PILATI LE RETOUR

Très attendu, le premier défilé de Stefano Pilati pour Ermenegildo Zegna fut aussi l'un des plus réussis de la Fashion Week milanaise. D'abord parce qu'il s'agissait d'un vrai show dont la scénographie - un parallèle audacieux entre les fils d'un métier à tisser et les cordes d'un piano - valait déjà le déplacement. Surtout parce que la collection elle-même sublimait le meilleur du savoir-faire de la maison, Pilati s'offrant le luxe de jongler avec une palette de trente-trois coloris. Des costumes, certes - c'est l'ADN de Zegna - mais allégés dans les coupes et dans le travail des matières fluides.
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Très attendu, le premier défilé de Stefano Pilati pour Ermenegildo Zegna fut aussi l'un des plus réussis de la Fashion Week milanaise. D'abord parce qu'il s'agissait d'un vrai show dont la scénographie - un parallèle audacieux entre les fils d'un métier à tisser et les cordes d'un piano - valait déjà le déplacement. Surtout parce que la collection elle-même sublimait le meilleur du savoir-faire de la maison, Pilati s'offrant le luxe de jongler avec une palette de trente-trois coloris. Des costumes, certes - c'est l'ADN de Zegna - mais allégés dans les coupes et dans le travail des matières fluides. Des guerriers Masaï d'Afrique aux skaters de L.A., il n'y a qu'un (fashion) pas... franchi allègrement par Riccardo Tisci qui a trouvé dans les formes graphiques des circuits des ordinateurs et des baffles vintage de nouveaux ex-voto à imprimer en couleurs majoritairement primaires sur l'ensemble de la collection Givenchy. D'étranges totems envahissent bermudas, polos, parkas noués autour de la taille, tee-shirts oversized créant même des effets de perspectives lorsqu'on les superpose. Des références à l'iconographie des tribus africaines en totale opposition avec la vision poétique sans référence ethnique ostentatoire proposée par Missoni, la maison italienne s'inspirant plutôt des couleurs délicatement fanées des paysages d'Afrique de l'Ouest pixellisés sur des vestes que l'on sent fluides et confortables. Attribut par excellence du jeune urbain en mal de garde-robe passe-partout convenant aussi bien au loisir qu'au boulot, le cuir était omniprésent chez Costume National, Diesel Black Gold, Emporio Armani... Mais aussi chez Trussardi où Gaia Trussardi, qui signait ici sa première collection, avait choisi de le traiter comme un tissu, n'hésitant ni à le laver ni à le froisser pour en faire des vestes, des bermudas, des pantalons, voire même des tops à manches courtes, pièces phares de l'été 2014. Même parti pris chez Fendi, dont le défilé présenté en boucle sur un catwalk recouvert de sable ocre mixait le cuir, avec des hauts éclaboussés de taches de couleurs vives. Des vêtements convenant à toutes les saisons. La faute, dit-on, au climat qui part en vrille mais surtout au marché de plus en plus globalisé qui veut que l'été des uns soit l'hiver des autres, et vice-versa. Vêtu de chemises imprimées de fleurs vénéneuses et de pin-up glaçantes, l'Homme selon Prada s'évadera à ses risques et périls dans un paradis perdu. Une version sombre des clichés exotiques ordinaires déclinée aussi chez Dsquared2 - le show avait pour décor une chute d'eau perdue dans une forêt que l'on devinait hostile - et chez Julien David qui avait choisi de faire d'un couple de palmiers plantés sur une île déserte l'un des imprimés fétiches de sa collection.En cuir, en tissu, en soie, unie ou imprimée, la combinaison de mécano sera le must-have de l'été 2014 : en version short façon Raf Simons - le haut peut même s'enrouler jusqu'à la taille - ou longue façon A.P.C., Damir Doma, Julien David, Versace, Trussardi, Wooyoungmi, Gucci et Hermès. La grande tendance amorcée lors des défilés automne-hiver 13-14 qui consiste à mêler couleurs et matières au sein d'un même vêtement se poursuivra l'été prochain chez Iceberg, Wooyoungmi, Salvatore Ferragamo, Issey Miyake Men, Damir Doma sans oublier Dior Homme où des patchworks de formes géométriques de couleurs, de textures et d'éclats différents se dessinaient sur les vestes, les bermudas et les pantalons. Un exercice auquel Walter Van Beirendonck s'est aussi prêté avec succès, créant des effets de perspectives dans ses silhouettes. Chez Emporio Armani, l'hexagone s'imprimait en relief sur les pull-overs.Sur les bermudas, les vestes, les chemises, les tee-shirts, les fleurs étaient incontournables, lors des Fashions Weeks de juin dernier, chez Valentino, Gucci, Jean Paul Gaultier, Prada, Bikkembergs, 3.1 Phillip Lim et surtout Dries Van Noten qui en a fait la ligne de force de tout son défilé, n'hésitant pas à associer plusieurs imprimés au sein d'une même silhouette, voire même à les " viriliser " en leur adjoignant une veste plus militaire. Un show éblouissant - au final, tous les mannequins ont pris la pause devant des panneaux couverts d'un film de Mylar doré - rythmé par la batterie virtuose de Cindy Blackman Santana.Pour être dans la tendance, l'homme devra se faire à l'idée de montrer ses jambes. Les rares pantalons ayant survécu à la déferlante des shorts se portent " feu au plancher ", de préférence larges plutôt que slim, pour un effet encore plus décontracté. Le bermuda aussi a pris de l'ampleur et l'associer à une veste de costume est devenu la norme et non plus l'exception. Les audacieux oseront le micro-short vu notamment chez Lanvin, Juun. J, Dior et bien sûr Raf Simons qui l'accompagne de ses tops oscillant entre le tee-shirt XXL et la robe trapèze. Désireux de rendre hommage à leur " home state ", la Californie, les deux créateurs de Kenzo, Humberto Leon et Carol Lim, ont ponctué leur collection de motifs de vagues stylisés - du rouleau clairement reconnaissable aux gouttes d'écumes regardées de tout près -, puisant leur inspiration dans le look relax et facile à vivre des sous-cultures qui s'épanouissent le long des plages bordant le Pacifique. Un esprit surfeur boy présent aussi chez Julien David, Phillip Lim et surtout Louis Vuitton dont le directeur artistique Kim Jones a choisi de revisiter les codes du road trip, twistant les pièces cultes du vestiaire américain, des blousons des universités de l'Ivy League aux vestes en jeans et aux perfectos de motards, y apposant le logo du malletier à côté du symbole " peace and love ". Une version top luxe du style preppy. Vu chez Raf Simons, Julien David et Kenzo, le tee-shirt à message, pour peu qu'il soit sibyllin, reste une valeur sûre.PAR ISABELLE WILLOT