Ce qui se passe aujourd'hui dans le créneau pointu des meubles et accessoires d'extérieur s'apparente à une vraie révolution. Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, quand il s'agissait d'équiper son jardin ou sa terrasse, on pensait table et chaises, à la rigueur en version longue. Sans trop se poser de questions sur la forme - les modèles se ressemblaient tous -, on optait pour le bois ou le plastique, parfois pour le métal peint réservé aux " reproductions " de petites chaises romantiques aux arrondis très victoriens.
...

Ce qui se passe aujourd'hui dans le créneau pointu des meubles et accessoires d'extérieur s'apparente à une vraie révolution. Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, quand il s'agissait d'équiper son jardin ou sa terrasse, on pensait table et chaises, à la rigueur en version longue. Sans trop se poser de questions sur la forme - les modèles se ressemblaient tous -, on optait pour le bois ou le plastique, parfois pour le métal peint réservé aux " reproductions " de petites chaises romantiques aux arrondis très victoriens. Aujourd'hui, le secteur outdoor est bel et bien devenu la nouvelle plaine de jeux des designers stars : les formes les plus audacieuses partent à la conquête de matériaux nouveaux capables de résister au temps qui passe, au temps qu'il fait. Après la cuisine et la salle de bains, le " jardin " - qu'il s'étende sur plusieurs hectares ou se limite à quelques pots d'herbes aromatiques sur un balcon de ville - est aujourd'hui considéré comme une pièce à part entière. " Le jardin devient le nouvel espace de vie avec lequel il faut compter, même dans des régions où le beau temps n'est pas toujours au rendez-vous, constate Denis Castaing, cofondateur de Sabz, une société spécialisée dans l'aménagement haut de gamme d'espaces extérieurs. On a envie d'avoir chez soi des meubles que l'on peut laisser dehors toute l'année, pour en profiter dès que l'occasion se présente. Selon la place dont on dispose, on pourra se permettre d'imaginer plusieurs zones : un coin repas, un autre pour les jeux des enfants, un espace lounge aussi. "Initialement pensée pour l'Horeca, l'offre des " salons de jardin " destinée aux particuliers, s'étend d'année en année. Allant des canapés et fauteuils dans lesquels on se love, à l'image du dernier système modulaire Atmosphere signé Marcel Wanders pour Kettal, aux divans proches du sol, qui peuvent, si on le souhaite, s'enchâsser dans une " cabane " de rotin pour créer un espace plus intime dans le jardin, comme le suggère le modèle Springtime de Jean-Marie Massaud (lire aussi son interview en pages 34 à 38) pour B&B Italia. " Le jardin, c'est finalement de l'immobilier à votre disposition, précise David Font, célèbre paysagiste américain dont la clientèle " recession proof " est toujours à la recherche de mobilier haut de gamme susceptible de satisfaire ses envies de verdure, de nature et de durabilité. Aménager sa terrasse, son terrain, est devenu un investissement sûr - surtout par les temps qui courent - dont on peut profiter tous les jours. "Les meubles, aussi confortables et élégants que leurs cousins indoor, réussissent même parfois de leur faire concurrence : on estime en effet qu'aujourd'hui plus de 7 % du " mobilier de jardin " passe en réalité sa vie à l'intérieuràAinsi, les modèles de la collection Crinoline de Patricia Urquiola pour B&B Italia existent-ils en deux types de finition : l'une, à toute épreuve, en polyéthylène et l'autre en corde naturelle réservée aux patios abrités, voire même au salon ou à la salle à manger. " Les gens prennent enfin conscience que la terre et l'eau sont des denrées rares, insiste le designer français Jean-Marie Massaud qui assure aussi la direction artistique de Dedon. S'ils ont la chance d'avoir un jardin, ils choisissent de le valoriser et d'en profiter au mieux. A côté de cela, les entreprises ne sont pas philanthropes : elles s'engouffrent dans les domaines d'activité où elles n'ont pas encore investi. L'outdoor a été longtemps sous-considéré. Mais aujourd'hui, c'est l'effervescence. "A l'heure où il presque devenu politiquement incorrect de partir loin - surtout en avion - sans au minimum tenter de " neutraliser " son empreinte écologique, il est de bon ton de passer ses congés chez soi et d'investir une partie de son budget vacances dans des meubles de jardin dernier cri, durables si possible, comme la collection Elan - en teck issu de forêts tropicales écogérées - d'Axel Enthoven (lire page 54) ou les créations de Tord Boontje pour Moroso réalisées à la main par des artisans sénégalais. Dans l'édition 2009 - 2014 des cahiers prospectifs Domovision, Gérard Laizé et Frédéric Loeb pointent également du doigt le vieillissement de la population pour expliquer en partie le soudain intérêt de l'industrie du meuble pour les jardins et balcons. " Havres de paix et petits coins de bonheur des seniors, ils restent à leurs yeux les meilleures sources d'énergie pour se régénérer et compenser les outrages du temps ", assure l'étude réalisée en partenariat avec le VIA (Valorisation de l'Innovation dans l'Ameublement). Selon cette enquête réalisée en France mais dont les conclusions sont aisément transposables à la Belgique, les jardins et terrasses suivent l'évolution physiologique de leurs propriétaires : de plus en plus de plantes en pots, des bacs à potagers surélevés, des arbustes à fleurs et à fruits qui ne nécessitent pas d'entretien compliquéà et des meubles légers et confortables dans lesquels il fait bon recevoir ses enfants et petits-enfants dans la " cinquième pièce à vivre " d'un logement que l'on rêve de végétaliser au maximum. Un " besoin de vert " qui se traduit en pratique par une abondance de couleurs et de matières naturelles, de formes rappelant celles d'un arbre - on pense au vase Missed Tree de Jean-Marie Massaud pour Serralunga - ou d'une feuille, comme la Beach Chair de Dedon. Par essence saisonnier, le mobilier destiné à rester à l'extérieur autorise plus d'audace : ainsi, les parasols misent surtout sur la couleur et les froufrous pour le show. Le soir, on se retrouve autour d'une lampe à énergie solaire ou d'un brasero relooké. A condition que la menthe soit bio dans le mojito, le cocktail, c'est autour du feu de camp qu'il se sirotera, cet été ! Carnet d'adresses en page 126.Isabelle Willot