La plupart du temps, ce sont des petits riens ridicules. Si petits qu'ils en sont même dérisoires. Le voisin qui laisse miauler son chat des heures dans l'escalier, les cyclistes et les rolleurs qui envahissent les trottoirs, les quidams qui ne disent pas merci quand on leur tient la porte, les automobilistes irascibles collés à leur klaxon, la techno de l'un, le Boulez de l'autre... Depuis Sartre, on le sait bien, l'enfer c'est l'autre. Le sans-gêne, l'outrecuidant, l'inconséquent, l'irresponsable, celui qui se croit seul au monde. Mieux : à qui le monde appartient. Celui-là même qui nous tape sur les nerfs.
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La plupart du temps, ce sont des petits riens ridicules. Si petits qu'ils en sont même dérisoires. Le voisin qui laisse miauler son chat des heures dans l'escalier, les cyclistes et les rolleurs qui envahissent les trottoirs, les quidams qui ne disent pas merci quand on leur tient la porte, les automobilistes irascibles collés à leur klaxon, la techno de l'un, le Boulez de l'autre... Depuis Sartre, on le sait bien, l'enfer c'est l'autre. Le sans-gêne, l'outrecuidant, l'inconséquent, l'irresponsable, celui qui se croit seul au monde. Mieux : à qui le monde appartient. Celui-là même qui nous tape sur les nerfs. Dieu merci, sur ceux des autres aussi. Prenez l'écrivain-philosophe Dominigue Noguez dont la qualité première est de ne pas avoir sa langue dans sa poche... encore moins sa plume trempée dans de l'eau de rose. A ces " Vingt choses qui nous rendent la vie infernale " (et qui pourraient grimper en fait jusqu'à trente-six mille), il consacre un essai jubilatoire, plein de verve et de causticité. Il en a marre, tout simplement. Et il le dit haut et fort ! (éd. Manuel Payot). Marre certes des petits riens énumérés plus haut, mais aussi, en vrac, des fausses inégalités sociales, des mauvais procès intentés sous de fallacieux prétextes aux auteurs et aux éditeurs, des " médicastres ou des dragons en blouse blanche " qui profitent de la situation de faiblesse des malades pour les maltraiter, des Corses qui prennent d'une main les subsides de l'Etat français tout en faisant sauter les gendarmeries, des présentateurs télé qui ne connaissent plus le b.a.-ba de la grammaire... Toute une ribambelle de " calamités " sociales dont les plus minuscules ne lui sont pas les moins douloureuses. Personne n'est épargné. Ainsi le bien-pensant, qui a droit, à juste titre, à tout un chapitre particulièrement jouissif. D'autant plus que le genre a furieusement tendance à se multiplier. Autant de prêcheurs, " vicieux avant d'être vertueux ", qui ne gardent pas leurs convictions pour eux. Normal, ne disent-ils pas le bien ? Souvent mouches du coche, ils nous rappellent régulièrement à l'ordre au nom du politiquement correct. Véritables donneurs de leçons, ils savent tout mieux que nous, nous indiquent ce que nous devrions savoir et que nous ne savons pas et, cerise sur le gâteau, iront même jusqu'à faire notre bonheur malgré nous, y compris par la contrainte ou la punition. Oubliant souvent, comme le note avec malice Noguez, que les choses et les situations ne sont jamais si simples et qu'ils seront les premiers d'ailleurs à faire des entorses à leurs beaux principes. Toute une brochette d'enquiquineurs ! Et moi, et moi, et moi ? Car si l'enfer, c'est tous ceux-là, chaque moi est en même temps l'autre d'autrui. Et si le superfléau, c'était notre petit ego ? Notre égoïsme, notre égocentrisme, notre narcissisme, notre auto-indulgence ? Autant de petits poisons qui menacent la frêle et si peu vertueuse humanité. Mais la honte passée et presque bue, pas question de baisser les bras. Mieux vaut agir, recommande Noguez. Sur notre part funeste pour la faire reculer, bien sûr. Avant de s'attaquer à celle des autres. Un pari drôlement hasardeux tout de même. Par prudence, le lecteur se repliera d'abord sur le guide pratique que notre auteur nous distille en guise de récréation en fin d'ouvrage. Mais prudence, prudence, il n'est pas à glisser entre toutes les mains ! Christine Laurent