Il suffit d'arpenter les marchés aux puces pour s'en apercevoir : la céramique est à nouveau dans le vent. Alors qu'il y a dix ans, on pouvait encore acquérir de belles pièces des années 50 et 60 pour une somme raisonnable, cette époque touche à sa fin. Dès potron-minet, les collectionneurs écument les brocantes pour dénicher des poteries remarquables, provoquant ainsi une baisse de l'offre et, conséquence logique, une hausse de prix. Si la tendance est en plein essor chez nous, en France, cet intérêt pour la céramique vintage est beaucoup plus ancien. Il faut dire qu'il fut un temps où la production y était énorme, notamment dans les centres de Vallauris et La Borne. Par ailleurs, certains artistes renommés, tels que Picasso, sont à l'origine d'un boom du secteur, et leurs oeuvres se collectionnent depuis longtemps déjà.
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Il suffit d'arpenter les marchés aux puces pour s'en apercevoir : la céramique est à nouveau dans le vent. Alors qu'il y a dix ans, on pouvait encore acquérir de belles pièces des années 50 et 60 pour une somme raisonnable, cette époque touche à sa fin. Dès potron-minet, les collectionneurs écument les brocantes pour dénicher des poteries remarquables, provoquant ainsi une baisse de l'offre et, conséquence logique, une hausse de prix. Si la tendance est en plein essor chez nous, en France, cet intérêt pour la céramique vintage est beaucoup plus ancien. Il faut dire qu'il fut un temps où la production y était énorme, notamment dans les centres de Vallauris et La Borne. Par ailleurs, certains artistes renommés, tels que Picasso, sont à l'origine d'un boom du secteur, et leurs oeuvres se collectionnent depuis longtemps déjà. En Belgique, ce sont les artistes justement, suivis par les créateurs de mode, qui manifestèrent les premiers un regain d'intérêt pour ces objets de terre datés du milieu du XXe siècle. Ainsi le peintre André Van Schuylenbergh possède une série impressionnante de pièces signées Picasso, Somville, Sottsass... Raf Simons, lui, a pris goût au genre dans les années 90, aux puces de Saint-Ouen, à Paris. Petit à petit, celui qui n'était pas encore directeur artistique de Dior s'est mis à acheter et à vendre lui-même des objets, en Belgique cette fois. " J'ai pu en vivre pendant un ou deux ans, affirme-t-il. Ce qui me fascine ? En combinant des éléments basiques - la terre, l'eau et le feu -, on arrive à produire des objets d'exception. J'aime aussi le rapport que le potier entretient avec la nature et le côté solitaire et artisanal du métier : tout commence par de la terre glaise entre ses mains. " Très vite, l'infatigable collectionneur s'est spécialisé dans la céramique française design, que l'on ne trouve pratiquement pas chez nous, privilégiant les oeuvres du troisième quart du XXe siècle, période à laquelle la céramique a connu un essor certain, tout en restant très diversifiée. A l'inventaire de sa collection, qui a été mise aux enchères en décembre dernier par la maison parisienne Piasa, figuraient de grands noms tels que Pol Chambost (1906-1983), dont les vases à forme corollaire se reflétèrent dans sa collection automne-hiver 09-10 pour la griffe Jil Sander, lorsqu'il y assurait la direction artistique avant de rejoindre Dior. Preuve que ces objets trouvent aujourd'hui un public plus nombreux... et prêt à débourser davantage, deux de ces vases en faïence émaillée se sont vu adjuger à 5 100 euros chacun. Deux lampes du même auteur sont carrément parties pour la coquette somme de 24 700 et 18 500 euros ! Quant à la table basse de Georges Jouve (1910-1964), un autre potier apprécié par le créateur, elle a grimpé, lors de la vente, à 62 500 euros, alors qu'elle était estimée entre 30 et 40 000 euros... Nombre d'autres biens ont également été acquis par des passionnés pour des montants de plus de 20 000 euros. Raf Simons n'entend toutefois pas pour autant renoncer à sa passion. S'il a vendu ses biens, c'est tout simplement pour en acquérir d'autres. Le styliste se consacrera peut-être entièrement à la céramique de Picasso, qui est naturellement un peu plus chère mais qu'il affectionne - " les visages qui y figurent m'ont déjà inspiré ", précise-t-il. Si des artisans venus de toute l'Europe séduisent les collectionneurs belges, ceux-ci sont surtout attirés par les créations flamandes des fifties et sixties. " Leur qualité est reconnue sur le plan international, explique le styliste Wouter Hoste, qui a lancé en 2006 le label fashion Antwrp mais est également un grand amateur de céramiques, au point d'en confectionner lui-même. Bien sûr, tout ne se vaut pas, mais on recense tout de même un certain nombre d'ateliers de haut niveau, comme Perignem à Beernem ou Amphora à Bruges. " On peut également citer Joost Maréchal, Elie Van Damme, Oswald Tieberghien, Yves Rahier et même Octave Landuyt. Ce que les collectionneurs recherchent surtout, ce sont les grands vases fins monochromes, très décoratifs. Les meilleures pièces se vendent facilement entre 700 et 1 000 euros. Les petits vases et les plats, parfois tout aussi beaux, s'échangent pour 50 à 150 euros, un prix tout à fait raisonnable pour des oeuvres d'art manufacturées et signées. Il est donc encore possible, dans notre pays, de trouver une céramique sans se ruiner mais l'offre sur le marché est plus limitée qu'ailleurs. Comme les sites de vente classiques n'ont plus rien à proposer depuis longtemps, mieux vaut orienter ses recherches vers les antiquaires et les salles de vente aux enchères... PAR PIET SWIMBERGHE / PHOTOS : PIASA ET WOUTER HOSTERaf Simons : " En combinant des éléments basiques - la terre, l'eau et le feu -, on arrive à produire des objets d'exception. "