"On s'ennuie tellement... Alors la nuit quand je dors, je pars avec Théodore... Marcher dans le désert, marcher dans les pierres, marcher des journées entières, dormir dehors, couché sur le sable d'or, des satellites et des météores... " Rendons hommage à Alain Souchon (La Vie Théodore) pour avoir si bien traduit cette pulsion qui incite toujours davantage de citadins à s'évader un temps de leur chaos quotidien. Certes, l'attrait du désert n'est pas une nouveauté, mais il est longtemps resté le Graal des seuls routards en quête d'expériences fortes.

Aujourd'hui, son immensité, son silence, sa pureté et ses ciels étoilés séduisent les familles et les groupes soucieux de ressourcement aussi près que possible d'une nature vierge. Le hic, c'est que le désert le moins éloigné, qui offre la plus grande diversité visuelle et géologique, est pratiquement inaccessible, pour cause de risque terroriste. Aucun voyagiste n'ose désormais envoyer des touristes dans le Sahara algérien, malien, tchadien, égyptien - sauf, pour ce dernier, en convoi protégé par l'armée. Quelques incursions restent possibles au Maroc et en Tunisie, mais les amateurs se font rares.

D'où le succès croissant de destinations lointaines, voire exotiques, mais qui n'ont rien à envier à leur grand frère africain. D'autant que si les ciels nocturnes du Sahara sont splendides, ceux des déserts de l'hémisphère Sud sont carrément extraordinaires. La voûte étoilée est en effet plus dense encore sous l'équateur, et on y distingue parfaitement la voie lactée. Sans parler des pluies d'étoiles filantes.

Notre tiercé pour une expérience aussi riche que déconnectée ? D'abord, l'Atacama chilien, pour la beauté et la variété des paysages montagneux, essentiellement rocailleux et particulièrement arides. Ensuite, le Namib... namibien pour la couleur rougeâtre des dunes géantes au sud (Sossusvlei) et leur proximité avec l'océan au nord (Swakopmund). Enfin, retour à l'hémisphère nord avec le Gobi mongolien, pour les rencontres avec les nomades et les méharées en chameaux dans les dunes.

La beauté des aurores

L'autre expérience ultime, pour les fanas d'espaces infinis, se vit en hiver dans les contrées les plus septentrionales de la planète. Pas besoin de partir bien loin, la Norvège, la Suède ou l'Islande s'y prêtent à merveille, entre octobre et avril. C'est la meilleure période pour y observer des aurores boréales. Prenez, au coeur de l'Islande, le haut plateau central de Mödrudalur, lunaire et désertique. Tout autour, pointent les cônes de volcans endormis. Ici, l'hiver se prête aux balades à cheval et en motoneige, dans un paysage immaculé et sous la lumière douce d'un soleil ras. Quant à la nuit... Débarrassée de toute pollution lumineuse liée à l'activité humaine, elle offre le firmament le plus pur dont on puisse rêver. Un plafond naturel piqué de millions d'étoiles qui dessinent d'autres galaxies, nimbé par la Voie lactée et coloré par ces éruptions solaires qui irisent le champ magnétique de la Terre en provoquant des aurores boréales qui dansent littéralement une sarabande de jaunes, verts, rouges et violets.

L'immensité du Namib. © Philippe berkenbaum

Le même phénomène s'observe d'autant mieux qu'on se rapproche du cercle polaire arctique, que l'activité solaire est assez intense et que le ciel, bien sûr, est dégagé. Des sites Web spécialisés indiquent, à la façon des prévisions météorologiques mais avec une précision accrue, les meilleurs endroits pour les admirer chaque nuit selon leur intensité - sur une échelle de 1 à 9 - et l'état de la couverture nuageuse. Et puisque l'expérience est à la mode, de nombreuses agences proposent des séjours axés sur l'observation de ce phénomène unique aux quatre coins de l'hémisphère Nord. Profitez-en : l'hiver vient à peine de commencer.

Nomadisme dans le Gobi mongolien. © Philippe berkenbaum