L'écriture est-elle un " banc des soupirs " ?

C'est quelque chose de vital, qui ne me quitte jamais. Elle est ma vraie raison de vivre, de voir les choses et les événements. Mon école est celle de la lecture.
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C'est quelque chose de vital, qui ne me quitte jamais. Elle est ma vraie raison de vivre, de voir les choses et les événements. Mon école est celle de la lecture. Avant la mort de mon père, René Goscinny (NDLR : l'un des auteurs d' Astérix ou Le Petit Nicolas), je n'étais pas concernée par l'avenir tant le présent était parfait. Puis tout a basculé... J'ignorais ce que je voulais faire, mais je savais que cela aurait un lien avec l'écriture. Dire que j'envoyais des lettres anonymes à Henri Troyat ! Connaissant Brassens et Anne Sylvestre par c£ur, je rêvais d'écrire des chansons. Un visage intime, celui qui n'appartenait qu'à ma mère et moi. Celui qui me donnait la main dans la rue, achetait son journal au kiosque ou m'embrassait le soir. Pourquoi cette histoire avec un psychanalyste ? J'invente un pseudo-roman policier, afin de rendre humaine cette drôle de profession antinaturelle. On ne sait rien de son psychanalyste, or on voit en lui son père ou sa mère. La psychanalyse est un chemin vers la liberté, la mienne et celle qu'on peut offrir aux autres, surtout à ses enfants. Ce challenge constitue l'inverse d'une démarche mégalo. Je souris beaucoup, mais dans l'intimité, je suis une boule d'anxiété et de questions. Comment survivre à des gens qu'on a tant aimés ? Qu'il arrive quelque chose à mes enfants. Ma préoccupation est de les protéger de ce monde étrange. Une autre peur : le temps qui passe trop vite. Pas un jour ne passe sans que j'envisage de prendre l'avion pour disparaître deux semaines. Mon rêve ? Voir autre chose et m'autoriser une certaine solitude. Le désintérêt, on peut tuer quelqu'un en se désintéressant de lui. Donner, recevoir et éprouver de l'amour est plus dur que de faire l'amour. Si je le dédie à mon mari, c'est parce qu'il est le seul à croire en moi. Chaque matin je renais quand il me dit " Bonjour mon amour ". Mes deux enfants. Je suis une quand on est trois. Ayant perdu mes parents très jeune, je sais que la vie est courte. On a tous droit à tous les bonheurs, alors autant ne m'en interdire aucun. Écouter Brassens dans mon iPod, en promenant le chien, ou boire le verre de vin blanc qui me fera rire un peu trop. Non, mais je rêve souvent de celle que je suis. Chaque jour m'apporte de nouveaux rêves. La photo qui reste à faire de moi est celle avec mes petits-enfants. Je m'accroche à ça... Le Banc des soupirs, par Anne Goscinny, Grasset, 172 pages. KERENN ELKAÏMDonner, recevoir et éprouver de l'amour est plus dur que de faire l'amour.