Jean Dutourd, académicien fleurant l'humour franchouillard comme d'autres sentent la lotion capillaire, a toujours déclaré n'avoir eu qu'un seul grand amour, son épouse Camille. Pour autant - c'était tendance à l'époque et ça le reste parfois chez certains - il n'hésita jamais à en rajouter une couche quand il s'agissait d'évoquer son penchant pour les femmes. Toutes, et pas seulement Madame Bellepaire, de Loches, ou Madame Lenvie, de Béziers, dont il a entendu les citations bidon quelques milliers de fois au cours de sa longue collaboration avec les G...

Jean Dutourd, académicien fleurant l'humour franchouillard comme d'autres sentent la lotion capillaire, a toujours déclaré n'avoir eu qu'un seul grand amour, son épouse Camille. Pour autant - c'était tendance à l'époque et ça le reste parfois chez certains - il n'hésita jamais à en rajouter une couche quand il s'agissait d'évoquer son penchant pour les femmes. Toutes, et pas seulement Madame Bellepaire, de Loches, ou Madame Lenvie, de Béziers, dont il a entendu les citations bidon quelques milliers de fois au cours de sa longue collaboration avec les Grosses Têtes de Philippe Bouvard. Partant du constat que quand on ne naît pas Apollon on doit fourbir d'autres armes pour emballer les gonzesses, l'écrivain français a donc, à 30 ans à peine, couché ses conseils en la matière. L'ouvrage, réédité récemment chez Soliflor, s'intitule Le Petit Don Juan et est sous-titré Manuel de séduction à l'usage des hommes. Pour ceux qui n'auraient toujours pas saisi le principe - on n'est pas à l'abri de quelques beaufs durs de la comprenure quand on s'aventure sur ce terrain-là -, il précise dans le prologue avoir surtout voulu écrire " un livre comique " et pas donner " de vraies recettes de séduction, que d'ailleurs je ne connais pas ". Ouf. Parmi ses aphorismes, on passe sur les incroyablement originaux " croyez-vous au coup de foudre ? " ou " vous avez quelque chose que les autres n'ont pas " aussi vite que sur les tactiques très bof bof de la cour à la mère ou de la basse flatterie. On s'arrête pourtant quelques secondes sur celle dite " du sein borgne ". Dutourd explique que louer un atout évident chez une dame n'est d'aucun bénéfice. Cléopâtre, argumente-t-il, se fichait sans doute comme de son premier papyrus des hommages que lui valait son appendice nasal légendaire. " Imaginez en revanche qu'elle eût un sein borgne. Quel sujet d'affliction pour une femme ! Antoine vient, ce n'est pas un novice : il laisse le nez de côté et s'extasie sur le sein borgne. Voilà pourquoi, peut-être, Cléopâtre aima Antoine si follement : il lui avait inventé un charme. " Avouez, séducteurs invétérés, que vous n'aviez pas pensé à celle-là. Si la technique vous tente, dépêchez-vous de la mettre en pratique : les filles sont de plus en plus promptes à avouer leurs défauts, et même à les revendiquer. Louise Bourgoin reconnaît sans complexe être tourmentée, autoritaire ( lire en pages 18 à 21)... et avoir un " sein gauche beaucoup plus grand que le droit : c'est normal avec les pulsations du c£ur ". Ça, elle l'a tout simplement inventé, avec l'accord de Frédéric Beigbeder, pour son personnage d'Alice dans L'Amour dure trois ans. Qu'en penserait Madame Bellepaire ? DELPHINE KINDERMANS RÉDACTRICE EN CHEFVOILÀ POURQUOI, PEUT-ÊTRE, CLÉOPÂTRE AIMA ANTOINE SI FOLLEMENT : IL LUI AVAIT INVENTÉ UN CHARME.