S'il ne fallait retenir qu'un mot pour qualifier la mode aujourd'hui, ce pourrait être " décloisonnement ". Alors que se terminent les Fashion Weeks Homme du printemps-été 18, Paris et surtout Milan confirment en effet un parti pris né il y a quelques saisons déjà : dans les collections mais également dans les shows eux-mêmes, les attributs genrés sont comme gommés. Avec à la clé des défilés en moins - le programme s'est carrément vu amputé d'un jour dans la capitale lombarde. C'est que, tant qu'à faire arpenter les catwalks de concert par des garç...

S'il ne fallait retenir qu'un mot pour qualifier la mode aujourd'hui, ce pourrait être " décloisonnement ". Alors que se terminent les Fashion Weeks Homme du printemps-été 18, Paris et surtout Milan confirment en effet un parti pris né il y a quelques saisons déjà : dans les collections mais également dans les shows eux-mêmes, les attributs genrés sont comme gommés. Avec à la clé des défilés en moins - le programme s'est carrément vu amputé d'un jour dans la capitale lombarde. C'est que, tant qu'à faire arpenter les catwalks de concert par des garçons et des filles, plusieurs marques mixtes ont opté pour une présentation unique, lors des semaines dédiées à la Femme, en septembre et octobre prochains. Mais l'effacement des frontières ne se limite pas à une question de calendriers. Antinomiques il n'y a pas si longtemps, chic absolu et streetwear ne font désormais qu'un. Au point que les logos chers au second se retrouvent dans le vestiaire du premier, avec un sens de la mise en abyme poussé parfois à son paroxysme. Fin mai dernier, pour sa ligne Croisière, Gucci s'inspirait ainsi largement d'une silhouette imaginée par Dapper Dan, qui habilla les stars du hip-hop dans les années 80... avant de fermer boutique sous la pression notamment de Vuitton, dont il avait copié l'iconique Monogram. Ou une version fashion de l'arroseur arrosé... Au-delà de cet exemple extrême, c'est le luxe dans son ensemble qui se laisse joyeusement contaminer par les codes du " bon marché ". Volonté de surprendre une clientèle que plus rien n'étonne ? Postulat antisystème d'une nouvelle génération soucieuse de bousculer l'ordre établi ? Lorsque Balenciaga lance une édition en cuir du fameux grand sac bleu Frakta d'Ikea, c'est sans doute un peu des deux à la fois. D'autant que la prise de position illustre à elle seule une autre facette de cette tendance générale à faire sauter les verrous. Ici, ce sont le kitsch et le bon goût qui brouillent volontairement les pistes : " C'est moche, et c'est pour ça qu'on aime ", assume Demna Gvasalia, directeur artistique de la griffe et de Vetements. Pour son label perso, le créateur a d'ailleurs conçu des souliers répondant parfaitement à ce cahier des charges... Dans une certaine mesure, ils rejoignent les Crocs repérées chez Christopher Kane, les claquettes de piscine de Saint Laurent ou la sandale à scratchs de Versace au rayon des accessoires à l'esthétique controversée mais ayant le mérite de ne laisser personne indifférent. Et après tout, le concept de beauté ne devrait jamais être pris au pied de la lettre. Retrouvez chaque vendredi Delphine Kindermans dans l'émission Pop & Snob de Fanny Guéret sur www.rtbf.be/auvio et sur Pure FM à 15 h 30. DELPHINE KINDERMANS" C'est moche, et c'est pour ça qu'on aime. "