Comment Emporio Armani fut-elle accueillie il y a quarante ans?
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Comment Emporio Armani fut-elle accueillie il y a quarante ans? Tout le monde me connaissait pour mes tenues sophistiquées, donc quand je suis arrivé en 1981 avec une collection qui s'adressait aux jeunes, surtout composée de jeans, on a trouvé ça un peu étrange. Même le nom a fait grand bruit. Le terme "Emporio" ( NDLR: empire en italien) renvoie à une mode démocratique, accessible à tous et abordable. Pour un vrai "créateur de mode" comme moi, c'était déjà trop "populaire". Quelle est la plus grande différence par rapport à aujourd'hui? A l'époque, le streetstyle était nouveau, Emporio est donc devenu immédiatement un phénomène de société. Aujourd'hui, avec cette marque, nous nous adressons encore aux jeunes générations, mais nous ne sommes plus les seuls. Toutefois, la différence majeure entre notre clientèle actuelle et celle d'alors, c'est l'intérêt pour la durabilité. Nous y avons toujours prêté de l'attention, avant même que le concept existe, mais désormais nous allons plus loin, par exemple en optant pour des matières recyclées ou upcyclées. La première chose que l'on voit en arrivant à l'aéroport de Linate, c'est le logo Armani. Milan est-elle "Armani city"? Cela me semblait être l'endroit idéal pour faire de la publicité. Cette partie de Linate est très visible pour tous ceux qui atterrissent ou décollent. Un aéroport représente aussi un sentiment d'ouverture sur le monde et l'innovation. Des valeurs qui définissent Emporio Armani. Si j'avais lancé cette marque aujourd'hui, les réseaux sociaux seraient mon mode de communication le plus important. Il y a quarante ans, nous étions présents par le biais des moyens plus traditionnels, comme la presse et les publicités. En février 2020, vous avez été le premier à annuler votre défilé à l'annonce de la pandémie. Une décision difficile? Lorsque je me suis rendu compte que la situation était sérieuse, je savais que je devais me positionner clairement. Tout le monde n'était pas d'accord avec cette décision et on m'a critiqué en disant que j'exagérais. Le temps m'a donné raison. Mais je crois que c'est à nouveau le moment d'organiser des shows en live. C'est un signe d'espoir. Les Fashion Weeks ne sont pas seulement l'occasion pour les créateurs de montrer leurs collections, mais aussi celle de questionner tout un système. Cette adrénaline et cette confrontation m'ont manqué. Je ne pense pas que la mode puisse survivre uniquement dans une forme digitale. Il faut la voir "in real life".