Une couverture de magazine qui semble dire " smile is beautiful ", ça en surprendra sans doute plus d'un. C'est que le tirage de tronche est tellement la norme dans le petit monde de la fashion qu'on croirait qu'il fait partie de la description de fonction : pour être mannequin, il suffirait d'avoir des mensurations de rêve et surtout, surtout, de ne jamais rire. A tel point qu'on pourrait se demander si ces filles-là n'ont pas été génétiquement modifiées, genre fémur-tibia-péroné surdimensionnés contre zygomatiques atroph...

Une couverture de magazine qui semble dire " smile is beautiful ", ça en surprendra sans doute plus d'un. C'est que le tirage de tronche est tellement la norme dans le petit monde de la fashion qu'on croirait qu'il fait partie de la description de fonction : pour être mannequin, il suffirait d'avoir des mensurations de rêve et surtout, surtout, de ne jamais rire. A tel point qu'on pourrait se demander si ces filles-là n'ont pas été génétiquement modifiées, genre fémur-tibia-péroné surdimensionnés contre zygomatiques atrophiés. Or là, dernièrement, la théorie a montré ses limites. Si, les top models savent ce qu'est un sourire ; pour preuve, elles dégainent le smiley à chaque SMS. Mais avec les selfies dont elles inondent les réseaux sociaux, on s'est rendu compte qu'elles aimaient carrément se bidonner en vrai. Et faire rigoler les autres, aussi. Cara Delevingne ne cherche pas autre chose quand elle publie des images d'elle grimaçant ou embrassant un crapaud - près de 15 millions de " j'aime " - sur Instagram. Sauf que tout ça se passe dans la vie privée - si tant est que les tops en aient une. Dans la sphère professionnelle, lorsqu'elles défilent pour une grande marque ou prennent la pose pour une pub : absence de rictus quasi systématique. La faute à qui ? Aux créateurs et aux photographes. A de rares exceptions près, comme Sonia Rykiel, les premiers exigent que " le vêtement prime sur tout " et que par conséquent celles qui les portent restent impassibles, anonymes et transparentes. Les seconds, quant à eux, estiment trop souvent qu'une jeune femme qui relève les commissures des lèvres et affiche un regard réjoui " manque de naturel (sic) " ou que " son visage perd en symétrie (re-sic) ". On jugera de la pertinence des arguments... d'autant que les selfies susmentionnés démontrent que, même ni maquillée ni coiffée, et pas forcément bien cadrée, une jolie demoiselle l'est encore plus quand elle se marre franchement. Une révélation qui fait poindre un joyeux frémissement du côté obscur de la mode : dans leurs récentes campagnes, Diesel, Pepe Jeans ou d'autres ont misé sur des visuels décomplexés, dont les protagonistes respirent la joie de vivre et mordent la vie à pleines dents. On savait déjà qu'un sourire, même forcé, réduit le stress, fait baisser le rythme cardiaque et prolonge l'espérance de vie. Peut-être les cadors du marketing sont-ils en train de réaliser que, sur les podiums ou sur papier glacé, il fait aussi mieux vendre un sac ou un manteau que s'il est présenté par quelqu'un qui fait la gueule...Delphine KindermansFémur-tibia-péroné surdimensionnés contre zygomatiques atrophiés.