À la tête depuis 2002 du groupe d'investissement Charme, qui réunit les plus prestigieuses marques de mobilier italiennes, Matteo di Montezemolo a fêté ses 30 ans en avril dernier. Formé dans les grandes écoles et entreprises internationales, il s'impose à l'instar de son père, président de Fiat et de Ferrari, par une volonté et une capacité de travail hors norme. Son but est de faire de Charme l'ambassadeur d'une absolue excellence et modernité italienne. La rencontre a lieu dans son bureau à Milan, une petite salle ensoleillée occupée par une table blanche, quelques sièges. Dès qu'il entre, costume sombre, large sourire, la pièce semble s'animer tant il l'occupe par sa haute taille, son énergie et la maturité qu'il a acquise depuis qu'il dirige le groupe.
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À la tête depuis 2002 du groupe d'investissement Charme, qui réunit les plus prestigieuses marques de mobilier italiennes, Matteo di Montezemolo a fêté ses 30 ans en avril dernier. Formé dans les grandes écoles et entreprises internationales, il s'impose à l'instar de son père, président de Fiat et de Ferrari, par une volonté et une capacité de travail hors norme. Son but est de faire de Charme l'ambassadeur d'une absolue excellence et modernité italienne. La rencontre a lieu dans son bureau à Milan, une petite salle ensoleillée occupée par une table blanche, quelques sièges. Dès qu'il entre, costume sombre, large sourire, la pièce semble s'animer tant il l'occupe par sa haute taille, son énergie et la maturité qu'il a acquise depuis qu'il dirige le groupe. Weekend Le Vif/L'Express : En réunissant une série d'entreprises emblématiques, Poltrona Frau, Cassina, Cappellini, Thonet, Gufram, le groupe Charme a mis en commun des firmes qui étaient parfois rivales. À les voir ainsi sous un même toit, continueront-elles à marquer leurs différences ? Matteo di Montezemolo : Chacune gardera sa philosophie, son style spécifique. Chez Cassina, il y a les " Maestri ", Le Corbusier, Perriand, Frank Lloyd Wright, absolument classiques, indémodables, liés à l'histoire de l'architecture, avec lesquels la firme réalise un important chiffre d'affaires. Il est difficile de trouver des créateurs de cette envergure ! Poltrona Frau, qui est la marque italienne la plus importante et a la plus longue histoire puisqu'elle a été fondée en 1912, travaille avec de grands contemporains comme Jean-Marie Massaud, auteur du sofa Kennedee et aussi des nouveaux concept stores de Poltrona Frau à Milan, Rome, Naples, New York et bientôt Paris. Nous envisageons un programme de trois ans avec lui, sinon une collaboration est trop superficielle. Notre règle est qu'un designer qui crée du mobilier pour l'une des entités de Charme n'en conçoit pas dans le même temps pour les autres, afin de maintenir leurs identités séparées. Pour compléter notre image, nous avons acquis il y a quatre ans la légendaire Cappellini, un nom évocateur de modèles exceptionnels (quinze des trente-cinq meubles de l'exposition permanente du musée d'Art moderne à New York proviennent de chez Cappellini). Cette maison a un potentiel de développement important grâce à une solide alliance de recherche et de créativité. N'oublions pas Gufram, éditeur dans les années 1970 de meubles extraordinaires en mousse de polyuréthane, dont le célèbre portemanteau Cactus de Guido Drocco et Franco Mello, devenus objets cultes. Et puis il y a Thonet, le berceau du design ! On peut dire que Charme se présente sous le signe de la qualité et de la diversité. Demain, vous partez pour la Chine, une fois de plus en tant qu'ambassadeur du design italien... (Rires.) Tout comme je le suis en donnant cette interview. En ce qui concerne l'aspect international de Charme, Poltrona Frau fournit des sièges pour les salles de conférence, hôtels et espaces publics partout dans le monde. Le Parlement européen à Strasbourg, le Sénat et l'Assemblée nationale à Paris, le Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, construit par Gehry, ou le siège de LVMH à Rome ont fait appel à Poltrona Frau, tout comme une soixantaine de théâtres, des centaines d'auditoriums et les showrooms de Cartier, Hermès et Bang & Olufsen. Sans compter son activité dans l'équipement automobile. Il y a les intérieurs de Ferrari, Rolls-Royce, des nouveaux modèles de Maserati, mais aussi ceux de bateaux, d'hélicoptères, d'avions de luxe, des premières classes d'Alitalia ou de Japan et Singapore Airlines. Quelle est la priorité de Charme aujourd'hui ? Nous voulons continuer à développer les produits de Poltrona Frau dans une absolue excellence. Nous travaillons avec de prestigieux designers et nous allons, une fois par an, sortir un chef-d'£uvre des archives de la marque. Notre intention est de communiquer sur la manière dont nous fabriquons, la qualité exceptionnelle de nos matières dont le cuir, afin de représenter dans le domaine du mobilier ce qu'Hermès est dans le sien. Vous dites que le design va aller en se développant. Le design est le nouveau grand domaine du luxe. La mode, les bijoux sont trop envahis de marques. Aujourd'hui, nous sommes de plus en plus à la maison pour y vivre en famille mais aussi pour travailler, recevoir des clients, des collaborateurs, des amis. Même chose pour les bureaux. On y passe beaucoup de temps et on a envie de meubles originaux qui fassent plaisir. La mission de Cappellini est de produire ce type de meubles. Ceux de Poltrona Frau, plus classiques, conviennent aussi bien à un bureau qu'à une maison. Chez Cassina, il y a les " Contemporanei ", avec Starck, Pesce ou Deganello. Quel est votre meuble favori ? Vanity Fair de Poltrona Frau. On le considère comme l'égal d'un bijou de Bulgari ou d'une Ferrari dans le domaine du luxe italien. C'est le fauteuil dans lequel je regarde les courses de Formule 1 avec mon père (président de Ferrari et de Fiat), celui que j'ai dans mes maisons de Rome et de Milan. Il est comme un frère. Si un jour je devais changer de vie, je ne voudrais jamais oublier ce que je fais maintenant. Alors, bien sûr, je l'emmènerai avec moi. À 30 ans, quels sont vos buts ? Et les responsabilités que vous avez ne vous pèsent-elles pas par moments ? Il me semble important de continuer à développer la formation dans les entreprises, la qualité, une éthique vis-à-vis de tous ceux qui travaillent avec nous et le respect d'un passé si fort. Les compagnies ne nous appartiennent pas. Elles appartiennent à nos clients, à nos collaborateurs. Il faut partir de cela pour avancer de façon déterminée et absolument moderne. Je suis heureux de faire ce travail qui prend beaucoup de mon c£ur, de ma pensée. J'y mets une grande part de mon énergie, de ma vie. Mais ce n'est que normal. Propos recueillis par Christiane Germain