A 23 ans, elle est découverte par le photographe américain Steven Meisel, pygmalion qui la propulse dans l'univers de la haute couture. Elle fait la couverture de " Vogue ", devient l'égérie de Chanel... avant d'accéder au statut de star. Au fil d'un entretien exclusif, Stella Tennant, supertop et supermaman (elle a quatre enfants), diplômée des Beaux-Arts et petite-fille du duc de Devonshire, se livre sans fard.
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A 23 ans, elle est découverte par le photographe américain Steven Meisel, pygmalion qui la propulse dans l'univers de la haute couture. Elle fait la couverture de " Vogue ", devient l'égérie de Chanel... avant d'accéder au statut de star. Au fil d'un entretien exclusif, Stella Tennant, supertop et supermaman (elle a quatre enfants), diplômée des Beaux-Arts et petite-fille du duc de Devonshire, se livre sans fard. Stella Tennant : J'aime désacraliser les robes des grands couturiers et les bijoux précieux en y ajoutant une touche extravagante et irrévérencieuse. C'est ce que j'ai fait en portant le diadème Bourbon-Parme en platine et diamants - un bijou historique de la maison Chaumet - à la manière d'un serre-tête. Ou en proposant à celle-ci de me faire prendre en photo avec un long sautoir en perles de diamant posé sur un simple tee-shirt noir. Qu'y a-t-il de plus chic qu'un bijou sophistiqué porté avec un jean ?... Je le reconnais. C'est un snobisme typiquement british. Les aristos anglais adorent mettre des pulls en cachemire troués et des bottes en plastique sur un pantalon en tweed griffé. Mais il faut dire que mon côté " sauvageonne " vient aussi du fait d'avoir grandi en toute liberté dans une ferme en Ecosse, au contact des animaux et de la boue. A 8 ans, je fumais, je me coupais les cheveux toute seule - ce que je fais encore - et je buvais des pintes de Guinness en cachette. Mes parents, plutôt anticonformistes, ne se sont jamais inquiétés de mes extravagances. Lorsque, à 18 ans, j'ai cru les choquer en me faisant un piercing au nez, mon père m'a offert l'anneau de l'un de ses taureaux en me disant qu'il serait parfait sur ma narine. A cette époque, je fréquentais l'école des Beaux-Arts de Winchester pour devenir sculpteur. J'avais un look de garçon manqué. J'avais besoin de gagner ma vie. Dans l'aristocratie anglaise, l'héritage et le titre se transmettent en ligne directe au fils aîné. J'avais beau être la petite-fille du duc de Devonshire, je n'avais pas un rond. Lorsque Meisel m'a proposé de faire une campagne pour Versace, à Paris, j'ai immédiatement accepté. Je ne comprenais pas comment il était possible de gagner autant d'argent aussi facilement. Cependant, le jour des répétitions du défilé, j'ai pris conscience que ce métier nécessitait un réel savoir-faire. Je me suis retrouvée sur une passerelle au côté de Naomi Campbell, Linda Evangelista et Christy Turlington ! J'étais tétanisée. Incapable de marcher avec des talons de 20 centimètres, je trébuchais sans arrêt. Pour apaiser ma peur, je mâchais mécaniquement un chewing-gum, ce qui n'a pas dû plaire à Gianni Versace. Le lendemain, je suis arrivée dans les coulisses du défilé. Gianni m'a regardée d'un air stupéfait et m'a demandé pourquoi j'étais là : " Mais enfin personne ne vous a prévenue ? On ne veut plus de vous ! " Une expérience traumatisante... J'ai beaucoup appris en observant ma grand-mère la duchesse Deborah de Devonshire. On ne peut faire plus excentrique, plus élégante aussi. Passionnée de mode, elle emmenait ma mère à tous les défilés parisiens de Givenchy et de Dior. Lorsque l'on dînait dans son château, il fallait s'habiller et elle exhibait ses plus belles robes du soir. Mais elle avait toujours sa façon de les personnaliser : souvent, elle portait des costumes d'homme à la Katharine Hepburn et, au lieu d'accrocher ses broches Liberty au revers de sa veste, elle les clippait sur le revers d'un pantalon ou sur le poignet d'un chemisier. Elle n'a pas changé : à 87 ans, elle vient de poser avec moi pour " Vogue ", devant l'objectif de Bruce Weber. Dieu, ce qu'elle peut être coquette ! Oui, absolument. Enfant, le dimanche après-midi, après le thé, elle me montrait ses bijoux, cachés dans un grand coffret. Elle me laissait les essayer et me racontait leur histoire. Certains avaient été commandés par ses ancêtres à la maison Chaumet, en 1825. Mais ce qui me faisait le plus rêver, c'étaient ses bijoux en forme d'insectes, que mon grand-père lui offrait chaque année, pour leur anniversaire de mariage. Une collection de bagues, de broches et de colliers en or et platine, et rehaussés de pierres précieuses : des libellules, des araignées, des scarabées... Je suis passionnée par la taxidermie et j'ai un diplôme de biologie (dans son manoir, Stella a exposé sur les murs et les étagères des squelettes de chauves-souris, des papillons et toutes sortes d'insectes sous verre). Récemment, ma grand-mère m'a fait cadeau d'une bague représentant une abeille ornée de lapis-lazuli. J'ai eu le coup de foudre lorsque j'ai vu la bague en forme d'araignée de Chaumet ! Je porte souvent ses pendants d'oreilles : des abeilles ou des araignées en diamant et améthyste. J'aime son histoire et le charme de son siège, place Vendôme, à Paris, où j'ai pu admirer la parure de rubis et diamants réalisée par Nitot, le fondateur de Chaumet, pour l'impératrice Marie-Louise. Il n'y a rien de plus intime que d'offrir ou de recevoir un bijou qui possède une histoire. Les plus beaux que j'ai reçus en cadeaux ? Ceux que mes enfants ont fabriqués pour moi ! Des colliers de bonbons et un magnifique sautoir en corde avec pour pendentifs des scarabées laqués et des cailloux ramassés dans le lit d'une rivière. Celle d'une femme douce, au regard enfantin. A l'opposé de l'image que me renvoient les photos de mode : des traits anguleux, l'allure d'une guerrière androgyne qui semble sortie d'un film comme " Blade Runner ". Dernièrement, mes enfants, en me voyant poser pour une collection de Burberry, se sont écriés : " Maman, ferme ce magazine ! Tu nous fais peur ! " Mais, au fond, j'adore la mode et, tout en préservant ma vie privée, je continue à collaborer avec des couturiers qui sont pour moi de véritables artistes. Avec Lagerfeld ou Galliano, je ne suis pas une femme-objet ; je participe à la création d'une £uvre d'art. La relation qui s'instaure entre nous est celle d'un artiste avec sa muse. J'oserais même dire que, parfois, avec Karl, je me suis sentie telle Dora Maar face à Picasso ! Propos recueillis par Paola Genone