C'est à peine revenu de son voyage de noces que nous rencontrons Olivier Stévenart, 27 ans, dans la grisaille d'un zoning bruxellois. Le jeune marié n'a pourtant pas l'air mécontent de retrouver son atelier avec vue sur Senne, comme si l'odeur de sciure lui avait manqué. A voir ses yeux s'éclairer dès qu'il parle boulot, c'est sans doute le cas. Et Madame dans tout ça ? " Elle me soutient à fond, elle est contente que ça avance et que tous les soirs, je rentre crevé mais heureux. "
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C'est à peine revenu de son voyage de noces que nous rencontrons Olivier Stévenart, 27 ans, dans la grisaille d'un zoning bruxellois. Le jeune marié n'a pourtant pas l'air mécontent de retrouver son atelier avec vue sur Senne, comme si l'odeur de sciure lui avait manqué. A voir ses yeux s'éclairer dès qu'il parle boulot, c'est sans doute le cas. Et Madame dans tout ça ? " Elle me soutient à fond, elle est contente que ça avance et que tous les soirs, je rentre crevé mais heureux. " Olivier avait pourtant entamé des études de marketing. Il les abandonne très vite pour apprendre " un vrai métier ", quitte à opter pour une filière manuelle injustement déconsidérée, et s'inscrit à l'INFAC, en menuiserie. Une révélation. " J'ai compris que c'est ce que j'avais toujours voulu faire ", reconnaît-il. Dès lors, il s'emploie à maîtriser le travail du bois sous toutes ses formes, des méthodes ancestrales aux procédés numériques qui ont cours aujourd'hui, notamment dans l'atelier Vendredi, que son père a racheté il y a huit ans. Un événement qui n'est certainement pas étranger à sa passion pour ce matériau naturel, comme il s'en rappelle : " En entrant pour la première fois dans cet endroit, je suis devenu fou. Toucher, sentir la matière, c'était un immense plaisir. " Est-ce donc pour légitimer sa place qu'il veut absolument dompter toutes ces techniques et manipuler trusquins et autres outils aujourd'hui tombés en désuétude ? " Peut-être inconsciemment, répond-il, parce que je ne supporterais pas l'étiquette de "fils du patron", mais ça fait partie de mon caractère d'aller au bout des choses. " Sa formation achevée, il bosse à son compte, concevant bureaux, dressings ou bibliothèques sur mesure pour financer son projet de label, mûri pendant ces années d'apprentissage. Et quand il estime avoir économisé assez, il fonce. Reste à choisir un patronyme : " J'étais d'abord parti sur le mot "Cruz", mais je m'en suis lassé, il était trop connoté et c'était impossible d'obtenir le nom de domaine. " Après quelques hésitations, " Cruz " évolue en " Cruso ", un clin d'oeil à l'entreprise paternelle, elle-même référence au Robinson Crusoé de Daniel Defoe. L'étape suivante consiste à trouver un projet qui marquera ses véritables débuts, et Olivier a une idée très précise de ce dont il a envie : travailler avec Jean-François D'Or, Designer de l'année 2013. Limite mégalo pour un débutant ! " Je voulais absolument bosser avec lui. Je lui ai écrit des mails, restés lettre morte, alors j'y suis allé au culot. J'ai débarqué à son domicile, pour lui remettre en mains propres une pièce de chêne gravée à son nom, avec le logo de Cruso et les valeurs prônées par la marque. " Séduit, le concepteur lui donne sa chance et très vite, ils se découvrent une passion commune : celle de raconter des histoires à travers des produits. A peine six mois plus tard, à la rentrée dernière, la première table June est présentée lors du festival bruxellois Design September. Coup de bol, coup de maître ? Peu importe. " Je n'avais pas de plan B, avoue Olivier. S'il n'avait pas accepté, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui. " Toujours est-il que cette réalisation initiale fera partie de l'expo Belgium is Design, rejoignant la crème du secteur, version noir-jaune-rouge, dans le programme off du Salon international du meuble de Milan, en avril prochain. Pas mal pour une première... " Mes objectifs suivants, c'est d'abord de démarcher auprès des architectes et des points de vente, puis de participer à Maison & Objet, à Paris, avec un concours en partenariat avec les écoles du coin. Ensuite, de m'attaquer aux autres pays limitrophes, via des collaborations avec des créateurs du cru, qu'ils soient établis ou émergents. Oui, c'est ambitieux, voire un peu fou, mais je crois en mes produits, donc je n'ai pas peur. " www.cruso.comPAR MATHIEU NGUYENRaconter des histoires à travers des produits.