Des billes de saveur aussi légères que des bulles de savon. Désormais, l'art et la cuisine partagent la même table. Une mini-révolution qui puise ses racines dans les années 1960 dans l'antre de l'artiste suisse Daniel Spoerri qui, le premier, eut l'idée de faire du repas et de tout le décorum qui l'accompagne, sa matière première. L'eat-art était né. Aujourd'hui, on ne compte plus les happenings culinaires et les visites gourmandes dans les galeries ou les mu...

Des billes de saveur aussi légères que des bulles de savon. Désormais, l'art et la cuisine partagent la même table. Une mini-révolution qui puise ses racines dans les années 1960 dans l'antre de l'artiste suisse Daniel Spoerri qui, le premier, eut l'idée de faire du repas et de tout le décorum qui l'accompagne, sa matière première. L'eat-art était né. Aujourd'hui, on ne compte plus les happenings culinaires et les visites gourmandes dans les galeries ou les musées. La science, la poésie s'invitent, elles aussi, au festin. L'univers food se décline en prouesses techniques, expos, parcours initiatiques, discours métaphysiques, expériences gustatives ou £uvres d'artà Bref, à voir et à manger. Des odeurs, des saveurs, du plaisir, de la sensualité, de l'émotion. Si la gastronomie, subtile alchimie, séduit, ensorcelle les plasticiens, elle provoque aussi des vocations stupéfiantes. Prenez les rockers ! Les voilà qui quittent la scène pour se glisser derrière d'autres pianos. Alex James, par exemple, l'ex-bassiste de Blur, l'un des groupes britanniques britpop les plus célèbres des années 1990, n'a pas hésité une seconde. Aujourd'hui, il règne sur 80 hectares de terres sur lesquelles paissent des moutons et pas moins de 400 chèvres. Sa spécialité ? Le Little Wallop, un fromage demi-sec récompensé par les British Cheese Awards au printemps dernier, et que l'on retrouve sur toutes les tables branchées d'outre-Manche. Ce gentleman-farmer d'un nouveau style s'est improvisé aussi chroniqueur gastronomique pour le Guardian. Quand groupes rock et brigades de cuisine jouent dans la même courà Tout aussi surprenant, le cri du c£ur du grand styliste japonais Issey Miyake : " Moi, je rêve d'être agriculteur. J'irai planter du riz le mois prochain avec mon staff. Et je passerai les mois à venir à le regarder pousser. Je suis sûr que ce riz a énormément de choses à m'apprendre ", a-t-il confié à notre journaliste Isabelle Willot. La sagesse même. Qui a conduit le mikado du plissé à inviter une dizaine d'artistes venus du monde entier à exposer leur vision de l'homme du xxie siècle pour le musée 21_21 de Tokyo dont il est l'un des co-directeurs. Objectif : titiller le visiteur, l'inviter à regarder son quotidien autrement. Au pays des sushis et sashimis, aussi, le couvert est mis. Christine Laurent