Née à Phnom Penh, de père cambodgien et de mère française, Nathalie Saphon Ridel a quitté sa patrie un matin de janvier, au début des années 70, après qu'une roquette est tombée sur le préau de son lycée. " Nous sommes partis trop vite ma mère et moi. Je n'avais qu'une idée en tête : revenir ", avoue-t-elle. Vingt ans plus tard, elle accomplit son rêve et débarque dans son pays natal, riche d'une belle expérience professionnelle. La Franco-Cambodgienne a en effet alors déjà travaillé six ans comme acheteuse pour la Compagnie française de l'Orient et de la Chine. " Dans ce cadre, je me suis retrouvée à la foire de Canton, à dessiner au feutre des paniers de pêcheurs pour que les artisans me les réalisent et à remplir des containers d'objets fabriqués là-bas ", se souvient-elle.
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Née à Phnom Penh, de père cambodgien et de mère française, Nathalie Saphon Ridel a quitté sa patrie un matin de janvier, au début des années 70, après qu'une roquette est tombée sur le préau de son lycée. " Nous sommes partis trop vite ma mère et moi. Je n'avais qu'une idée en tête : revenir ", avoue-t-elle. Vingt ans plus tard, elle accomplit son rêve et débarque dans son pays natal, riche d'une belle expérience professionnelle. La Franco-Cambodgienne a en effet alors déjà travaillé six ans comme acheteuse pour la Compagnie française de l'Orient et de la Chine. " Dans ce cadre, je me suis retrouvée à la foire de Canton, à dessiner au feutre des paniers de pêcheurs pour que les artisans me les réalisent et à remplir des containers d'objets fabriqués là-bas ", se souvient-elle. Ce lien avec l'artisanat ne la quittera plus, il sera d'ailleurs à la base de sa rencontre avec Jean-Pierre Martial, son mari. Au sommet de sa carrière, cet industriel français décide de devenir bonze bouddhiste laïc. Il s'installe à Siem Reap, qui n'était alors qu'un gros village à l'ombre des temples d'Angkor. Il y acquiert une maison traditionnelle sur pilotis, entourée d'un grand jardin, non loin de la pagode Polanka. L'homme lance un vaste projet, Chantiers Ecole, avec l'aide des Compagnons du Tour de France, et contribue ainsi à la formation de près de 10 000 personnes aux métiers du bâtiment et de l'artisanat, comme la taille de la pierre et le travail du bois. Son initiative donnera naissance, en 2000, aux Artisans d'Angkor, aujourd'hui les plus gros employeurs de la province. C'est dans ce contexte que Nathalie Saphon Ridel commence sa collaboration avec son futur époux et devient responsable de l'inventaire des artisans du Cambodge. " Nous étions une équipe de cinq personnes et nous avons parcouru dix-huit provinces du pays, se remémore-t-elle. A cette époque, le secteur était dans un état déplorable. Les choses ont fondamentalement changé aujourd'hui à un point tel que le niveau qualitatif dépasse celui des pays limitrophes et, en tout cas, de ce que l'on peut trouver en Chine. " Au fil des ans, après l'union de ces deux passionnés, la maison familiale de Siem Reap s'agrandira. " En 1998, à la naissance de notre fille Naïs, nous avons construit un nouveau bâtiment, devenu la chambre violette, décrit la maîtresse des lieux. Pour voir les étoiles, nous avons également prolongé la terrasse d'un ponton à ciel ouvert. Les parois en bois qui assombrissaient l'intérieur ont été remplacées par des baies vitrées et de nombreuses cloisons ont été supprimées. " En 2011, le couple décide de transformer cette maison Polanka en un petit hébergement exclusif, à l'abri des vagues humaines de touristes. " J'ai toujours aimé les hôtels et le service ; c'est souvent en fonction de ceux-ci que j'ai choisi mes destinations de voyage, concède cette créatrice dans l'âme. Bien entendu, nous avons repensé les volumes, choisi des thématiques. Nos meubles personnels ont été répartis dans les différentes chambres. Mais un intérieur au Cambodge doit, selon moi, faire l'éloge du vide, de l'essentiel. Les objets y sont vrais, rien n'y est inutile. " La cuisine suit cette quête d'essentialité. Avec l'aide de sa tante Siep, entre autres, Nathalie a mis tout son coeur à constituer un répertoire de recettes khmères, raffinées et authentiques. " La gastronomie cambodgienne est au carrefour des traditions thaïes, chinoises et vietnamiennes du Sud, constate la propriétaire. La sauce de poisson constitue un de ses condiments aromatiques principaux. Mais, par rapport aux Thaïs, on emploie ici beaucoup moins de sucre et de lait de coco, et pas de piment du tout, par exemple pour l'amok - le poisson au lait de coco cuit à la vapeur en feuille de bananier. Les plats sont plus légers et comportent beaucoup de grillades. L'utilisation du citron et de l'acidité est également plus marquée. On est plus proche du vrai goût des aliments. " De même, les rouleaux de printemps de la maison Polanka (lire par ailleurs) sont une variante de ceux venus du Vietnam. " Les nôtres sont plus petits ; j'ai éliminé les vermicelles de riz " étouffe chrétien ". Les légumes sont légèrement sautés pour en renforcer les saveurs ", observe-t-elle. Et d'évoquer pour conclure, la soupe servie au petit déjeuner, d'origine cantonaise " car il y a ici des immigrants chinois depuis le début du siècle. J'ai cherché à lui donner ma note personnelle. Ma fierté c'est qu'une cliente de Hong Kong m'a demandé la recette ! " www.maisonpolanka.com Sous le nom de Khmer Attitude, Nathalie Saphon Riedel propose des vêtements en soie, des bijoux et de petits objets. On peut trouver ses boutiques entre autres au sein des hôtels Raffles à Siem Reap et Phnom Penh. www.khattitude.comPAR JEAN-PIERRE GABRIEL