Alpes italiennes. Courmayeur. Au pied des montagnes, dévale, dans un vacarme assourdissant, un impétueux torrent. Jean-Paul Rouve, qui s'apprête à mettre en scène son propre film sur Spaggiari, saute d'une vieille voiture, attrape une paire de jumelles et un pistolet, qu'il glisse dans sa poche. Autre plan : Stefano Accorsi, qui va bientôt jouer Doute en tournée en Italie, dans une mise en scène de Sergio Castellitto, est suivi d'une mule chargée de pains de glace. Il hurle sa douleur en découvrant des dépouilles de loups chargées dans un camion bâché.
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Alpes italiennes. Courmayeur. Au pied des montagnes, dévale, dans un vacarme assourdissant, un impétueux torrent. Jean-Paul Rouve, qui s'apprête à mettre en scène son propre film sur Spaggiari, saute d'une vieille voiture, attrape une paire de jumelles et un pistolet, qu'il glisse dans sa poche. Autre plan : Stefano Accorsi, qui va bientôt jouer Doute en tournée en Italie, dans une mise en scène de Sergio Castellitto, est suivi d'une mule chargée de pains de glace. Il hurle sa douleur en découvrant des dépouilles de loups chargées dans un camion bâché. Autre plan encore, dans un décor d'hiver recréé par un puissant canon à neige, Lætitia Casta, boitillante et vêtue de haillons, rescapée d'un crash de biplan, regagne la vallée. Autre scène en fin de journée : un cascadeur se jette dans les flots tumultueux. Un loup noir, ou plutôt un chien, saute à sa rescousse. À l'écart, dans un champ, de vrais loups tournent en rond dans un enclos électrifié et un aigle royal à l'£il perçant les suit du regard... 70e jour de tournage de La Jeune Fille et les loups, le deuxième film de Gilles Legrand, ex-producteur (Ridicule, La Veuve de Saint-Pierre et Les Ames grises) et réalisateur de Malabar Princess. À la photo, Yves Angelo. À la distribution de ce film qui sortira au début de 2008, la Warner. Au budget : 15 millions d'euros. L'histoire se situe au sortir de la guerre de 14-18 sur fond de conflits d'intérêt et de passions, avec pour figure centrale une jeune femme déterminée à devenir vétérinaire et à sauver les loups de sa montagne. Son destin sera l'objet d'une rivalité entre un industriel visionnaire mais sans scrupule (Jean-Paul Rouve) et un homme simple retiré du monde (Stefano Accorsi). La nuit tombée, dans le salon d'un hôtel cosy, c'est une Lætitia Casta détendue et heureuse de cette aventure qui répond aux questions de Weekend. Lætitia Casta : Ça remonte à loin. Pendant la tournée de la pièce Ondine (NDLR : en 2004 ), Gilles Legrand est venu me voir à Lyon. Il m'a confié le scénario de son deuxième film et, quelque temps plus tard, m'a rappelée pour passer un casting. Non. Je crois savoir que Gilles a envisagé plusieurs comédiennes avant moi. J'ai donc passé le casting avec un mélange d'appréhension et de détachement, et ça s'est très bien passé... Non. Au contraire, c'est encourageant, c'est ma façon de gagner ma croûte et ça me rend plus... légitime. Le réalisateur, qui a aussi écrit le scénario avec Philippe Vuaillat et Jean Cosmos, avait une idée précise du personnage. Il devait faire le choix qui correspondait le mieux à ce qu'il avait en tête. Si vous êtes choisie, c'est encore plus valorisant... Un film, c'est la rencontre entre une histoire, un rôle et surtout un metteur en scène. Quand les trois points sont réunis, c'est formidable. C'est ce que je privilégie. Je ne cherche pas à faire un succès pour un succès, d'ailleurs je refuse certains films. Ce que j'aimais dans La Jeune Fille et les loups, c'est ce côté grand film romanesque et populaire, dans le sens noble du terme... Un conte initiatique aussi. C'est un film d'aventures... humaines. Avec des répercussions sociales, politiques, écologiques, sentimentales, historiques, oniriques aussi. Angèle est une jeune femme libre, indépendante, en avance sur son temps et un brin têtue. Une pionnière. Quand son jeune frère est tué à la guerre de 1914, elle décide d'entreprendre à son tour des études de vétérinaire, ce qui était impensable pour une femme à cette époque. Elle rencontre un homme de cirque un peu fou. Se crashe en avion. Est sauvée par des loups qu'elle connaît depuis sa tendre enfance, est confrontée à la rivalité entre un homme solitaire et fruste, qui vit dans la montagne, et le fils du maire, un industriel de la vallée, qui lorgne sur elle. Elle va se battre, s'assumer, se défendre, se révéler. C'est aussi un rôle physique, et j'aime ça. Il m'a dit : " Angèle a 20 ans et elle est naïve. " Au début, ça m'a un peu chamboulée. Non seulement je n'ai plus 20 ans (NDLR : Lætitia en a 29), mais je me demandais si j'arriverais à faire passer son côté naïf tout en étant à la fois un peu garçon manqué, un peu bad boy. En discutant avec Gilles du personnage - et c'est ce qui m'intéressait aussi chez elle -, c'est qu'elle n'a rien d'une superhéroïne, qu'elle est parfois antipathique par son côté buté, intransigeant. Angèle est un électron libre, avec autour d'elle la présence très lourde de la mort, de secrets et, bien sûr, celle des loups. Angèle, en tant que femme dans les années 1920, subit, mais elle réagit de façon tranchée. Elle prend des claques, elle est maladroite, mais elle se bat. C'est ce qui était intéressant à rendre. À la lecture du scénario, j'ai tout de suite imaginé Angèle avec les cheveux courts. Il y a des images comme ça qui surgissent des pages. C'est toujours bon signe. Angèle m'évoquait, sur le plan physique, Anaïs Nin. Pascaline, la costumière, m'a montré un livre et je suis tombée sur une vieille photo d'une femme dans une barque, la tête baissée, avec une longue mèche sur le front. Aussitôt, j'ai vu Angèle. Je me suis dit : la liberté, c'est cette coupe de cheveux-là, surtout après la Grande Guerre ! Comme les fringues - elle prend ce qui lui tombe sous la main -, cette coupe marque son indépendance, ses priorités. Ce sont des signes d'émancipation. Meryl Streep, dans Out of Africa, de Sidney Pollack, m'a aussi inspirée. Son côté bourge au début du film, qui s'estompe au contact de l'Afrique et de Redford ! Autre " inspiration " qui m'a aidée à construire le rôle mais qui n'a aucun lien, c'est Tom Hulce dans le film de Milos Forman, Amadeus. Sa passion et sa folie m'ont nourrie. Quand j'ai dit à Gilles que je voyais Angèle avec les cheveux courts, il a été un peu surpris. Il m'a demandé : " Tu es sûre ?" Et je l'ai convaincu, tout comme sa fille, d'ailleurs, qui joue Angèle à 10 ans. Elle s'est fait teindre en blonde et portait des lentilles pour me ressembler. Cela dit, les cheveux, je ne veux pas en faire tout un plat. Dès qu'on a une nouvelle coupe, tout le monde ne parle plus que de ça ! (Rires.) Étrangement, je n'ai plus envie de les laisser repousser. J'étais très fière d'avoir affaire à des comédiens de la trempe de Jean-Paul Rouve, Lorànt Deutsch, Michel Galabru, Patrick Chesnais, Didier Bénureau, Urbain Cancelier, Stefano... J'ai l'impression, en travaillant avec eux, de monter une marche de plus ! (Rires.) On apprend toujours au contact des autres, surtout quand ils ont du talent. J'ai l'impression, une fois encore, d'être plus légitime en tant que comédienne, car il y a beaucoup de scènes de pur jeu dans ce film. J'en ai soupé de " l'ex-mannequin ", de " la belle fille sexy "... Il y a des tas de comédiennes qui ont fait du mannequinat avant de faire du cinéma, mais comme elles ont été moins médiatisées que je ne l'ai été, elles le cachent... Mais je ne suis pas prisonnière de mon image passée, j'aime l'autodérision, me foutre de ma gueule. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai accepté de faire les petits films sur Internet, pour la nouvelle Renault Twingo. Ça me permettait d'être dirigée par Pierre Salvadori. Ensemble, nous avons travaillé sur le concept " Casta se fait voler sa voiture par un de ses potes ". J'ai appréhendé ce projet comme un vrai film. Et c'est vraiment du jeu ! Je peux dire que j'ai attrapé la maladie de jouer. Et si je ne joue pas, je meurs ! Au départ, Gilles Legrand a vu pas mal d'acteurs français pour le rôle de Giuseppe. Beaucoup n'ont pas voulu prendre le risque de ce personnage casse-gueule d'homme des bois, qui parle peu, vit avec les loups, cache un secret, fait peur... Et c'est par le biais de Dominique Besnehard ( NDLR : producteur français et ancien agent artistique au sein de la société Artmedia) que le nom de Stefano est apparu... Au départ, Stefano et moi, nous ne tenions pas à tourner ensemble ( NDLR : en couple depuis 2004, ils ont un petit garçon prénommé Orlando, né le 21 septembre 2006). On avait des réticences sur le thème " couple à la ville et couple à l'écran ", mais le rôle est si fort et Stefano est tellement bien dedans qu'il aurait eu tort de s'en priver. En plus, c'est fascinant de jouer la comédie avec quelqu'un dont on découvre, en jouant, des facettes inconnues, d'autant que nous avons des parcours très différents et, forcément, un rapport au jeu divergent. Lui, par exemple, arrive très décontracté, très déconnant, sur les scènes. Ça me fascine ! Propos recueillis par Michel Rebichon