité. " Et comme il est jeune, grand (1,82 m), beau et incontestablement doué, forcément, ça met toutes les chances du côté de ce comédien qui privilégie " les rôles révélateurs ressemblant inconsciemment à ce qu'il est et ceux qui, par l'intrigue, correspondent à ce qu'il est en train de vivre ". Son plus grand défi étant de pouvoir " tout dire d'un personnage sans avoir à prononcer une parole ". Malgré une profession unanime - et plusieurs nominations et attributions de prix internationaux -, les derniers films de Jude Law n'ont pas cartonné au box-office. La raison majeure de ces échecs répétés est, indépendamment de la qualité des films, leurs sorties trop rapprochées (six - tournés en deux ans - se sont retrouvés sur les écrans en un semestre) et, surtout, l'incroyable exposition médiatique de sa vie privée, qui a brouillé et sali son image. Marié en 1997 à la comédienne Sadie Frost, dont il a élevé le fils d'un premier lit et avec qui il a eu trois enfants, Jude Law a longtemps donné l'image du mari idéal. Sur le tournage d' " Irrésistible Alfie ", il a pour partenaire la sublime Sienna Miller. L'ancien mannequin aujourd'hui âgé de 25 ans, succombe à ses charmes - ou le contraire. L'acteur divorce en 2003, annonce son mariage avec Sienna Miller en décembre 2004. Les tabloïds, friands de scoops sur la vie sentimentale des stars, collent à ses basques. Ils ne seront pas déçus. Quelques mois plus tard, la nounou des enfants Law, Daisy Wright, fait savoir à la presse américaine qu'ils ont eu une liaison torride sur le tournage des " Fous du roi ". Dans le monde entier, la presse se déchaîne. On accuse l'acteur de mener une vie sexuelle débridée, de mentir en permanence, et même d'avoir fait un enfant à Kate Moss... Jude Law est ruiné par son divorce et doit présenter des excuses publiques à Sienna Miller. L'idole vacille de son piédestal. On le croit grillé à jamais. Foutu. Perdu. Le couple Law-Miller essaie à plusieurs reprises de recoller les morceaux, mais le mal est fait (leur rupture est définitive depuis novembre dernier). Jude Law s'éloigne des projecteurs, retrouve ses enfants, refuse de rencontrer la presse. Et travaille à son come-back. Ce retour se fait grâce à celui qui l'avait révélé avec le rôle solaire du " Talentueux M. Ripley ", et à celui, intense et sombre, de " Retour à Cold Mountain ". C'est naturellement qu'Anthony Minghella offre le rôle principal de " Par effraction " à ce comédien dont le " mélange de beauté, de charisme, d'intelligence et les perpétuelles interrogations sur ses personnages " le fascinent. " Jude Law est sous-estimé en tant qu'acteur, ajoute le réalisateur, pénalisé par son physique avantageux. " Il est vrai que sa beauté, qui interpelle femmes et hommes, ses yeux bleu vert, sa blondeur, évoquent une tradition glamour - au masculin - du cinéma d'antan. Jude Law, couronné du titre d'homme le plus sexy en 2004 par le magazine " People ", la voit plus comme un handicap. Il refuse d'être un sex-symbol, s'énerve contre la dérive des valeurs : " L'argent, le box-office, le look, le glamour, la vie privée ont pris le pas sur le métier de comédien. A la longue, c'est désolant. " Pour Minghella, il s'agit d'un virage à négocier : " Les choses devraient être plus faciles pour lui en vieillissant. Quand sa beauté éclatante s'atténuera et laissera voir ce qu'il est vraiment. J'aimerais, ajoute-t-il, qu'il soit pour moi l'équivalent de ce que Robert Redford a été huit ou neuf fois pour Sydney Pollack. " Minghella homme providentiel de Jude Law ? Why not ? Le comédien aime aussi se surprendre lui-même. Une fois de plus, il a choisi d'apparaître là où on ne l'attendait pas. Ainsi le verra-t-on dans " My Blueberry Nights ", premier film anglais de Wong Kar-wai. Une comédie sentimentale en forme de road movie, dont il partage l'affiche avec la chanteuse Norah Jones, Natalie Portman et Rachel Weisz. Il donnera ensuite la réplique à Michael Caine (dont il avait repris le rôle dans " Irrésistible Alfie ") pour le remake du " Limier " de Mankiewicz, réalisé par Kenneth Branagh, sur un scénario réécrit par Harold Pinter. C'est à travers sa maison de production, Rorschach, que Law a monté ce projet où il reprend le rôle tenu par Michael Caine dans la version de 1972, tandis que ce dernier reprend celui de Laurence Olivier, dans ce face-à-face entre un auteur de polars vieillissant et l'amant de sa femme, un séduisant coiffeur londonien. Autre projet, " Le Jugement de Paris ", d'après le livre de Steven Spurrier, relatant comment ce négociant en vins avait organisé en 1976 à Paris une dégustation de vins à l'aveugle, opposant grands crus français et californiens. A la surprise générale, les vins californiens l'avaient emporté. L'acteur pourrait y donner la réplique à Keanu Reeves. On avait enterré Jude Law un peu trop tôt. Il est loin d'être mort. D'ailleurs, le 24 février dernier, l'Académie des césars lui a remis un césar d'honneur. Sous une salve d'applaudissements. Michel Rebichon